José Le Roy - Eveil et philosophie, ces 21 derniers jours

Eveil et philosophie, blog de José Le Roy.
Les exercices de vision sans tête de Douglas Harding.



vendredi 15 octobre 2021

  • Si tu parviens

    « Si tu parviens à rester assis dans le silence après avoir appris une mauvaise nouvelle ;

    Si lors de retournement de fortune tu demeures complètement calme ;

    Si tu peux voir tes voisins voyager dans des endroits féeriques sans ressentir une once de jalousie ;

    Si tu peux joyeusement manger tout ce qui est mis dans ton assiette ;

    Si tu peux courir toute la journée et t'endormir le soir sans un verre où une pilule ;

    Si tu es capable d'éprouver de la satisfaction quelque soit l'endroit où tu te trouve :

    Tu es probablement un Chien.»

    Jack Kornfield


  • C'est l'état que vous devez atteindre

     

    Pin by Beckie Martin Otero on f a i t h | temples + shrines | Bohemian garden, South korea, Temple bells

     

    "Il y a une ligne qu'un célèbre maître zen a écrite au moment où il s'est éveillé qui dit :

    "Quand j'ai entendu la cloche du temple sonner, soudain il n'y avait ni cloche ni moi, seulement le son."

    En d'autres termes, il n'était plus conscient d'une distinction entre lui-même, la cloche, le son et l'univers.

    C'est l'état que vous devez atteindre".

    Yasutani

    安谷 (白雲) 量衡 Yasutani (Hakuun) Ryōkō (1885-1973)

    Hakuun Yasutani (安谷 白雲, Yasutani Haku'un) (1885 – 1973) est un enseignant du bouddhisme zen


jeudi 14 octobre 2021

  • Si proche

     

     

    maharaj

     

    "Il n’y a rien à faire, juste être. Ne faites rien, soyez. Pas d’escalade de montagne, pas de retraite au fond d’une caverne.


    Je ne vous dis même pas : « Soyez vous-mêmes » puisque vous ne vous connaissez pas.

    Soyez, c’est tout.

    Ayant vu que vous n’êtes ni le monde « extérieur » de la perception, ni le monde « intérieur » du concevable, que vous n’êtes ni le corps, ni le mental, soyez uniquement.

    Le Soi est près et le chemin vers lui, facile.

    Tout ce que vous avez à faire, c’est de ne rien faire.

    Ce que vous cherchez est si proche de vous qu’il n’y a pas même la place d’un chemin."

    Nisargadatta Maharaj


mardi 12 octobre 2021

  • Eh bien, c’est cela même !

     Encore un extrait du livre de Matthieu Ricard que j'ai beaucoup de plaisir à lire.

    Matthieu raconte ici un moment de la vie de Patrul Rinpoche, célèbre maitre tibétain du 19 eme siècle.

    J'avais moi aussi raconté cette histoire dans un de mes livres.

    jlr

     

    "Tous les jours, Patrul Rinpoché partait vers un endroit retiré pour effectuer sa pratique, tandis que son disciple de cœur Nyoshul Lhoungtok restait au pied d’un grand sapin où il pratiquait également avant de préparer le thé. À son retour, Patrul s’asseyait avec lui.

     

    Un soir, au crépuscule, Patrul étendit son tapis de feutre et s’allongea sur le dos pour contempler le ciel et y mêler son esprit. Loungtog fit de même. Patrul lui demanda :

     

    – Tu vois les étoiles qui brillent dans le ciel ?

    – Oui.

    – Tu entends les chiens qui aboient au monastère de Dzogchèn ?

    – Oui.

    – Tu entends ce que nous disons ?

    – Oui.

    – Eh bien, c’est cela même !

     

    Lhoungtok confia plus tard à ses propres disciples : « À cet instant même, j’ai été introduit directement à la nature de la conscience éveillée, vide, dans toute sa nudité ! Une certitude inébranlable m’a envahi du tréfonds de moi-même et m’a libéré de tous mes doutes. »

     

    La présence de son maître et les nombreuses années de pratique de la méditation constituèrent, à ce moment-là, une conjoncture propice qui induisit de la manière la plus simple qui soit cette profonde réalisation de la sagesse primordiale, l’inséparabilité de la conscience éveillée et de la vacuité."

     

    Extrait de Matthieu Ricard, Carnets d'un moine errant

     

     

     


lundi 11 octobre 2021

  • Un bonheur très ordinaire, doux, intense et très sincère.

    J'avais posté ce témoignage de B. en mars 2021.

    Je ne connaissais pas cet homme, à l'époque et j'avais été touché par son récit d'éveil.

    Je l'ai rencontré enfin aujourd'hui et j'ai pris un café avec lui à Montmartre.

    J'ai relu son témoignage pour l'occasion et je vous le reposte aujourd'hui.

     

     

     

     

    "Je m'appelle B. J'ai bientôt 37 ans. J'habite en région parisienne.

    Le 23 mai 2020,  en plein confinement, alors que je cherchais presque au hasard des vidéos sur youtube dans lesquelles j'espérais trouver des voix parlées intéressantes à sampler (inclure)  au disque que je suis en train de composer, je suis tombé sur votre vidéo appelé " la voie spirituelle ".

    En disant hasard, j'exagère un petit peu étant donné que les mots-clefs tapés dans la barre de mon moteur de recherche étaient "voie spirituelle".

    Je m'intéresse à la spiritualité depuis quelques années, disons assez intensément depuis la naissance de ma première fille. Avant cela, je me suis toujours beaucoup intéressé aux religions. D'une manière paradoxale (attraction-répulsion) puisque j'étais opposé à toute idée de dieu, de dogme, d'interdit, de clergé etc... mais je ne pouvais m'empêcher de lire tout ce qui me passait entre les mains sur le sujet.

    Après qu'un ami, engagé sur la voir soufie, ait évoqué devant moi le mot "ésotérique" en l'opposant à "exotérique" , mots que je ne connaissais pas et m'ait invité à lire le livre d'Arnaud Desjardins -Bienvenu sur la voie-  la lumière s'est allumée et en quelques mois, j'ai enfin compris ce qui m'attirait dans les religions. J'ai alors beaucoup lu en redirigeant mes efforts de lecture. J'ai également ressenti le besoin de me former en philosophie car je me rendais alors compte de mon manque cruel de connaissance dans le domaine.

    J'ai découvert que les religions abritent (cachent?) en leur sein des traditions spirituelles et me suis beaucoup intéressé au soufisme, au zen, a l'advaita-vedanta...

    J'ai commencé à méditer en étant accompagné quelques semaines dans un centre bouddhiste.

    Cette pratique m'a poursuivi et j'espérais parvenir à un état méditatif permanent. Toute la journée. Tout en poursuivant ma vie de mari, de père de famille,  et mon métier.

    Ce presque-vœux, je l'ai formulé au centre bouddhiste lorsqu'il m'a été demandé les motivations qui m'avaient poussé jusque là. Je me souviens avoir entendu parler d'éveil. Les membres de l'ordre et quelques méditants-stagiaires en parlaient mais toujours comme quelque chose de très lointain, de très impossible et d'une rareté sans pareil. "Dans une autre vie peut-être"...

    Alors, ce soir du 23 mai 2020, lorsque j'ai commencé le visionnage de votre vidéo, il était tard, j'étais un peu fatigué et surtout très passif. Je me suis demandé ce que c'était que cette vidéo à 1200 vues... ce que c'était que ce bonhomme qui se filmait lui-même dans son appartement pour parler de voie spirituelle... J'ai abordé la vidéo avec un apriori négatif. Quoiqu'il en soit, j'ai été assez curieux pour poursuivre le visionnage jusqu'au moment où vous avez fait le geste de retourner le regard.

    Il était alors presque minuit.

    Ce dont je me souviens facilement c'est que j'ai fondu en larme et que cela a duré au moins une demi-heure. C'est l'élément le plus facile à décrire. Ensuite... Il y a eu ce grand bonheur. Je dis grand sans qu'il soit extraordinaire. Un bonheur très ordinaire, doux, intense et très sincère.

    Ce que je peux décrire également, c'est cette découverte au-dessus des épaules. A la place de la tête. Ou en arrière de la tête. Un grand espace. Une impression de décollement de la conscience. Léger. L'idée qu'il y avait désormais un deuxième plan plus en arrière. Il y avait une "vision de derrière".

    Le lendemain et les jours suivants, j'ai eu conscience de la "vision de derrière" presque toute la journée même si l'intensité de ce regard n'était pas permanent. C'était comme si j'étais une caméra. L'impression d'être passé d'une petite télévision à un très grand écran à 180°. C'est l'aspect le plus prégnant. Je voyais grand. Je me voyais en train de voir.

    Un autre point était que je me suis senti plus ouvert aux autres. A mes collègues, à mes neveux. J'ai eu envie d'exprimer ma compassion envers des gens qui me donnaient peu de nouvelles et à qui j'aurai eu tendance à en vouloir pour cela. Je ressentais aussi un grand attendrissement envers des gens qui m'avaient réellement blessé ou trahi par le passé.

    Dans les notes que j'ai prises cette semaine là, j'ai retrouvé cela:

                "Cette sérénité est aussi je pense la conséquence de mon travail d'observation de mes       émotions et d'acceptation du réel (suite aux lectures de Prajnanpad, Dejardins)".

    Je n'en suis plus du tout certain aujourd'hui.

    J'avais également noté que ma femme, avait remarqué un sourire léger sur mes lèvres. Elle m'a dit alors: "Comme si tu préparais une surprise ou que tu étais simplement content". 

    Je me sentais très heureux de micro-événements, comme si tout était finalement là :  Voir le jardin. Regarder et entendre mes filles jouer. etc...

    Les larmes du 23 mai (vidéo La voie spirituelle) sont revenues le 24 mai à l'écoute de votre méditation les yeux fermés (que je retrouverai ensuite dans vos exercices de spiritualité) et me montent aux yeux plusieurs fois par jour.

    L'idée d'une méditation permanente me suivait instinctivement depuis mes séances au centre bouddhiste. La voie sans tête reprend exactement cette idée. Cela me paraissait très difficile (impossible ?) à réaliser quelques temps auparavant. Il fallait, comme pendant la méditation d'attention sur le souffle que je revienne encore et encore à l'idée d'être présent, comme spectateur. En "forçant" je tenais mon attention qui glissait forcément à un moment ou à un autre.

    Lors de mon petit éveil, c'était tout à fait faisable. Je notais alors :

                "J'imagine (sans certitude) que je pourrais rendre absolument permanente la vision en    exerçant mon attention. Comment? Peut-être en méditant sur le souffle ? Ou simplement en      me regardant voir. Ce qui semble dans mes cordes."

    Au centre bouddhiste, on m'avait parlé de centre et d'ouverture. Il fallait combiner les deux. Je tentais de le ressentir en méditation en faisant un effort similaire à celui de contracter un muscle qui ne parviendrait par à maintenir sa contraction plus de quelques instants. Le ballon de présence se gonflait puis se dégonflait aussitôt. Lors de mon petit éveil, il restait plein, sans le moindre effort.

     

    Cette semaine là, j'ai également ressenti un "symptôme" qui a même fini par m'inquiéter et que j'ai découvert récemment vous avoir touché également (en lisant votre dernier livre -Retour à soi-). La vision était accompagnée très nettement d'une sensation de poids dans la poitrine. Ni agréable, ni désagréable mais qui rayonnait. L'équivalent des conséquences d'une poussée d'adrénaline qu'on ressent lors d'une lecture ou du visionnage d'un film au suspens intense. Sauf que là, c'était sans interruption. Je sentais mon cœur battre fort toute la journée. J'avais déjà ressenti cette sensation dans la poitrine lorsque j'avais mes filles en écharpe de portage. Je le traduisais alors sans certitude par une sensation de "plein" mais qui tout compte fait serait plus proche de la palpitation due à l'adrénaline. La sensation s'est apaisée au bout d'une semaine alors que je commençais à me demander si cela méritait une visite chez le médecin (tendu par le souvenir de l'accident cardiaque de mon père.)

     

    Deux semaines plus tard, tout était éteint. C'est assez difficile. J'ai perdu la vision exactement comme c'est décrit dans votre livre sur L'Eveil que j'ai lu cet été (ainsi que -Vivre sans tête- de D. Harding et -S'éveiller- de Steve Taylor). Lorsque la comparaison est établie avec ces jeux d'image (image d'Epinal et image brouillée). J'ai réussi à voir et à présent plus rien. J'essaie de pratiquer le retournement mais à présent, lorsque je regarde mon doigt pointer ma tête, je ne ressens rien et me trouve bien idiot de faire un geste pareil.

    Par contre, parfois, lorsqu'une lecture évoque l'éveil, je caresse la grande ouverture. L'émotion monte quelques instants puis plus rien.

    Je reste serein mais la sensation de manque, l'impression d'être devant la porte de chez moi sans les clefs est assez intense.

    J'aimerais savoir si je parviendrai à un éveil permanent.

    J'aimerais beaucoup vous rencontrer afin d'échanger sur cette expérience, mieux la comprendre et  entreprendre le chemin à faire vers cet état permanent.

    Et pour finir, j'aimerai pouvoir vous remercier de vive voix pour CELA. Je suis un grand sceptique ouvert. A présent, même si je reste plein de questions sur la nature de l'éveil (psychologique, neurologique, nature de la conscience, ...), je sais à présent que cela peut exister.

    MERCI.

    A bientôt je l'espère.

    Avec toute ma gratitude.

    B.

     

    PS: La démocratisation spirituelle, du moins la popularisation ou vulgarisation de l'éveil (comme on dit vulgarisation scientifique) est votre œuvre. C'est un mouvement qui pourrait passer pour anodin ou microscopique mais il est en réalité un geste majeur. Il permet de se dégager du regard suspicieux qui est porté sur les chercheurs par le reste de la population. Il permet de poser cet écart (ce grand écart) entre l'honnête chercheur d'éveil et le fidèle de Raël.  Il dégage l'idée de supra naturel et installe l'Eveil dans un champ à la fois accessible d'un point de vue conceptuel, intellectuel et donc d'un point de vue pratique. Celui qui a lu Desjardins, la Bhagavad Gita ou Maitre Eckhart,... même si il est intellectuellement, philosophiquement porté sur la mystique, en garde, s'il n'est pas arrivé à vous, l'idée d'inaccessible. L'éveil ce n'est pas pour l'homme de la rue. Il pense, secrètement désolé; pas d'éveil sans grotte, pas d'éveil sans orient, pas d'éveil sans ascèse etc... et finalement pas d'éveil pour moi. L'idée et tenace et engluée jusque dans les écoles bouddhistes à Paris. "Méditez, prenez modèle sur Shakyamuni mais gardez le sens du réel: cet état n'est pas pour vous. " Il est aussi rare que la possibilité pour une tortue de passer la tête par hasard dans un anneau flottant sur l'immensité de l'océan.

     

     

     

     

    Voici ce que j'ai répondu à B.

    Merci de votre témoignage. 
    Il est magnifique. 
    Pour revenir à cet espace ouvert, il suffit de refaire le même geste de retournement de l'attention.
    En laissant de côté votre mémoire de votre premier instant d'éveil. Il ne faut pas chercher à revivre l'emotion des premiers moments. 
    Là au-dessus de vos épaules, voyez-vous votre tête ? 
    Non ! vous découvrez un vide éveillé, rempli du monde. 
    C'est tout. 
    Restez avec cela.
    Et tranquillement cela va s'installer de manière permanente. 
    jlr


     

     


  • Le doigt pointé

     

    facebook_1633968090392_6853358897404104449

     

    Khyentsé Rinpoché a raconté à Matthieu Ricard comment son maitre,  Shéchèn Gyaltsap, l'avait initié à la la nature de l'esprit à l’âge de treize ou quatorze ans :

    "Khyentsé Rinpoché : Au cours des initiations, j’étais souvent bouleversé par la magnificence de son expression et de ses yeux au moment où il montrait la nature de l’esprit et pointait du doigt dans ma direction.

    J’avais l’impression que, si ce n’était ma faible dévotion qui me le faisait voir comme un homme ordinaire, il ne différait en rien du grand Padmasambhava en train d’initier ses vingt-cinq disciples principaux.

    Ma confiance ne cessait de croître et quand, à nouveau, le doigt pointé, il me fixait du regard en disant :

    « Quelle est la nature de l’esprit ? »,

    je pensais avec une grande dévotion :

    « Voilà vraiment un grand yogi capable de voir la nature absolue du réel ! »

    et je commençais à comprendre, moi aussi, comment méditer."

     

    Matthieu Ricard, Carnet d'un moine errant.


dimanche 10 octobre 2021

  • Être le monde

     

     

     

    S'installer tranquillement à une terrasse.

    Être l'espace ouvert où le spectacle du monde se danse.

    Être la danse.

    Être le monde.

    Être le vide.

    Jlr


samedi 9 octobre 2021

  • Une rencontre avec Alain et Didier et César et José

    Qu'est-ce que l'éveil?

     

     


  • intégrer la présence

     

    Chogyal Namkhai Norbu - Home | Facebook 
     
    Si l'on ne sait pas comment intégrer la présence de la conscience éveillée (rigpa) avec notre propre activité quotidienne comme manger, marcher, dormir, s'asseoir etc. alors il n'est pas possible de faire perdurer l'état de contemplation au-delà de la durée limitée d'une session de méditation assise. 
    S'il en est ainsi, comme on n'est pas capable de maintenir une conscience éveillée véritablement présente, on crée une séparation entre nos sessions de pratique assise et notre vie quotidienne.
    C'est pourquoi il est très important de se maintenir sans distraction dans la conscience éveillée présente en l'intégrant à toutes les actions de notre vie quotidienne.
     
     Namkhai Norbu
    The Mirror, Advice on Presence and Awareness
    via Patrice sur son blog Khordong
     

    If one does not know how to integrate the presence of awareness with all one's daily actions, such as eating, walking, sleeping, sitting, and so on, then it is not possible to make the state of contemplation last beyond the limited duration of a session of sitting meditation.
    If this is so, not having been able to establish true present awareness, one creates a separation between one's sessions of sitting practice and one's daily life. So it is very important to continue in present awareness without distraction, integrating it with all the actions of one's daily life.


  • la page

     

    Ne regarde pas seulement les mots écrits sur la page,

    prends aussi conscience  de la page.

    Ne regarde pas seulement tes pensées,

    prends conscience aussi de la Présence vierge

    où elles apparaissent et disparaissent.

     

    José Le Roy


vendredi 8 octobre 2021

  • la luminosité de l’esprit

    5d760a3362237-tibet

     

    "Un essayiste écrivait : « Faute d’avoir le courage d’endurer la durée, le moine connaît une sorte de pourrissement interne1. » Si je me fie à mon vécu, c’est exactement le contraire qui se produisit : lors des longues périodes passées en retraite solitaire, je n’eus pas à « endurer » le lent écoulement du temps ; je m’en délectais à chaque instant. Après avoir fermé la porte de mon ermitage pour enfin me consacrer aux pratiques qui me tenaient tant à cœur, les minutes et les heures se transmuaient en fils d’or qui tissaient la tapisserie de l’Éveil. Chaque craquement du bois, chaque murmure du vent, chaque goutte de pluie qui ruisselait sur les carreaux et chaque rayon de soleil qui traversait la pièce pour illuminer les dessins du bois sur les murs paraissaient en harmonie avec mon esprit.

     

    Dans la paix d’un ermitage, les circonstances extérieures changent fort peu, c’est nous qui nous transformons. La qualité de chaque instant qui passe fait toute la différence, chaque moment d’adéquation avec le meilleur de soi-même et les maîtres spirituels qui nous inspirent.

     

    Le contraste est infini quand on compare ces précieux instants de plénitude à l’inconsistance du temps ordinaire, ces heures passées en bavardages futiles, en jours émiettés dans de vaines activités laissant nos vies s’épuiser comme le sable qui s’écoule entre nos doigts. Le temps que l’homme mondain n’arrive pas à tuer finit par le tuer dans l’insignifiance2.

     

    Les richesses que l’on découvre lors de ces retraites n’ont rien de matériel, elles sont tout intérieures, et d’autant plus rayonnantes de splendeurs. L’être que l’on devient alors n’est pas le fruit d’une myriade de situations, de péripéties et de rencontres toujours nouvelles, mais du lent mûrissement de nos capacités qui peuvent enfin se réaliser.

     

    Hors d’atteinte du monde, l’ermitage permet de faire un avec ce monde et de ressentir profondément l’interdépendance de toutes les choses et de tous les êtres, au lieu de rester confiné dans la bulle de l’ego. Le crachotement des pensées discursives laisse place à l’espace du silence intérieur qui s’emplit peu à peu de la clarté de la présence éveillée, libre de projections et de fabrications mentales. La frontière entre l’intérieur et l’extérieur finit pas s’évanouir au sein de la luminosité de l’esprit."

     

    Matthieu Ricard, Mémoires d'un moine errant, Allary ed.


jeudi 7 octobre 2021

  • Le cœur est sans limite

    Merci à Myoken Eric Salaun 

     

     

     

    "Quand on commence à toucher son cœur ou à le laisser être touché, on commence à découvrir qu'il n'a pas de fond, qu'il n'a aucune résolution, que ce cœur est immense, vaste et sans limites.

    On se met à découvrir combien de chaleur et de douceur s'y trouvent, et combien d'espace aussi."

    Pema Chödrön, La voie commence là où vous êtes