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vendredi 7 décembre 2018

  • Frapper l'essence en trois mots de Garab Dorje

    Garab Dorje est le premier maître humain du Dzogchen selon l'école Nyingmapa du Bouddhisme tibétain. Selon la tradition bouddhiste tibétaine, il naquit de façon miraculeuse dans le royaume d'Oddiyana cent soixante-six ans après le parinirvana du Bouddha.

    Il disparut en « corps d'arc-en-ciel » et laissa son « testament secret » Frapper l'essence en trois mots (Tsig Sum Nèdek) à Mañjuśrīmitra.

    Voici ce texte :

    1 Être directement introduit à sa propre nature

    2 Décider définitivement sur cet état unique

    3 Continuer dircetement avec confiance dans la libération

     

    Dudjom Rinpoche a commenté ces trois points ainsi :

    "I. Concernant l'introduction directe à notre propre nature : La conscience originale immédiate du moment présent, transcendant toutes les pensées en relation avec les trois temps, est elle-même la conscience ou Savoir (ye-shes) primordial qui est la Conscience intrinsèque non-créée (Rig-pa). Ceci est l'introduction directe à notre propre nature.

    II. Concernant la décision définitive sur cet état unique : Quelque soit les phénomènes du Samsara et du Nirvana qui apparaissent, tous représentent le jeu de l'énergie créatrice ou potentialité de notre propre Conscience intrinsèque immédiate (Rig-pa'i rtsal). Puisqu'il n'y a rien qui ait simplement au delà de cela, on doit continuer dans cet état de cette Conscience singulière et unique. C'est pourquoi, on doit décider une fois pour toutes sur cet état unique et savoir qu'il n'existe rien d'autre que cela.

    III. Concernant le fait de continuer en confiance vers la libération : Quelques soient les pensées, grosses ou subtiles, qui apparaissent, simplement en reconnaissant leur nature, elles apparaissent et se libèrent simultanément dans la vaste étendue du Dharmakaya, où la Vacuité et la Conscience (sont inséparables). C'est pourquoi, on doit continuer directement avec confiance dans leur libération."
    source

     

    la Vision sans Tête procède exactement ainsi:

    1 Voir sa vraie nature directement

    2 Ne rien chercher d'autre que la Vision de sa vraie nature

    3 faire confiance au pouvoir libérateur de la Vision.

     

    jlr

     

     


  • Fin de monde ? Acte IV
    MAJ de la page : Gilets jaunes

    Lire aussi : Au cœur d'une assemblée générale de Gilets jaunes à Montreuil, 5 déc. 2018Les Gilets Jaunes - un signe de détresse jaune vif, par Diana Johnstone, le 4 déc. 2018 / Gilets jaunes : pour une nouvelle "nuit du 4 août", par Charles Rojzman, le 3 déc. 2018 / Gilets jaunes : cette soif de république, par Ambroise de Rancourt, le 6 décembre 2018




    "Macron massacre son peuple" (Le Media, le 4 déc. 2018)

    Quelques points de vue sur l'acte IV (prudence si vous en êtes) :



    Francis Cousin, Pas de revendications, pas de porte-parole (26 novembre 2018)
    Vidéo intégrale



    Etienne Chouard, Jean Lassalle, Philippe Pascot (BTLV, 5 décembre 2018)

    "Les politiciens ne lâchent pas de lest pour que cela ne pète pas comme s'il voulaient que ça pète, et les médias nous aide à nous mobiliser comme s'il voulaient que ça pète, mais dans les révolutions colorées quand cela se passe, c'est pour légitimer l'instauration d'une dictature". Etienne Chouard
    "Je pense aussi que c'est une éventualité, on crée un climat d'insécurité totale, j'étais sur les manifs, on se fait gazer dès 9 heures du matin, (...) on prépare les gens à un dérapage. Aujourd'hui ils n'arrêtent pas de dire 'mais samedi il va y avoir des coups de feu', (...) on prépare les gens au fait de tirer. Et si jamais quelqu'un tire dans la foule samedi, mais c'est un bonheur pour instituer un coup d'état, un état d'urgence, un couvre-feu." Philippe Pascot

    Un policier lance un appel à ses collègues pour rejoindre le mouvement des Gilets Jaunes, le 25 novembre 2018 (vidéo) / «Même combat que les Gilets jaunes» : un syndicat de police dépose un préavis de grève5 déc. 2018 / Un général montera à Paris pour soutenir les Gilets jaunes, le 6 déc. 2018 (vidéo)
    Des policiers se sont-ils déguisés en Gilets jaunes le 1er décembre ?, 5 déc. 2018  / Alliance Police Nationale demande l'instauration de l'Etat d'urgence / Gilets Jaunes: le secrétaire général de l'unité SGP Police FO craint "des morts samedi prochain", le 3 décembre 2018
    Abdel sur RMC: "Je suis un gilet jaune qui crève, j'ai cassé samedi et on va revenir avec des armes", le 2 déc. 2018 (vidéo) / Mes frères des cités ne tombé pas dans le panneau de BFM et du pouvoir, par Bassem, le 3 décembre 2018 (vidéo)

    Fin de monde ?
    par Frédéric Lordon, 5 décembre 2018 - Le Monde diplomatique 

     
    Egon Schiele — « Selbstbildnis in gelber Weste » (« Autoportrait en veste jaune »), 1914.

    La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

    Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les « élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

    Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.
    Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.


    À Paris, la contestation des « gilets jaunes » gagne les lieux du pouvoir
    En regard, les parcours habituels des manifestations et les rassemblements des 24 novembre et 1er décembre 2018.

    On lit que la directrice de BFM est restée interloquée d’entendre scander « BFM enculés » sur les Champs, et que le président de la société des journalistes a découvert, dans le même état, que « cela ne vient pas de militants mais de gens du quotidien ». Les pouvoirs de ce genre, ceux de la tyrannie des possédants et de leurs laquais, finissent toujours ainsi, dans la sidération et l’hébétude : « ils nous détestent donc tant que ça ». La réponse est oui, et pour les meilleures raisons du monde. Elle est aussi qu’après toutes ces décennies, le moment est venu de passer à la caisse et, disons-le leur dès maintenant, l’addition s’annonce salée. Car il y a trop d’arriérés et depuis trop longtemps.

    Depuis les grèves de 1995, la conscience de ce que les médias censément contre-pouvoirs sont des auxiliaires des pouvoirs, n’a cessé d’aller croissant. Du reste, ils ont œuvré sans discontinuer à donner plus de corps à cette accusation à mesure que le néolibéralisme s’approfondissait, mettait les populations sous des tensions de plus en plus insupportables, qui ne pouvaient être reprises que par un matraquage intensif des esprits, avant qu’on en vienne à celui des corps.

    C’est à ce moment que, devenant ouvertement les supplétifs du ministère de l’intérieur en plus d’être ceux de la fortune, ils se sont mis à rendre des comptages de manifestants plus avantageux encore que ceux de la préfecture, puis à entreprendre de dissoudre tous les mouvements de contestation dans « la violence » — et par-là à indiquer clairement à qui et à quoi ils avaient partie liée.

    C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper. Au reste, « condamner » ayant toujours été le meilleur moyen de ne pas comprendre, à plus forte raison poussé par des intérêts si puissants à la cécité volontaire, « la violence des casseurs » a été érigée en dernière redoute de l’ordre néolibéral, en antidote définitif à toute contestation possible — sans par ailleurs voir le moins du monde le problème à célébrer le 14 juillet 1789 ou commémorer Mai 68 : folle inconséquence de l’Histoire embaumée, mise à distance, dévitalisée, et privée de tout enseignement concret pour le présent.

    En tout cas, dans le paysage général de la violence, les médias, surtout audiovisuels, ont toujours pris ce qui les arrangeait en ayant bien soin de laisser le reste invisible, donc la violence incompréhensible, par conséquent à l’état de scandale sans cause : le mal à l’état pur. Mais pourquoi, et surtout au bout de quoi, les Conti envahissent-ils la sous-préfecture de Compiègne, les Goodyear séquestrent-ils leur direction, les Air France se font-ils une chemise de DRH, et certains gilets jaunes sont-ils au bord de prendre les armes ? Qu’est-ce qu’il faut avoir fait à des gens ordinaires, qui ont la même préférence que tout le monde pour la tranquillité, pour qu’ils en viennent à ces extrémités, sinon, précisément, les avoir poussés à toute extrémité ?

    Le déni de la violence sociale est cette forme suprême de violence à laquelle Bourdieu donnait le nom de violence symbolique, bien faite pour que ses victimes soient réduites à merci : car violentées socialement, et méthodiquement dépouillées de tout moyen d’y résister « dans les formes » puisque tous les médiateurs institutionnels les ont abandonnées, elles n’ont plus le choix que de la soumission intégrale ou de la révolte, mais alors physique, et déclarée d’emblée odieuse, illégitime et anti-démocratique — normalement le piège parfait. Vient cependant un moment où la terreur symbolique ne prend plus, où les verdicts de légitimité ou d’illégitimité volent à leur tour, et où la souffrance se transforme chimiquement en rage, à proportion de ce qu’elle a été niée. Alors tout est candidat à y passer, et il ne faudra pas s’en étonner : permanences de députés, banques, hôtels particuliers, préfectures, logiquement plus rien n’est respecté quand tout a failli.

    Il est vrai qu’à ceux qui ont lié leur position et leurs avantages au cadre du moment, et qui n’ont cessé de répéter qu’il n’y en avait ni de meilleur ni simplement d’autre possible, l’irruption du hors-cadre radical ne laisse aucune autre solution de lecture que « l’aberrant », le « monstrueux », ou mieux encore, quand elle est « avérée », la « violence ». Encore fallait-il qu’elle demeure marginale pour pouvoir être maintenue dans son statut de monstruosité, et puis aussi qu’on occulte systématiquement la responsabilité de celle des forces de police. Mais ce sont ces deux conditions qui sont en train d’être détruites en ce moment.

    La première parce que les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés ». « Enragé » normalement c’est « enragé », c’est-à-dire ultra-radical-minoritaire. Ça ne peut pas être « braves gens », qui veut dire majorité silencieuse — ou bien contradiction dans les termes. Or, si. Assez simplement même : on est enragé quand on est poussé à bout. Il se trouve qu’au bout de 30 ans de néolibéralisme parachevés par 18 mois macroniens de guerre sociale à outrance, des groupes sociaux entiers ont été poussés à bout. Alors enragés.

    Les « gilets jaunes » offrent à profusion cette figure oxymorique, incompréhensible pour les pouvoirs, des « braves gens enragés »

    Croyant que ce dont ils ne parlent pas n’existe pas, les médias ne les avaient pas vu venir ces enragés-là. Mais voilà, ils sont là, produits d’une longue et silencieuse accumulation de colère, qui vient de rompre sa digue. Ceux-là on ne les fera pas rentrer facilement à la maison. Et ceci d’autant moins qu’avec la naïveté des « braves gens », ils ont expérimenté, à l’occasion de leur première manifestation pour beaucoup d’entre eux, ce que c’est que la violence policière. En sont restés d’abord sidérés. Puis maintenant, s’étant repris, dégoupillés pour de bon. Alors on ne compte plus ceux qui, à l’origine « braves gens » certifiés, sont pris dans un devenir-casseur — comme certains autres, débitant des palettes sur un rond-point pour construire une cabane, sont pris dans un étonnant devenir-zadiste.

    Gageons d’ailleurs que des révisions de grande ampleur doivent être en train de s’opérer dans leurs esprits. Car tous ces gens qui depuis 2016 et la loi El Khomri, jusqu’à 2018 avec Notre-Dame-des-Landes et les ordonnances SNCF, avaient été abreuvés de BFM et de France Info, invités à pleurer les vitres de Necker, se retrouvent aujourd’hui dans la position structurale des casseurs, en vivent la condition de violence policière et médiatique, et savent un peu mieux à quoi s’en tenir quant à ce que ces deux institutions diront désormais des « ultras violents radicalisés ». En tout cas c’est très embêtant pour les chaînes d’information en continu cette affaire : car si le devenir-casseur prend cette extension, que pourra donc encore vouloir dire « casseur » ?

    L’autre condition est de maintenir les agissements réels de la police hors-champ. Sur ce front-là, on se battra jusqu’au bout dans les chefferies audiovisuelles. Le mensonge par occultation est général, acharné, épais comme de la propagande de dictature. La population basculerait instantanément dans l’indignation si elle avait l’occasion de voir le dixième de ce que les grands médias audiovisuels lui cachent systématiquement, ainsi ces vidéos d’une vieille dame en sang gazée ou d’un retraité matraqué. Quand France Info nous avait saoulés jusqu’à la nausée des vitres de Necker ou du McDo en feu, aucun flash à la mi-journée de lundi n’avait encore informé de la mort d’une octogénaire tuée par une grenade lacrymogène. Les robots de BFM n’opposent jamais aucune image aux syndicalistes policiers qui disent qu’on les « matraque » (sic !) et qu’on les « mutile ». Mais, si les mots ont encore un sens, de quel côté du flashball ou du lanceur de grenades compte-t-on les éborgnés et les mains arrachées ? On se demande si Nathalie Saint-Cricq ou Apathie garderaient leur déjeuner si on leur montrait au débotté les photos proprement insoutenables (il s’agit de blessures de guerre) de manifestants mutilés — vraiment — par les armes de la police. On ne sache pas qu’il se soit encore trouvé un seul grand média audiovisuel pour montrer en boucle, comme ils le font d’habitude, aux « braves gens » pas encore devenus casseurs cette vidéo d’un jeune homme roué de coups par huit policiers, qui achèverait de les informer sur le degré de confiance qu’il convient d’avoir en la « police républicaine » quand on met tout ça — ces dizaines de vidéos, ces centaines de témoignages — bout à bout.

    Mais il y a une économie générale de la violence et on sait ce qu’elle donne quand elle est lancée : elle est réciprocitaire, divergente et peut emmener très loin. Nul ne sait jusqu’où dans la situation actuelle, et peut-être à des extrémités dramatiques. Mais qui l’aura déclenchée sinon Macron qui, après avoir déclaré la guerre sociale à son peuple, lui déclare la guerre policière, peut-être bientôt la guerre militaire, en compagnie des médias de gouvernement qui lui déclarent la guerre symbolique ? Le partage des responsabilités est d’autant plus clair que les offensés auront encaissé très longtemps sans mot dire : l’agression économique, le mépris élitaire, le mensonge médiatique, la brutalité policière. Or le mauvais génie de la réciprocité violente est une mémoire, et une mémoire longue. Sur un fil Twitter une baqueuse découvre sidérée — elle aussi, comme les primo-manifestants matraqués pour rien, mais en sens inverse, car, en définitive tout est affaire de sidération dans cette histoire, de sidérations opposées, qui passent les unes dans les autres, qui se nourrissent les unes les autres — la baqueuse, donc, découvre de quelle haine ses collègues et elle sont l’objet. Et l’on peine à le croire. Décidément toutes les institutions de la violence néolibérale tombent ensemble des nues. Les collégiens cernés et gazés au poivre par des flics accompagnés de chiens n’oublieront pas de sitôt ce moment de leur vie où s’est formé décisivement leur rapport à la police et, dans deux ans, cinq ans, cette police oublieuse qui les croisera de nouveau s’émouvra de la détestation brute qu’elle lira sur leurs visages — et n’y comprendra rien.

    Et voilà que le corps préfectoral se met à avoir des sueurs froides à son tour. C’est qu’ils ont de quoi se sentir un peu seulets dans leurs hôtels. Depuis que la préfecture du Puy-en-Velay a brûlé, on sait de quoi « les autres » sont capables — oui, maintenant, de tout. Alors il est urgent de négocier un virage sur l’aile sans attendre, pour faire savoir par « quotidien de référence » interposé que l’Élysée macronien a quitté terre, que, eux, préfets, ont conscience des malheurs du peuple, qu’ils pourraient même se reconvertir en lanceurs d’alerte si on les écoutait. On tâchera quand même de se souvenir que ce sont ces préfets qui depuis Nuit debout font éborgner, grenader, et tirer-tendu.

    Mais l’on y verra surtout le retour de ce qu’on pourrait appeler « la situation La Boétie », celle que le pouvoir s’efforce de nous faire oublier constamment, et d’ailleurs que nous oublions constamment, tant elle semble un incompréhensible mystère : ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir. Et c’est bien cet aveu touchant de candeur qu’a consenti samedi soir le sous-ministre de l’intérieur, en reconnaissant qu’il ne pouvait guère engager davantage de troupe à Paris quand toute la carte de France clignote et demande de la garnison. Un manager de la startup nation trouverait sans doute à dire que le dispositif est « stressé ». Le « stress du dispositif », c’est le retour de La Boétie. Nous sommes les plus nombreux. Nous sommes même beaucoup plus nombreux qu’eux. C’est d’autant plus vrai que le plein est loin d’avoir été fait et qu’il y a encore une belle marge de progression. Tout ça se vérifiera bientôt : lycéens, étudiants, ambulanciers, agriculteurs, tant d’autres.

    Ils sont très peu et règnent sur nous qui sommes nombreux. Il arrive cependant que le voile se déchire et que fasse retour la cruelle réalité arithmétique du pouvoir.

    Mais alors quoi ? L’armée ? L’adolescent désaxé qui est à l’Élysée en est très capable : n’utilise-t-il pas contre sa population des grenades qui sont des armes de guerre, et n’a-t-il pas fait placer des snipers avec fusils à lunettes au sommet de quelques bâtiments parisiens, image des plus impressionnantes, étonnamment offerte par Le Monde qui est peut-être en train de se demander lui aussi s’il n’est pas temps de lâcher son encombrant protégé dans un virage ?

    En tout cas, terrible moment de vérité pour l’éditorialisme « faites ce que vous voulez ». On avait adoré le dégagisme à Tunis ou place Tahrir. Mais expliqué que ce qui est là-bas un merveilleux sursaut de la liberté est ici du populisme crasseux qui rappelle les heures sombres. Jusqu’ici ça tenait. Et voilà que « mais votez Macron » pourrait bien tourner Moubarak, mon dieu dans quelle mouscaille ne nous sommes-nous pas mis ? Et forcément, plus on pagaye pour en sortir, plus on en met partout. Tout revient, tout éclabousse. Or nous en sommes là : quand un pouvoir verse une prime exceptionnelle à des forces de l’ordre qui se rendent chaque jour plus odieuses, c’est qu’il redoute par-dessus tout d’être lâché par elles et que, toute légitimité effondrée, il ne tient plus que par son appareil de force, dans la main duquel en réalité il se remet entièrement. Faites ce que vous voulez, mais votez Moubarak.

    Ce pouvoir est honni car il s’est méthodiquement rendu haïssable. Il paye une facture sans doute venue de très loin, mais dont il est le parachèvement le plus forcené, par conséquent l’endosseur le plus logique. Il n’a plus pour se cramponner que le choix de la répression sanglante, peut-être même de la dérive militaire. Il ne mérite plus que de tomber.

    Frédéric Lordon





    Sans haine sans armes sans violence Chanson du Groupe HK & les Saltimbanks
       

  • ça marche

     

    Marche en pleine conscience ?

     

    marche-pleine-conscience


jeudi 6 décembre 2018

  • Gilets jaunes: fin du monde ou fin du mois ?


    Cet automne, de nombreux citoyens manifestent en revêtant un gilet jaune.
    Le début de cette fronde, trouva sa source, dans l'augmentation toujours plus forte, des taxes sur les carburants. 
    Le gouvernement, justifia ces augmentations, par des raisons écologiques à savoir:
    "Il faut limiter l'utilisation des carburants polluants, sinon, l'inexorable pollution de l'air, nous conduira fatalement à la fin de notre monde." 
    Ce à quoi les gilets jaunes répondirent en substance:
    "La fin du monde c'est une chose, mais nous, notre problème, lorsque déjà le 15, le frigo est vide et qu'il n'y a plus d'argent, c'est la fin du mois."
    Fin du monde, contre fin du mois ?
    Une autre option existe.
    L'identification erronée à l'égo, à un pseudo moi, c'est-à-dire à la croyance, d'être une entité personnelle et séparée, qu'on arrête pas de défendre et de nourrir, crée en nous le sentiment de séparation, d'incomplétude et de souffrance.
    A partir de cette croyance, les uns ne cessent de vouloir s'enrichir au détriment des autres.
    Même les bons sentiments, écologiques ou autres, deviennent factices.
    Les révoltes populaires, exacerbées par les injustices, sont souvent justifiées.
    Mais la source, la racine de l'égoïsme et de la souffrance, réside essentiellement dans cette identification en un moi séparé, et cette souffrance, devient celle du monde tout entier.
    Aussi, en ce sens, la fin du moi, est-elle la fin de la souffrance, et sans doute aussi, celle de la folie humaine, qui nous mène à la catastrophe.
    Autrement dit, sans la fin du moi, ce pourrait bien être la fin du monde.

  • Rencontre à Paris : 15 et 16 décembre 2018.
    RENCONTRE A PARIS
    Samedi 15 et dimanche 16 décembre 2018.
    Le lieu :
    A Paris rue Vergniaud dans le 13ième.
    Horaires:
    Samedi 15 : de 19h à 20h30
    Dimanche 16 : de 10h à 16h30
    Programme:
    Méditation, dialogues, approche corporelle.
    Renseignements, inscriptions, écrire:
    A noter:
    Nouvelles vidéos sur Youtube:
    Qui est fou, qui est sage ?
    Lorsque la Vie danse.
    Sur Youtube, tapez: le moine Gojo
    Retraite d'hiver:
    Du 28 décembre au 1er janvier 2019 à Apt en Provence.

  • Méditation. Spanda : la vibration.
    Libre de toute notion d'être une personne séparée, abandonné à la Présence, dans la paix du cœur, surgit soudain le son du silence.
    Il apparaît on ne sait d'où, il se déploie, nous enveloppe, s'expanse, plein de douceur et de puissance.
    Il résonne dans ce monde et au-delà, comme la trame invisible de toutes choses qu'il traverse et dont il semble être la substance.
    Le son du silence n'est pas seulement son, il est vibration, Spanda, et son écho nous traverse et se déploie dans tout l'univers.
    Lorsque spontanément, naturellement, cette subtile et puissante vibration est perçue, abandonnez-vous à elle.
    La source d'où elle surgit est toute proche.

  • Faire ou ne pas faire.


    Les tenants de certaines Voies spirituelles ont comme credo :
    "Il n'y a rien à faire."
    Et ils fustigent parfois les pratiquants des autres Voies, leur disant en substance:
    "Voyez parmi tout ceux qui se consacrent à toutes sortes de pratiques, combien d'entre eux ont vraiment réalisé la Voie, ou la vérité ?"
    Pas grand monde il est vrai.
    Et ces pratiquants de leur répondre:
    "Voyez parmi tout ceux qui ne font rien, combien y sont parvenus?"
    Pas grand monde non plus, c'est sûr.
    Alors que penser et que faire?
    Voici une suggestion.
    Voyez qu'il n'y a personne, mais réellement personne. Pas de moi, pas d'entité personnelle, pour penser, choisir, pratiquer.
    Puis dans cet espace d'accueil, constatez que toutes choses surgissent, librement, naturellement.
    Il n'y a personne non plus pour se faire du souci.
    Alors pratiquez, méditez, célébrez, agissez, ou restez simplement sans rien faire.
    Comprenez qu'il peut y avoir pratique, choix, action, ou absence d'action, mais sans pratiquant, sans acteur, sans décideur, sans penseur.
    Là est le secret de la paix et de la liberté.
    Là, tous les débats stériles et les querelles ignorantes s'évanouissent.

  • Après une retraite.
    La retraite d'été s'est terminée dans la joie.
    Certes, ces quelques jours peuvent avoir parfois un peu bousculé nos certitudes, nos croyances, nos illusions; bousculé le confort du moi et ébranlé ses bastions, mais n'est-ce pas le but?
    Lorsque l'illusion d'un moi séparé est démasquée, la clarté de cette vision-compréhension, nous laisse au seuil de l'intemporelle Présence.
    La paix, la joie sans cause, le sentiment de non-séparation, en sont le parfum.
    Certains découvrent ce bonheur, d'autres le pressentent très fortement, d'autres encore, préfèrent jouer encore un peu le jeu du moi et de la séparation.
    Mais tous, sans doute, peuvent être touchés par ce parfum, celui de la source, Ce que nous sommes.
    Après la retraite, laissez-le vous accompagner encore un peu.
    Il ne manquera pas de revenir vous visiter, peut-être là ou quand vous l'attendez le moins.
    Bel fin d'été à tous.
    Nous espérons vous revoir.

  • Profite et disparais.


    La retraite d'été vient de s'achever.
    Tout est redevenu calme et silencieux.
    Nous sommes toujours en été, mais pourtant, quelque chose a changé à la fenêtre.
    Comme si la lumière s'était adoucie.
    Laissant s'élargir le regard, cette lumière paisible semble se refléter en chaque chose; le velours des sièges dans le salon, une antique statue de bronze, le feuillage des grands arbres.
    Les grosses chaleurs s'en sont allées. Comme il est agréable de respirer l'air frais, déjà imprégné de senteurs automnales.
    Dans le silence, on entend le bruissement de la brise dans les feuillages, le rire d'une pie, et une petite clochette, qui tinte dans le vent. 
    Quelque chose, vient comme sur la pointe des pieds, nous dire:
    "Détends-toi, laisse aller, découvre cette douce lumière en toi également.
    Goûte la paix, douce, légère, profonde aussi, qui enveloppe toutes choses.
    Surtout, profite de cette journée, de cet instant.
    Jamais il ne reviendra.
    Profite et disparais."

  • Méditation du bord de mer.


    La mer était d'huile ce matin.
    Le soleil venait à peine d'en effleurer la surface et c'était un enchantement de bleu.
    A cette heure matinale, bleu ciel était la bonne définition.
    Plus tard, différentes nuances apparaitraient, bleu profond, bleu vert...
    La brise de levant, l'eau deviendrait un peu agitée.
    Mais ce matin très tôt, régnait une intense impression de calme et de beauté.
    Contempler ce spectacle, ne suffit pas en soi à nous révéler l'essentiel, autrement dit, qui nous sommes vraiment.
    Cela demeure caché, si nous demeurons perdus dans nos pensées, si nous scrutons chaque chose à partir d'un "moi", que nous ressentons être, si notre regard et nos pensées papillonnent sans cesse.
    Restez calme, contemplez toute cette beauté d'un seul regard.
    Laissez le paysage se déployer en vous, sans commentaire, sans mouvement, sans focalisation, sans aucune trace de "moi".
    C'est ainsi, que sans effort, sans intention, presque par surprise, se révèle à vous la Conscience, ce qui perçoit, ce que vous êtes.
    Et vous vient alors naturellement l'idée, que sans cette découverte, tellement simple, mais tellement essentielle, la vie n'a pas grand sens.
    Plus tard en effet, la brise se leva. 
    Les teintes de la mer se firent changeantes. 
    Quelques belles baigneuses apparurent sur la plage.
    Il est naturel finalement, de se focaliser parfois, mais rapidement, le parfum de l'esprit vaste, la Conscience, réapparaît, plus vaste encore que l'immensité bleue, où mer et ciel se confondent. 

  • Transformer l'absence en Présence.
    Le décès d'un proche nous laisse bien souvent avec un douloureux sentiment d'absence.
    Absence de l'être aimé, absence de complice, de quelqu'un avec qui échanger, composer, se bagarrer parfois.
    Une absence encore plus poignante qu'autour de nous rien ne paraît avoir changé.
    Tout semble comme effroyablement normal, et personne ne paraît remarquer ce vide béant de notre cœur.
    Cette absence, nous l'avions ressentie de façon tellement poignante, lorsque nous étions entrés dans l'appartement de ma tante, décédée abruptement peu de temps auparavant.
    Sur la table de la cuisine, était encore posée sa tasse du petit-déjeuner, un verre d'eau, à moitié vide....
    Dans le grand couloir, il y avait ces tableaux d'ancêtres, figés dans leurs cadres, qui semblaient nous regarder d'un air sévère.
    Tout était là, immobile, pétrifié, et l'absence régnait.
    Au-delà de ces instants cruels, il semble que nous ayons à accueillir pleinement ce sentiment.
    Il est fait de pensées, de souvenirs, de tensions.
    C'est dans l'espace ouvert de notre cœur que cela peut être reconnu, et c'est là et seulement là, que nous verrons cette souffrance doucement se dénouer et se libérer, comme celui ou celle qui nous manque.
    C'est là aussi que subtilement, cette absence pourra se transformer en Présence.
    Une Présence paisible, ouverte, aimante, pour tout ce qui voudra être accueilli et se libérer en elle.

  • Qu'est ce qui, ultimement, est derrière ce regard?

     

    adhyashanti

     

    Voici le récit de l'éveil d'Adyashanti, survenu grâce à un son:

     

    "Il y a plusieurs années, avant mon Éveil ultime, je cherchais l'illumination à corps perdu. Il faut en effet être un peu cinglé pour s'adonner sérieusement au zen. Mon maître disait toujours, «Seuls les fous restent. » L'une des formes que prenait ma folie, c'était qu'avant d'aller méditer parmi le groupe de mon maître pendant une heure ou deux les dimanches matins, je me levais tôt, à 5 h ou à 5 h 30, pour une méditation supplémentaire. Je restais assis dans une pièce minuscule à méditer, transi de froid.

    Assis là, un de ces matins, il se passa deux choses, l'une après l'autre; deux événements en apparence très paradoxaux. La première, ce fut de constater spontanément que tout ne faisait qu'un. Pour moi, cela prit la forme d'un chant d'oiseau, un gazouillis dans le jardin et intérieurement, une question « Qui entend le son ? » Je ne m'étais jamais posé cette question auparavant. J'ai soudain réalisé que j'étais tout autant le son et l'oiseau, que celui qui entendait cet oiseau ; que le fait d'entendre le son et l'oiseau étaient les manifestations d'une seule et même chose. Je ne peux dire ce qu'elle est, sauf de dire que c'est une seule chose.

    J'ai ouvert les yeux, et j'ai découvert que le même phénomène se produisait dans la pièce - le mur et celui qui voyait le mur étaient une seule chose. J'ai songé que c'était inouï et j'ai réalisé que celui qui avait cette pensée était une autre manifestation de cela. Je me suis levé et je me suis mis à me déplacer dans la maison en quête  de quelque chose qui ne soit pas partie de l'Un. Mais tout était un reflet de cette chose unique. Tout était le divin. "

    Adyashanti

     

     

    Et un  autre passage interessant du livre :

    "Etre votre moi véritable, votre nature essentielle, c'est différent que d'en faire l'expérience par la pensée. Comprenez que vous êtes le mystère ; un mystère très éveillé, très vivant et aimant existe et c'est lui qui voit par votre regard actuellement. C'est lui qui entend par vos oreilles maintenant. Au lieu de tenter de tout élucider, une tâche impossible, je suggère que vous vous demandiez : «Qu'est ce qui, ultimement, est derrière ce regard?» Retournez-vous pour voir ce qui regarde. Faites la rencontre du pur mystère, du pur Esprit et éveillez-vous à ce que vous Etes."

    Adyashanti