Sur le Web, ces 21 derniers jours

jeudi 21 février 2019

  • Ateliers février Mars, Paris, Nantes, Bruxelles

    Ateliers février Mars, Paris, Nantes, Bruxelles

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    Internet : Rencontre et discussion sur internet avec José Le Roy et des amis le jeudi 21 février 2019 à 20h30

    S'éveiller à sa vraie nature avec les outils de Douglas Harding.

    Qu'est-ce que l'éveil ?

    Comment vivre l'éveil au quotidien ?

    Gratuit

    Joseleroy29@gmail.com

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    Paris : Atelier avec José Le Roy, Lorène, Serge Durand

    Vendredi 22 février de 20h30 à 22h 30

    S'éveiller à sa vraie nature avec les outils de Douglas Harding

    Gratuit

    Joseleroy29@gmail.com

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     Soignies (Belgique) : Atelier avec Pierre Twagirayezu

    Dimanche 3 mars de 14 h à 16 h

    Atelier sur l'enseignement de Douglas Harding et le Vision Sans Tête

    pierre.twagirayezu@skynet.be

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    Internet : Rencontre et discussion sur internet avec des amis le jeudi 7 mars 2019 à 20h30

    S'éveiller à sa vraie nature avec les outils de Douglas Harding.

    Qu'est-ce que l'éveil ?

    Comment vivre l'éveil au quotidien ?

    Gratuit

    Joseleroy29@gmail.com

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    Internet : Rencontre et discussion sur internet avec José Le Roy et des amis le jeudi 14 mars 2019 à 20h30

    S'éveiller à sa vraie nature avec les outils de Douglas Harding.

    Qu'est-ce que l'éveil ?

    Comment vivre l'éveil au quotidien ?

    Gratuit

    Joseleroy29@gmail.com

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     Paris : Atelier avec José Le Roy, Lorène, Serge Durand

    Vendredi 15 mars de 20h30 à 22h 30

    S'éveiller à sa vraie nature avec les outils de Douglas Harding

    Gratuit

    Joseleroy29@gmail.com

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    Cultiver la Présence au quotidien, Bruxelles, avec Ilios Kotsou et José Le Roy

    Samedi 16 mars et dimanche 17 mars

    Lors de ce stage, José Le Roy et Ilios Kotsou vous proposeront de vivre des exercices ou expériences afin de (re)prendre conscience de cet espace qui est notre vraie nature, de manière simple et ludique.

    Ouvert à tous, il offre l'opportunité d'explorer la pleine conscience conjuguée à l'advaita vedanta.
    La pleine conscience (« mindfulness » en anglais) fait référence à une manière de porter notre attention de manière consciente, sans jugement, à notre expérience du moment présent. C’est une manière d’être présent à notre expérience telle qu’elle se présente à nous d’instant en instant. Elle nous permet d’une part d’embrasser notre vie dans toute sa richesse et implique aussi une attitude de curiosité et même d’ouverture envers notre expérience, particulièrement lorsque celle-ci s’avère douloureuse ou difficile. Les outils de la pleine conscience seront utilisés comme pratique de libération de l’esprit. Nous verrons aussi comment maintenir cette présence dans la vie quotidienne.
    Cette prise de conscience de notre propre expérience dans l’instant présent pointe aussi vers la vraie nature du soi. Plutôt que d’uniquement nous identifier à nos sensations, émotions ou pensées, nous pouvons nous connecter à l’espace immense dans lequel tous ces phénomènes apparaissent.
    « La pleine conscience » nous dit Jon Kabat-Zinn,  « peut être vue comme une pratique de libération de l'esprit, au sens où l'on se libère de la mauvaise compréhension que l'on a de la naturelle réelle du soi. Cela met en clarté l'aspect non duel de la réalité en nous-mêmes. »
    Source de paix, de joie, de liberté et d’étonnement, le fait d'être plus présent à notre vie peut véritablement la tranformer et nous aider à mieux nous comprendre.

    Le stage déroule sur 2 jours : samedi 16 mars 2019 de 14h à 17h et dimanche 17 mars de 10h à 16h.

    Inscription et renseignement :

    https://www.emergences.org/events/cultiver-la-presence-au-quotidien-51986f78-48c4-4081-9874-5c119e9e2c6e

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    Rencontre avec José Le Roy à la librairie L'Autre Rive à Nantes

    Samedi 23 mars à 19h

    Autour de son dernier livre L’éveil spirituel (Almora, 2018) 

    Bien que de plus en plus de personnes s’intéressent aujourd’hui à la méditation, au bouddhisme, au yoga, l’éveil spirituel demeure encore largement ignoré dans notre culture contemporaine. Pourtant l’éveil spirituel est le but ultime des traditions spirituels d’Orient et d’Occident.

    Mais qu’est-ce que l’éveil spirituel ? Comment le définir ? A quoi correspond-il ? Est-il un mythe ou une réalité ? L’éveil est-il réservé à une élite ? Y a-t-il des méthodes pour l’atteindre ? Que change-t-il dans la vie ?

    José Le Roy répondra à ces questions en s’appuyant sur de nombreux témoignages de personnes ayant connu un tel basculement de la conscience, ainsi que sur les textes des grandes traditions spirituelles. Il présentera aussi ce que la philosophie, les neurosciences, et la psychologie ont à dire de l’éveil.

    2 euros

    https://www.evensi.fr/eveil-spirituel-conference-jose-roy-librairie-rive/292854687

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     Atelier à Nantes avec José Le Roy

    Vivre la Présence éveillée

    Dimanche 24 mars de 10h à 17h à la maison de quartier Madeleine Champ de Mars

    Les traditions spirituelles (bouddhisme, hindouisme, taoïsme, christianisme, etc.) et les grands philosophes (Platon, Spinoza) nous disent que dans notre centre, au cœur de notre être se trouve un trésor. Au-delà de nos pensées, de nos émotions, et de tous les masques auxquels nous nous identifions, il y a une ressource incroyable : la Présence éveillée.

    Ce que nous cherchons tous au loin, la joie, le sens, la liberté, l’amour nous attend en nous. Il suffit de savoir où regarder pour découvrir le trésor sur lequel nous sommes assis sans le savoir.

    Mais comment se relier à cette Présence éveillée qui est en fait notre vrai Soi ? Comment reconnaitre ce trésor en nous ?

    José Le Roy vous propose de partager pendant une journée une voie spirituelle d’éveil très simple et très directe, basée sur la méditation pleine conscience et les exercices de « Vision Sans Tête » de Douglas Harding, qui peut vraiment nous aider à prendre conscience de la Présence éveillé, ici et maintenant. Moderne, simple, laïque, partageable, ludique,…cet enseignement nous invite à contacter notre être intérieur et nous donne les clefs pour le retrouver chaque fois que c’est nécessaire.

    L’éveil spirituel au Soi, à la Présence est le but ultime des traditions spirituelles d’Orient comme d’Occident ; c’est le vrai but du yoga ou de la méditation. Il est appelé nirvana, satori, illumination, moksha, etc. ; il n’est pas réservé à une élite, à des gens spéciaux, à des moines ou à des philosophes par exemple. Ce trésor est notre héritage ; il est notre état naturel..

    50 euros

    Renseignements : 0665042811 ou ep44100@gmail.com

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     Paris : Atelier au forum 104 Changer son regard par l’approche non-duelle

    Samedi 30 mars de 10h à 17h30

    L’éveil est la découverte de notre vrai Soi, au-delà du moi individuel. Cet atelier propose une voie directe, simple, moderne, pratique, démocratique vers la réalisation spirituelle.

    Directe : L’atelier propose de commencer immédiatement par l’éveil, non de le remettre à plus tard par une démarche progressive.

    Simple : Nous vérifierons que l’accès à l’éveil est simple comme le disait Ramana Maharshi.

    Moderne :  Nous nous appuierons sur les expériences du philosophe anglais Douglas Harding (1909-2007) qui a développé une pédagogie nouvelle et vraiment révolutionnaire pour revenir à la Présence.

    Pratique : Le but de cet atelier sera de nous donner des outils pour incarner cette Présence au quotidien dans toutes les actions de la vie : en travaillant, en marchant, en parlant…

    Cet atelier est une occasion précieuse de connaitre le Soi et d’expérimenter la non-dualité

    Inscription

     

    Voir le site www.visionsanstete.com


mercredi 20 février 2019

  • Ne nous éveillez pas ! Dormez !

    Plutôt que de chercher l'éveil, et si nous nous interessions au sommeil profond ?

    L'état de sommeil profond n'est-il pas au fond source de paix et être pur ?

    C'est ce que nous dit ici Ramana Maharshi.

    L'éveil à sa vraie nature c'est vivre en état de sommeil profond dans l'état de veille, c'est-dire avec la même paix, la même non-dualité du sujet et de l'objet.

    Nous sommes toujours en état de sommeil profond, mais nous ne le remarquons pas. Sachons vivre à partir de ce silence, et de cet être non-duel aussi dans l'état de veille.

     

    jlr

    ramana-maharshi

     

    "MR Cohen - Sushupti (le sommeil profond) est souvent décrit comme l'état d'ignorance.

     Ramana Maharshi : Non, c'est l'état pur. En lui, il y a totale conscience, et totale ignorance à l'état de veille. On dit qu'il y a ignorance seulement par rapport à la fausse connaissance de l'état de veille. En réalité, la veille est ignorance et le sommeil profond est connaissance. Si le sommeil profond n'était pas l'état réel, d'où viendrait la paix immense dont jouit le dormeur ? Chacun fait l'expérience que rien dans la veille n'est comparable au bonheur et au bien-être issus du sommeil profond, quand le mental et les sens sont absents. Qu'est-ce que cela signifie ?

    Cela veut dire que le bonheur vient seulement de l'intérieur et qu'il est le plus intense quand nous sommes libres de pensées et de perceptions - lesquels créent le corps  et le monde-, à savoir quand nous sommes dans le pur fait d'être, Brahman, le Soi.

    En d'autres termes, seul être est bonheur, tandis que les superpositions mentales sont ignorance et, par conséquent, causes de souffrance.

    C'est pourquoi on décrit aussi le samadhi comme étant le sommeil profond dans la veille : l'être pur et bienheureux qui domine dans le sommeil est expérimenté dans la veille, quand le mental et les sens sont pleinement présents, mais inactifs. "

    (Raman Maharshi, Un témoignage, Suleman Samuel Cohen, Ed. Claire Lumière, 2018)

     

    Ailleurs Bhagavan dit:

     

    "La sushupti continue aussi dans l’état de veille.

    Nous sommes toujours en sushupti. On devrait consciemment entrer en sushupti et en prendre conscience quand on est en état de veille.

    Il n’y a pas vraiment d’« entrée dans » ou de « sortie de » la sushupti.

    Devenir conscient de cela est samādhi."  

    L'enseignement de R.M.

     


mardi 19 février 2019

  • Gilets jaunes : victimes d'une justice d'exception
    Victimes des violence policières

    Recension des violences policières : DavDuf (David Dufresne, Twitter) / échantillons : PureTV


    L'acte XI marqué par la blessure grave à l'oeil de Jérôme Rodrigues (RT, 28 janv. 2019)



    Jérôme Rodriguez, Live 28 janv. 2019



    Gilets jaunes : Eric Drouet et Jérôme Rodriguez (RT, 30 janv. 2019 - MAJ)

    Voir aussi : Message de Jérôme Rodrigues, Gilet Jaune à tous les français !  / Vidéos (violentes) de l'agression policière contre Jérôme Rodrigues / Hallucinantes images de la police qui charge le cordon sanitaire et l'équipe de street medic ayant pris en charge Jérôme Rodrigues à terre / Castaner devrait avoir honte de lui, le gouvernement ment, par Alexis Poulin / De la tribune de l'Assemblée nationale, Mélenchon : «CASTANER DÉMISSION !» (vidéo) 




    Gilets jaunes : victimes d'une justice d'exception avec David Libeskind (Le Média, 28 janv. 2019)
    Le Média TV reçoit l’avocat David Libeskind, cofondateur du groupe « Robes noires et gilets jaunes », une centaine d’avocats en France qui apportent une aide juridique bénévole aux Gilets jaunes inquiétés par la justice. Depuis le début du mouvement, on a entendu circuler des chiffres très impressionnants. Plus de 6.000 gardes à vue, d'innombrables arrestations préventives, des peines de prison ferme prononcés pour des faits mineurs, parfois même pour un simple post Facebook appelant à des blocages. Aujourd'hui Aude Lancelin fait un point global sur la situation judiciaire que vivent aujourd’hui les Gilets jaunes avec maître Libeskind, après avoir évoqué le cas de Jérôme Rodrigues, dont il est l'avocat.
    Source : Le Média



    Georgia Pouliquen, juriste, Macron et Castaner passible de la Cour Pénal International [des Droits de l'Homme] ? (27 janv. 2019)
    Traité de Rome, article 7, Crime contre l'humanité / Ratification du traité par la France

    Lire aussi : Le Conseil de l'Europe s'inquiète de la répression des manifestations de gilets jaunes, Libération, 28 janv. 2019



    Main arrachée par une grenade GLI-F4 : décryptage d'une vidéo qui accable la police (Libération, 28 janv. 2019)

    Lire aussi : Grenades de désencerclement contre Gilets jaunes, une vidéo accable la police, RT, le 29 janv. 2019  /  Quand François de Rugy voulait interdire le LBD, «source permanente de bavures», Public Sénat, 28 janv. 2019
    Gilets jaunes : l’Observatoire des pratiques policières dénonce «un usage de la force disproportionné», La Dépêche, 29 janv. 2019


    Une association policière lance l'alerte : «Les grenades sont dangereuses, nos LBD sont dangereux»
    29 janv. 2019 - RT

    Une association policière lance l'alerte (...)  : «Nos états-majors nous ont donné carte blanche pour nettoyer les rues, les directives ont été jusqu'à aujourd'hui des plus claires : "Force doit rester à la loi, dégagez-nous tout ça !" Nous en voyons les résultats. Plus de 1 000 blessés dans nos rangs, tandis que les Gilets jaunes en comptabilisent plus de 1 600.»
    Dans ses mains, un LBD40. Des policiers reconnaissent des «actes violents», mais invitent les politiques à endosser l'uniforme
    Le collectif étrille les décisions prises verticalement par le gouvernement et le ministère de l'Intérieur et déplore le silence des «syndicats de police majoritaires qui ne pipent mot» avant de prévenir : «Les grenades sont dangereuses, nos lanceurs de patate (LBD) sont dangereux. Quand nombre de policiers sont considérés tout aussi dangereux, il serait opportun de réfléchir sur la suite à donner quant à la gestion opérationnelle et politique de ce mouvement. Puisque le couperet s'approche encore un peu plus de nos têtes, chers collègues, ne serait-il pas mieux d'éviter toute utilisation de ces armes et de refuser d'aller au contact dans ces conditions dantesques et de défiance d'une hiérarchie lâche ?»
    Source (et suite) du texte : RT




    L'ordre ou la justice : faut-il choisir ?
    Avec Henri Leclerc, Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme.
    "La loi anticasseurs est une loi anti-manifestations. (...)
    Cette loi anticasseurs n'est pas une faute politique mais une bêtise politique. Je n'arrive pas à comprendre comment ce gouvernement a repris cette proposition de la droite, alors qu'il avait pris ses distances avec elle. Nous avons ici une loi de circonstance, rien n'est pire que les lois de circonstances. C'est un peu un aveu de faiblesse. (...)
    Faire une loi de circonstance contre la liberté de manifester, c'est une absurdité. (...)
    Contre la violence révoltée, la répression violente ne résout pas le problème. (...)
    La loi de circonstance c'est une loi de propagande, qui consiste à dire : "Regardez, on fait quelque chose". Et en fait ça ne change rien. "

    Lire aussi :  12 fake news macronistes sur les Gilets jaunes (1re partie), par Laurent Dauré, Les Crises, le 28 janv. 2019 / «Opération de communication» : Chantal Jouanno révèle les coulisses du grand débat national, RT, 29 janv. 2019 


  • Macron est-il (cliniquement) fou ?


    Rama Yade, (iTélé, février 2017)
    - Au-delà de la transparence financière ou encore des 500 parrainages requis pour se présenter, notre pays devrait ajouter un autre critère : l’équilibre psychologique (...)
    - Vous êtes en train de me dire que Macron est fou ? 

    * * *

     «Si être gilet jaune, ça veut dire qu’on est pour que le travail paie plus 
    et que le Parlement fonctionne mieux alors je suis gilet jaune» sourit-il 
    avouant ne pas croire aux sondages relayant que 50% soutiendraient cette colère.

    «J’ai toujours été sincère et je n’ai jamais voulu blesser (...) Dans le système où nous vivons, cette franchise n’est plus possible parce que je suis président de la République», se désole-t-il. Il promet de raréfier ces séquences (...). En attendant, il fait très attention à ce qu’on ne puisse plus déformer sa parole. Il semble avoir compris que les critiques sur la déconnexion et même l’arrogance supposaient une «conversion personnelle» selon son mot.

     « Les structures autoritaires nous regardent en se marrant, ajoute-t-il. Il ne faut pas se tromper. On est d’une naïveté extraordinaire. […] Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.
    Nous n’avons pas construit, comme beaucoup de nations autoritaires, les anticorps au système. Donc, nous, on est des pitres !
    La communication officielle ou celle de tous les mouvements traditionnels, elle est très peu active, très peu relayée. Les gens qui sont surinvestis sur les réseaux sont les deux extrêmes. Et après, ce sont des gens qui achètent des comptes, qui trollent. C’est Russia Today, Spoutnik, etc. Regardez, à partir de décembre, les mouvements sur Internet, ce n’est plus BFM qui est en tête, c’est Russia Today. »

    « Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un ministre ou un député !» 
    « Si on veut rebâtir les choses dans notre société, on doit accepter qu’il y ait une hiérarchie des paroles, reprend-il. Je ne crois pas du tout à l’horizontalité là-dessus. L’horizontalité d’un débat, c’est très bien. Mais il faut se poser la question « D’où tu parles ? Quelle est ta légitimité ? » (...) Celui qui est maire, celui qui est député, celui qui est ministre a une légitimité ou une responsabilité. Le citoyen lambda n’a pas la même. Il ne représente que lui-même. (...)

    Source (et article entier) : Macron : « Éric Drouet est un produit médiatique ». Le président de la République appelle les médias à se ressaisir et décortique l'influence des activistes et des Russes sur la frange radicale des Gilets jaunes. Par Emmanuel Berretta, 2 février 2019, Le Point / Emmanuel Macron "n’exclut pas" un référendum, 31 janv. 2019, Paris Match 




    Jean-Dominique Merchet, journaliste français spécialisé dans les questions militaires, stratégiques et internationales, "il emploie des mots qui sont des mots très étranges" (France 2, C dans l'air, février 2019)

    Lire aussi : Les stupéfiantes confidences de Macron aux journalistes, 3 février 2019, Les Crises / «Pas digne d'un président» : l'avocate du boxeur Dettinger choquée par les sous-entendus de Macron3 févr. 2019, RT
    Gilets jaunes : un observateur de la Ligue des droits de l'homme blessé par un tir de la police ? 3 févr. 2019, RT / Gilets jaunes : un acte 12 en hommage aux blessés et aux victimes, 2 févr. 2019, RT / De plus en plus de voix demandent l’interdiction des armes intermédiaires utilisées contre les manifestants, par Ivan Du Roy et Rachel Knaelber, 1 février 2019, Bastamag  / Des milliers de signatures pour une pétition de soignants contre les LBD, 31 janv. 2019, Le Parisien / 59 avocats disent leurs quatre vérités sur le traitement judiciaire des Gilets jaunes, 3 février 2019, Sputniknews


    Macron : Les autres c'est l'enfer !
    Par Mathieu Morel, le 1 février 2019 - Vu du droit

    Ce type est décidément merveilleux !

    Deux comptes rendus, sur Paris-Match et Le Point, de l’audience que Son Auguste Jupitude a daigné concéder à une poignée de journalistes révèlent un paranoïaque complètement en roue libre, un complotiste sans filtre voyant des Russes cachés à peu près partout, incapable de s’interroger réellement sur quoi que ce soit, de relier causes et effets autrement que selon des postulats éculés, incapable de l’ombre d’une analyse de la situation, juste mû par sa seule obsession de mouler la réalité dans ses présupposés faillis et puérils.

    « C’est de la faute des autres ».
    Voilà peut-être l’élément essentiel, le fil conducteur, la colonne vertébrale. Les ennemis sont partout : intérieurs et extérieurs. La russosphère, la gauchosphère, la fachosphère, la complosphère, toutes les chososphères imaginables, emplies de gens aux passions tristes, aux pulsions factieuses et aux relents nauséabonds, complotent contre lui et instrumentalisent les esprits faibles de ces braves bons Français à qui il veut pourtant tant de bien. Et lorsque ça n’est pas « la faute de » l’une ou l’autre sphère, c’est alors la faute de la presse, veule, suiviste, démissionnaire, qui ne remplit plus sa mission d’éducation des masses trop rustiques pour distinguer par elles-mêmes le Bien (lui) du Mal (les autres). Une presse à la roue des réseaux sociaux – dont on ne dira jamais assez combien ils sont manipulés par les Russes et autres sphères – voire carrément des medias de propagande russes eux-mêmes. Bref, une presse devenue incapable de montrer aux gueux la voie juste, la bonne : la jovienne.

    Peut-être repense-t-il avec nostalgie à ce temps béni où la presse, alors intègre et incorruptible, se répandait en couvertures et enquêtes dithyrambiques sur le nouveau petit prodige qu’il était, sur ses prouesses, sur son génie, sur ses amours rocambolesques et l’intimité sucrée de son couple féérique ?

    Deux longs articles, donc, pour dérouler la pensée du Maître parsemée de quelques poncifs ronflants (on y apprend que « ce mouvement est polymorphe » : allons bon, mais où va-t-il chercher tout ça ?), d’aphorismes managériaux ou philosophico-cuculs (de la très impressionnante « dévitalisation quasi-physiologique de la démocratie » à la très approximative « dissolution des esprits comme dirait Blum », petite référence historique afin de cocher l’indispensable case « historien penseur », fût-ce au prix d’arrangements pour le moins audacieux avec le contexte historique), d’affirmations gratuites et de statistiques aussi magiques que branquignoles.

    Ah mais, nous dit-on, il reconnaît aussi ses erreurs !
    Ouf ! Un instant, on avait craint. Alors oui, il « regrette ». Il en est même, avoue-t-il, « scarifié ». Rien de moins ! Il regrette ces petites phrases qui ont fait du mal, à son insu. Il regrette et fera désormais « très attention ». Il regrette de n’avoir pas mesuré combien sa fonction le rendait vulnérable. Parce que si elles ont fait du mal, ces petites phrases, c’est qu’elles sont « mal interprétées ». Nous y revoilà : mal interprétées… par « les autres », bien entendu. Les « autres », ces indécrottables salauds ! Il regrette également sa spontanéité, cette sincérité excessive – c’est un classique : « quel est votre plus grand défaut ? La bonté, l’honnêteté et le courage » – qui lui fait prononcer ingénument des « vérités » qu’ensuite, des sphères malintentionnées sortent de leur contexte et mettent en exergue dans le seul but de lui nuire et, partant, nuire à la France entière. Allez, vous vous en doutez certainement : « célézautres ! ».

    Il regrette, il est sincèrement contrit de la malveillance des « autres ».
    Ces mêmes « autres » qui, n’en doutons pas, ne manqueront pas de le brocarder pour s’être, au cours de ce même entretien (où il promet, donc, de faire désormais très attention), sincèrement payé la tête de « Jojo avec son gilet jaune » ou encore de ce « boxeur gitan », forcément manipulé (par l’extrême gauche ou par les Russes, je ne sais plus, de toute façon ce sont les mêmes) puisqu’il « n’a pas les mots d’un Gitan ». Jupiter voudra-t-il nous éclaire : c’est censé parler quel sabir, au juste, un Gitan ? Et boxeur, de surcroît ?
    Salauds d’« autres », vous dis-je !

    Convenons tout de même que dans des conditions pareilles, ce doit être bien difficile, en effet, de présider un pays peuplé de hordes d’« autres » qui ne comprennent rien à nous.


    Le complotiste de l’Élysée
    par Frédéric Lordon, 2 février 2019 - Le Monde diplomatique 


    Affiche de l’association anticommuniste Paix et liberté, 1952.

    On peut tenir pour l’un des symptômes les plus caractéristiques des crises organiques l’emballement des événements, et la survenue à haute fréquence de faits ou de déclarations parfaitement renversants. En moins de 24 heures, nous aurons eu les enregistrements Benalla, aussitôt enchaînés avec une rafale de propos à demi-« off » signés Macron, et la mesure du dérèglement général est donnée à ceci que, dans la compétition des deux, c’est Benalla qui fait figure de gnome. En fait, on n’arrive plus à suivre.

    Il le faut pourtant, car tout est magnifique. Macron en « off », c’est chatoyant. C’est qu’il est l’époque en personne, son plus haut point de réalisation : managérial, ignorant de tout ce qui n’est pas sa classe, le racisme social jusque dans la moelle des os, le mépris en toute innocence, et surtout l’absence complète de limite, de censure, de reprise de soi. C’est une compulsion venue de trop loin : dans l’instant même où il annonce sa propre réforme et jure de faire désormais « très attention » à ses « petites phrases », il se scandalise que le premier « Jojo avec un gilet jaune » ait « le même statut qu’un ministre ou un député » — « les petites phrases, j’arrête quand je veux », d’ailleurs « je commence demain ». Et c’est cet individu dont les « analystes » des grands médias se demandent « dans quelle mesure il tiendra compte des résultats du grand débat »… Mais peu importe, c’est tellement beau qu’on en reste émerveillé. Même une fiction à petit budget n’oserait pas se donner un personnage aussi énorme, aussi « cogné » — mais c’est sans doute le propre de cette époque que la fiction, même débridée, peine à se tenir au niveau de la réalité.

    Avec « Jojo » déjà, il y avait de quoi faire — un hashtag #JeSuisJojo par exemple ? Mais on n’avait encore rien vu. C’est quand il entre dans « l’analyse » que le « patron » de Benalla se surpasse. La restitution par Le Point de ces merveilleux « off », assurément des documents pour l’Histoire, livre sur l’entendement, il faudrait plutôt dire sur la psyché présidentielle des aperçus proprement vertigineux — et, à chaque jour qui passe, nous savons un peu mieux à qui nous avons à faire.

    C’est tellement ahurissant qu’on est presque obligé de se demander s’il n’y a pas quelque part de malignité chez les scribes du Point. En revanche il n’y a pas beaucoup de place pour le doute quant à la fidélité de la transcription. « Le président de la République considère l’embrasement du mouvement des « gilets jaunes » comme une manipulation des extrêmes, avec le concours d’une puissance étrangère » (c’est Le Point qui parle). Dès la première ligne on mesure le diamètre du cigare de moquette. Tout le reste n’est qu’une énorme taf, avec cendriers qui débordent et ronds de fumée comme ça. « Dans l’affaire Benalla comme “gilets jaunes”, la fachosphère, la gauchosphère, la russosphère représentent 90 % des mouvements sur Internet (…) Ce mouvement est fabriqué par des groupes qui manipulent, et deux jours après, ça devient un sujet dans la presse quotidienne » (Macron). « Selon lui (ici c’est Le Point qui parle), il est évident que les “gilets jaunes” radicalisés ont été “conseillés” par l’étranger ».

    En général, le spectacle d’une déchéance n’est pas beau à voir, à plus forte raison quand elle est si précoce. Mais disons les choses : ici, c’est franchement drôle. Un peu inquiétant, sans doute (en fait beaucoup), mais drôle. En fait c’est surtout drôle d’imaginer les mâchoires décrochées des chasseurs de complotistes. Parce que Macron en roue libre dans la russosphère, les « gilets jaunes » pilotés depuis le Kremlin, pour n’importe qui, c’est à mourir de rire, mais pour eux, c’est Ganelon, Trafalgar et Blücher réunis. Normalement, on était d’accord : le complotisme, c’était pour les « autres », les « affreux », ceux précisément qui ne croient pas en la raison libérale. Mais comment fait-on si c’est le héros, celui pour qui on a raconté tout ça, qui décompense et se met à courir en chemise de nuit dans les rues ?



    Ici, on rêverait de voir leurs têtes à tous : Jean-Michel Aphatie, Patrick Cohen, Nicolas Demorand, Léa Salamé, Ali Baddou, Sonia Devillers (la chasse au complotisme n’a pas de soldats plus typiques que les demi-habiles de France Inter), mais aussi les inénarrables Décodeurs, les animateurs de France Culture qui n’ont pas cessé d’organiser, gravement concernés, des émissions et des débats publics sur les fake news, de la parlote au kilomètre, de la conférence à rallonge, des régiments d’intellectuels vigilants, à Blois, au Mans, aux Bernardins, à l’Opéra Bastille, bref partout où l’on « pense », et puis aussi les chefferies éditoriales qui s’étaient trouvé cette opportune croisade de substitution pour faire oublier leurs propres abyssales défaillances. Mais le point de tragédie est atteint quand on pense aux malheureux de Conspiracy Watch, à ce pauvre Rudy Reichstadt qui vient de se manger l’équivalent psychique d’un tir de Flashball, qui vit son moment LBD à lui — et comme les autres : en pleine tête.

    Voilà donc toute cette armée de la Vertu, totalement décomposée, pétrifiée même, à la limite de la fatal error face à au dilemme qui vient : Macron qui passe le 38e parallèle, en parler ou n’en pas parler ? En parler, c’est ou bien se couvrir de ridicule ou bien devoir renoncer à ses buts de guerre cachés — le complotisme, c’était les gueux, l’anticomplotisme le passeport tamponné pour le Cercle, doublé d’une pétoire idéologique anti-contestation. N’en pas parler donc ? Mais patatras : boulevard pour RT France qui s’est spécialisée dans tout ce dont les médias français ne parlent pas, et qui ne se refusera pas pareil caviar : retourner le complotisme contre ses accusateurs de complotisme, un mets de choix.

    C’est qu’en effet RT se porte bien en exacte proportion de ce que les médias officiels font défaut. S’être redémarrés à la manivelle pour essayer de refaire leur retard sur les violences policières, n’ôtera pas que, pendant presque deux mois, ils ont été aveugles et sourds à l’un des événements les plus importants de l’histoire française depuis un demi-siècle : un soulèvement sans précédent, la montée du régime vers un niveau de répression inouï, l’effondrement de toute démocratie dans l’obligation pour les manifestants de mettre très gravement leur intégrité physique en jeu au moment d’exercer leur droit politique le plus fondamental. Il restera dans l’Histoire que ces médias ont d’abord recouvert l’Histoire.

    C’est pourquoi il est fatal que la honte du journalisme français se mesure à ce paradoxe tout à fait inattendu que RT est devenu à peu près le seul média audiovisuel honorable ! Personne n’est assez malvoyant pour ne pas saisir que l’entrain de RT ne doit pas qu’aux enthousiasmes déontologiques de la « bonne information » — mais enfin la presse du capital a elle aussi les ressorts troubles de ses propres entrains, ou plutôt de ses propres absences d’entrain. Il reste que RT donne à voir pendant que les autres oblitèrent, et que ça fait quand même une sacrée différence quand il s’agit d’information.

    Alors le Russe a un mauvais fond, c’est certain, mais il n’a pas oublié d’être malin. En réalité, dans l’état de ruine où se trouve le champ médiatique français, sa stratégie était gagnante à coup sûr : 1) repérer dans le système du débat public français le défaut de la cuirasse : les médias mainstream totalement alignés sur l’européisme libéral et pâmés devant sa variante macronienne ; 2) fournir tout ce qu’il était devenu presque impossible d’avoir dans ces médias : de l’information immédiate, gênante, du débat rouvert ; 3) faire passer en contrebande, et bien enrobé dans le reste, tous les contenus de la géopolitique poutinienne, jusqu’aux plus limites, parce que de ce point de vue, en effet, ça y va, et sans se gêner (cependant, personne ne s’est beaucoup offusqué que depuis des décennies Le Monde soit le porte-voix du Quai d’Orsay, ni que France 24 ait l’indépendance d’une roue dentée). Heureusement, Macron, qui n’est pas la moitié d’un futé non plus, voit tout dans le jeu des Russkofs : ils organisent les « gilets jaunes » et font faire du média-training au Gitan, c’est assez clair. Et pendant ce temps « nous, on est des pitres » (Macron au Point). Pour le coup, c’est pas faux.

    Qui s’étonnera, en tout cas, que la stratégie RT rentre comme dans du beurre ? L’événement produit implacablement ses effets de crible : les médias officiels se sont d’abord déconsidérés, à proportion de ce que le mouvement des « gilets jaunes » est historique ; logiquement les autres se sont engouffrés dans l’énorme vacuum, RT portés par ses intérêts particuliers, Le Média parce qu’il a immédiatement saisi l’importance de ce qui allait se jouer. Qui s’en plaindra, à part les pouvoirs assiégés et leurs officines anticomplotistes ?

    Il y a quelque temps, on avait essayé de défendre qu’il n’y a parfois pas tournure d’esprit plus complotiste que celle des anticomplotistes (1). C’est que l’anticomplotisme est devenu par excellence la grammaire disqualificatrice des pouvoirs installés, à qui ne reste d’autre argument que de saturer le paysage avec des errements, au reste fort minoritaires, pour ne plus avoir à engager la discussion sur les contenus. Or, les hommes de pouvoir vivent dans l’élément du complot — ils se souviennent très bien des moyens qui les ont fait parvenir, et s’inquiètent sans cesse, à raison, de ceux qui pourraient les faire tomber : des complots en effet — entre ici, Carlos Ghosn. De là que toute leur vision du monde en soit teintée, et qu’en vérité ils soient incapables de penser autrement, et puis, par imprégnation (et insuffisance), tous ceux qui vivent dans leur proximité et importent leurs formes de pensée — éditorialistes, journalistes politiques. Macron sait très bien de quel concours organisé il est le produit : financement des plus fortunés, portage par tous les lobbies de la richesse, soutien de la presse du capital. Racisme social aidant, la spontanéité des Jojos ne saurait à ses yeux constituer la moindre menace sérieuse, au reste, ont-ils quelque raison réelle de se plaindre ? Les Jojos ont donc forcément été manipulés — par une puissance supérieure, c’est-à-dire équivalente à la sienne.

    Les Jojos ont donc forcément été manipulés — par une puissance supérieure, c’est-à-dire équivalente à la sienne.
    Dans ce jeu de miroir et de projections renversées, c’est avec l’effet de retour de la russophobie en roue libre que le complotisme de l’anticomplotisme se fait le plus spectaculaire. Il faut dire que tout ce que le pays compte d’élites auto-proclamées (par définition anticomplotistes) s’en est monté le bourrichon jusqu’à se créer une obsession maléfique au pouvoir explicatif universel : « c’est les Russes » — soit à peu près la définition canonique du complotisme. En tout cas, on savait déjà que Macron ne comprend rigoureusement rien à la société qu’il prétend diriger, mais il est bien certain qu’avec ce pâté dans la tête, ses vues ne sont pas près de s’éclaircir. Sur aucun sujet d’ailleurs : « Si on veut rebâtir les choses dans notre société », poursuit-il, décidément bien allumé, « on doit accepter qu’il y ait une hiérarchie des paroles (…) Celui qui est maire, celui qui est député, celui qui est ministre a une légitimité. Le citoyen lambda n’a pas la même » — passe ton chemin, Jojo. On ne niera pas qu’en pleine crise démocratique, au moment où la population hurle pour avoir droit de nouveau à la parole et où, accessoirement on essaye de faire tenir debout la pantomime du « grand débat », nous avons là un mot ajusté au millimètre, et comme une pièce d’orfèvrerie.

    Arrivé à ce point d’étonnement, toutes les certitudes vacillent, toutes les hypothèses demandent à être rebattues. Normalement on postule qu’un homme de pouvoir désire s’y maintenir. On ne manque pas d’arguments raisonnables pour l’appliquer à Macron, à commencer par son usage délirant des forces de police. « En même temps », comme dirait l’autre, on le voit faire méthodiquement, et continûment, tout ce qui est requis pour s’attirer la plus grande détestation possible, et finir expulsé. C’est tout de même très étrange, et presque incompréhensible.

    Prenons les choses autrement. Hegel écrit quelque part que l’Histoire se trouve toujours les individus particuliers capables d’accomplir sa nécessité. C’est peut-être sous cet angle qu’il faut envisager le cas Macron. Comme une bénédiction imprévue. Peut-être fallait-il l’extrémité d’un grand malade, produit ultime d’une séquence de l’histoire pour en finir avec cette séquence de l’histoire. Si vraiment il faut en passer par là, ainsi soit-il.

    Frédéric Lordon

  • Histoire de ta bêtise

    Emmanuel Macron, Grand débat, 24 janv. 2019




    LA GRANDE TABLE IDÉES  par Olivia Gesbert
    La bourgeoisie est-elle toujours en marche ? 28/01/2019
    avec François Bégaudeau, écrivain et scénariste,
    auteur de  "Histoire de ta bêtise", Ed. Fayard, 2019

    S’adressant à l’électeur d’Emmanuel Macron, François Bégaudeau fait la somme des aveuglements qui le font se prendre pour un progressiste de pointe là où il n’est qu’un conservateur de base.
    Tu es un bourgeois.
    Mais le propre du bourgeois, c’est de ne jamais se reconnaître comme tel.
    Petit test  :
    - Tu votes toujours au second tour des élections quand l’extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage. Par conséquent, l’abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible.
    - Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel.
    - Tu es bien convaincu qu’au fond les extrêmes se touchent.
    - L’élection de Donald Trump et le Brexit t’ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d’assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
    - Naturellement tu dénonces les conflits d’intérêts, mais tu penses qu’en voir partout relève du complotisme.
    - Tu utilises parfois (souvent  ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi.
    - Tu leur préfères définitivement le mot ouverture.
    Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi.
    Prends le risque de l’ouvrir.
    Quatrième de couverture




    Actualité culturelle : Bégaudeau, Bessède, Sauvat, Simon (RT, Interdit d'interdire, 31 janv. 2019)




    François Bégaudeau, Le retour de la lutte des classes ? (France 2, C à Vous, 29 janv. 2019)



    François Bégaudeau, "Populisme est un mot creux, et sans contenu" (France Inter, 28 janv. 2019)



    Jacques Brel, Les Bourgeois (1962)

  • Blog : Eclipse
    Blog supprimé par Google et réapparu quelques jours après, sans avoir fait de demande de restauration. Le mystère des algorithmes de Google (ou une tentative de censure) ?  



    * * *

    Peut-être suite à la plainte d'un Marcheur n'ayant pas aimé le titre d'un post précédent : Macron est-il (cliniquement) fou ?
    Si tel est le cas, offrons-lui une Mise à jour.



    Juan Branco, avocat, Contre Macron (10 février 2019)



    Juan Branco, Contre Macron, Conférence (Bretagne, janv. 2019)

    Le Macronisme est une nouvelle variante du fascisme, et il nous faudra avoir la plus grande attention à la façon de débrancher ces êtres de nos institutions au moment du changement démocratique nécessaire et qu’ils chercheront compulsivement à éviter. 
    Telle est la thèse de Juan Branco, jeune normalien et docteur en droit, conseiller juridique de Julian Assange et de Wikileaks, spécialisé dans les violences politiques et violences de masse. Ce texte montre comment, dès les premiers jours de son mandat, se dessinait chez Emmanuel Macron une pratique du pouvoir dangereuse pour la démocratie, ancrée dans une histoire politique éloignée des préceptes auxquels sa rhétorique donnait l’impression d’adhérer.
    Quatrième de couverture
    Juan Branco, Contre Macron, Ed. Ed. Divergences   , 2019
    Voir aussi : Menaces et intimidations policières d'un porte-parle des Gilets jaunes, par Juan Branco, avocat, 10 février 2019 (vidéo)
    La Brute, par Michel Onfray, janvier 2019 (vidéo)



    François Boulot, avocat (Sputniknews, 8 février 2019)
    "Le président de la République est complètement perdu, il verse dans le complotisme le plus inquiétant. Pour ma part je peux affirmer n'avoir jamais été ni financé ni même influencé par une quelconque puissance financière ou par un quelconque média, et je peux dire exactement la même chose pour mes collègues gilets jaunes" 




    François Ruffin, député de la FI, Un zinzin à l'Elysée (5 février )
    "Du « boxeur gitan » à l’ingérence russe, en passant par le Ministère de la Vérité, la Loi anti-casseur, la perquisition à Mediapart : Macron est atteint d’une folie. Une folie qui le dépasse. La folie d’une classe saisie de démesure".
    Source : Francois Ruffin

    Lire aussi : Macron : la médiatisation des Gilets jaunes, «manipulation» appuyée par une «puissance étrangère», RT, 1 févr. 2019 / Après les accusations de Macron sur les médias russes, Moscou demande des explications à Paris, RT, 5 févr. 2019 / L'ancien boxeur Dettinger va porter plainte contre Macron pour «injure raciale» et «diffamation», RT, 8 févr. 2019




    Loi Anti-casseur ou (loi Anti-manifestation), Charles de Courson, député centriste, fils de résistant, sur la loi Anti-casseur (Assemblée nationale, 31 janv. 2019)
    "Où sommes-nous, c'est une dérive complète, on se croit revenu sous le régime de Vichy !"




    Raphael Kempf, avocat, Comment le gouvernement embastille les Gilets jaunes (Le Média, 12 février 2019)
    "Le 'délit de participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations','est un délit particulier qui fait penser au film 'Minority Report', qui vise à punir une personne avant qu'elle commette quoi que ce soit." 



    Gilets jaunes : vers une justice politique ? par Maîtres Sauvignet et Pascual (Le Média, 12 février 2019)

    Les incroyables consignes [illégales] du parquet sur les gilets jaunes (Canard Enchainé, 30 janv. 2019

    Lire aussi : Près de 1 800 condamnations ont été prononcées depuis le début des Gilets jaunes, annonce Philippe, RT, 12 févr. 2019 / Répression judiciaire des Gilets jaunes : Edouard Philippe fait du chiffre, par Régis de Castelnau, le 13 février 2019 
    L'ex-boxeur Christophe Dettinger condamné à un an de prison ferme et 18 mois de sursis [!], RT, 13 févr. 2019 / Laurence Léger, avocate de Christophe Dettinger, déplore la non-présence du second gendarme et parle de la femme matraquée au sol [défendue par le boxeur] et de son état de santé, le 13 février 2019 (vidéo) [Aucune sanction contre le policier l'ayant agressé et pas non plus contre Alexandre Benalla]




    Edwy Plenel sur les enregistrements de Benalla (LCI, 1 février 2019)
    Lire aussi : Macron «est comme un fou» : les enregistrements explosifs de Benalla révélés par Mediapart, RT, 31 janv. 2019 Nouvelles révélations de Mediapart sur l'affaire des contrats russes d'Alexandre Benalla, 11 févr. 2019




    Perquisition à Médiapart (Osons causer, 5 février 2019)
    Lire aussi : «Dérive autoritaire du monarque Macron» ? La classe politique dénonce la perquisition de Mediapart, RT, 4 févr. 2019

    Macron psychopathe ? par Philippe Vergnes, Dr. en psychopathologie, 2017 /
    Proposition de résolution pour l’ouverture de la procédure de destitution du Président de la République en application de l’article 68 de la Constitution. UPR, 1 déc. 2019 (PDF, 16p.)


    Macron, l'amour fou
    Source : Les requins marteaux
         

  • retournement

     

    Tant que notre attention est uniquement tournée vers l'extérieur, nous ne sommes pas conscient de notre vraie nature.

    Mais si nous retournons notre attention, et plongeons notre regard dans le vide, alors nous nous éveillons à un espace nu, illimité, vide et conscient.

    C'est comme passer de "l'envers" à "l'endroit", comme passer de "face" à "pile", en un instant.

    Comme traverser le miroir et voir le monde pour la première fois.

    jlr

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lundi 18 février 2019

  • Y a-t-il des degrés dans l'éveil?

    On m'a récemment posé cette question : y a-t-il des degrés dans l'éveil ?

    J'ai répondu dans mon livre (L'éveil spirituel) mais je vais repréciser les choses.

    Certaines personnes me disent que certes l'éveil dont je parle est simple, mais cet éveil n'est pas l'éveil de Ramana Maharshi ou de Nisargadatta Maharaj, qui eux ont un éveil supérieur. Et donc cet éveil est un petit éveil.

    En réalité, il n'y a pas de degrés dans l'éveil.

    Quand la clarté de l'éveil s'est révélée, quand le soleil s'est levé, il fait jour. Et cette lumière est une et universelle, et sans degré d'intensité.

    Il n'y a pas un éveil de Ramana, un autre de Pierre Dupond. L'éveil est la sortie de l'individualité, le passage à une réalité absolue et sans "moi", au-delà de la dualité sujet/objet. Ce n'est l'éveil de personne. C'est l'éveil, point barre.

    Ce qu'ont vécu le Bouddha ou Jésus ou Ramana ou Douglas Harding ou Pierre Dupond ne dépend ni de Bouddha, Jésus, Douglas, ou Pierre Dupond. L'éveil n'est ni d'occident ni d'orient.

    L'éveil est hors du temps, et ne connait pas de changement.

    Mais il est vrai qu'il faut d'une part distinguer (ce que j'ai fait dans le livre) un aperçu de l'éveil de l'éveil lui-même. L'aperçu est une ouverture provisoire et temporaire de l'éveil. L'éveil est le basculement définitif dans cette ouverture elle-même.

    Et d'autre part, il faut reconnaitre qu'il y a une incarnation, une réalisation plus ou moins grande de l'éveil. C'est ce que j'appelle la sagesse. La sagesse peut être plus ou moins profonde, mais cela n'a rien à voir avec des degrés de l'éveil (qui lui ne change pas).

    Et c'est d'ailleurs ce qui est miraculeux : quand vous voyez votre vraie nature, vous la voyez absolument, parfaitement parce que c'est cette vraie nature qui se voit elle-même.

     Je pense que cette croyance de degrés dans l'éveil est un des plus grands obstacles à l'éveil lui-même ; parce qu'elle nous conduit à négliger la splendeur de cette découverte, et nous pousse encore dans un futur imaginaire à chercher autre chose. Cette croyance à plusieurs causes comme une sorte de complexe d'infériorité par rapport à l'Inde, ou l'idée (très très ancrée) que l'éveil est réservé à une élite

    Voilà qqs précisions, mais le livre développe bien davantage ces perspectives.

    jlr

     

     


dimanche 17 février 2019

  • Et laisse l'esprit grand ouvert

     

    ciel

     

    Rigdzin Shri Singha a dit:

    "L'esprit des êtres est toujours limité;

    Celui des Bouddhas est omniprésent.

    Laisser l'esprit aussi ouvert et vaste que l'espace:

    telle est l'injonction essentielle

    Qui permet d'approfondir la pratique."

     

     

    Parfois, analyse ton esprit ;

    Assure-toi qu'il n'est pas chose tangible,

    qu'il est dépourvu de centre et de périphérie.

    Laisse ensuite cette découverte

    Prendre toute son ampleur.

     

    Parfois, mêle ton esprit au ciel immaculé;

    Elève-le, étends-le,

    Et laisse le grand ouvert,

    tel un espace à la fois immense et omniprésent.

     

    Ainsi éviteras-tu les pièges

    Du relâchement, de la torpeur et de la somnolence;

    Ton expérience de la vue s'en trouvera magnifiée.

     

    Si, de nouveau, l'esprit se rétracte,

    Comme un vieux parchemin qui s'enroule sur lui-même,

    A maintes reprises, examine-le attentivement;

    Telle est l'instruction essentielle.

     

    Merveille ! Vivre en cette lucide sérénité,

    Equanimité pareille au ciel."

     

    Shabkar, (1781-1851)

    maitre tibétain,

    traduit par Matthieu Ricard.


  • France : des experts de l'ONU dénoncent des restrictions graves aux droits des manifestants « gilets jaunes »

    Macron, une dictature En Marche ?

    Lire aussi : Maintien de l'ordre : le Parlement européen dénonce l'usage «disproportionné» de la force, RT14 févr. 2019 /
    Castaner et Belloubet : peuvent-ils risquer la Cour pénale internationale ? Mediapart, le 11 fév. 2019 

    France : des experts de l'ONU dénoncent des restrictions graves aux droits des manifestants « gilets jaunes »
    Le 14 février 2019 - ONU

    Le droit de manifester en France a été restreint de manière disproportionnée lors des manifestations récentes des « gilets jaunes » et les autorités devraient repenser leurs politiques en matière de maintien de l'ordre pour garantir l'exercice des libertés, selon un groupe d'experts des droits de l'homme des Nations Unies.

    « Depuis le début du mouvement de contestation en novembre 2018, nous avons reçu des allégations graves d’usage excessif de la force. Plus de 1.700 personnes auraient été blessées à la suite des manifestations dans tout le pays », ont déclaré ces experts dans un communiqué de presse.

    Ce groupe d’experts comprend Seong-Phil Hong, Président-Rapporteur du Groupe de travail sur la détention arbitraire, Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, et Clément Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association.

    Selon eux, « les restrictions imposées aux droits ont également entraîné un nombre élevé d'interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d’armes dites ‘non-létales’ telles que les grenades et les lanceurs de balles de défense ou flashballs ».

    « Garantir l’ordre public et la sécurité dans le cadre de mesures de gestion de foule ou d’encadrement des manifestations implique la nécessité de respecter et de protéger les manifestants qui se rendent pacifiquement à une manifestation pour s’exprimer », ont souligné les experts.

    « Nous sommes conscients du fait que certaines manifestations sont devenues violentes et ont entrainé des débordements, mais nous craignons que la réponse disproportionnée à ces excès puisse dissuader la population de continuer à exercer ses libertés fondamentales. Il est très inquiétant de constater qu'après des semaines de manifestations, les restrictions et tactiques de gestion des rassemblements et du recours à la force ne se sont pas améliorées », ont-ils ajouté.

    De plus, les experts ont exprimé leurs vives préoccupations quant à une proposition de loi visant prétendument à prévenir les violences lors de manifestations et à sanctionner leurs auteurs, dont certaines dispositions ne seraient, selon eux, pas conformes avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel la France est partie.

    « La proposition d’interdiction administrative de manifester, l'établissement de mesures de contrôle supplémentaire et l’imposition de lourdes sanctions constituent de sévères restrictions à la liberté de manifester. Ces dispositions pourraient être appliquées de manière arbitraire et conduire à des dérives extrêmement graves », ont souligné les experts.

    Ils ont encouragé « la France à repenser ses politiques en matière de maintien de l’ordre et encourageons les autorités françaises à ouvrir des voies de dialogue afin d’atténuer le niveau de tension et de reconnaître le rôle important et légitime que les mouvements sociaux jouent dans la gouvernance ».

    * * *



    Jacques Sapir, Etienne Chouard, RIC : sauver la République ou « rétablir la démocratie » ? (Sputniknews, 13 février 2019)




    Etienne Chouard et François Asselineau, l'entretien (UPRTV, 7 février 2019)

    Lire aussi : Magouilles et corruption des élites. Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier, Donde Vamos, 19 janv. 2019 / Partie 2: Le sabotage de la dénazification, 3 fév. 2019

    * * * 

    Bruno Latour : « Les Gilets jaunes sont des migrants de l’intérieur quittés par leur pays »
    16 février 2019 - Reporterre

    Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes révèle de l’épuisement de l’organisation politique et économique de notre société ? Quel est le rôle de l’État ? De la société civile ? Quelle place occupe l’écologie dans la transformation de la société ? Dans cet entretien, Bruno Latour livre ses réflexions sur ce moment politique « enthousiasmant ».
    Bruno Latour est sociologue, anthropologue et philosophe des sciences.

    Reporterre — Vous avez vécu Mai 68 à Dijon. Y a-t-il un rapport entre Mai 68 et les Gilets jaunes ?

    Bruno Latour — Très peu. En 1968, on était dans la politique d’inspiration, de changement de société. Là, on est dans quelque chose d’autre, un virage général qui demande un changement beaucoup plus important. En 1968, on était encore dans l’imaginaire qu’on pourrait appeler « révolutionnaire » : la société se prenait comme objet et se transformait en quelque sorte librement — on restait entre humains. C’était déjà complètement impossible, évidemment, mais l’imaginaire révolutionnaire continuait comme en 1789. Et c’est vrai qu’entre 1789 et, disons, 1814, il n’y avait pas eu beaucoup de différences techniques de production matérielle, alors que, pourtant, les changements sociaux avaient été énormes. Alors que maintenant, il faut changer énormément de choses pour satisfaire la plus minuscule des revendications sur le déplacement des voitures et le prix du pétrole ou sur l’alimentation. L’idée d’émancipation de la société par elle-même avait beaucoup plus de plausibilité en 1789, déjà beaucoup moins en 1848, plus du tout en 1968 et absolument plus maintenant. Le poids de la technosphère exige maintenant un changement complet de ce qu’est la politique.

    Le système technique contraint la société, donc limite sa liberté de changer ?

    Pas simplement la technique, mais la technosphère, c’est-à-dire l’ensemble des décisions qui ont été prises et sont incarnées dans des lois, dans des règlements autant que dans des habitudes et dans des dispositifs matériels. Auparavant, la société était douée « d’autonomie », elle pouvait se transformer elle-même. Aujourd’hui, on dépend d’une vaste infrastructure matérielle qu’on a beaucoup de peine à modifier alors même qu’elle a fait son temps. Autrement dit, le drame, c’est qu’on essaie de transporter un imaginaire révolutionnaire, tout un vocabulaire politique ancien à une situation totalement différente, qui exige une toute approche non seulement des activistes mais de l’État.

    « Il est vrai qu’une transformation du système s’impose. Mais le système n’est pas en haut, ce n’est pas l’État, le système est en bas : c’est l’ensemble des conditions dont les gens ont besoin pour subsister. »

    Il est en fait là pour maintenir la société.

    Il ne faut pas demander à l’État plus qu’il ne peut donner. Par essence, il s’appelle un « état », un état de choses. Il résout des problèmes qu’on avait mis en place à l’étape précédente. Il est par définition toujours en retard d’une guerre. S’il n’y a pas eu de société civile active capable de le modifier à un moment donné, l‘État, à l’étape suivante, reste « en l’état » justement, sourd à la situation. La seule question pour moi en ce moment est de savoir si l’on va pouvoir se servir de la crise pour que la société civile s’empare de la situation et plus tard parvienne à « recharger » l’État avec ses nouvelles tâches et de nouvelles pratiques. Mais il ne faut rien en attendre pour l’instant.

    Beaucoup de Gilets jaunes disent : « On a des budgets contraints, on doit sortir notre loyer, l’essence pour aller au travail, des traites à payer. Finalement, on n’a aucune marge de manœuvre à la fin du mois. »

    Cela reflète la réalisation que ce que le système de production n’est plus là pour émanciper, pour donner des marges de liberté. Donc, la question est : continue-t-on à maintenir l’idée que cela va repartir ou cherche-t-on à sortir du système de production ? Le problème est de savoir quelle politique va avec cela.

    Qu’il faille, comme on dit, « changer de système », tout le monde maintenant en ressent la nécessité. Mais avec quels outils politiques ? Dans le « grand débat national », les demandes adressées à l’État sont extrêmement générales, comme si l’État pouvait quelque chose. Ce n’est pas la bonne façon de procéder. L’État est à refaire entièrement pour s’adapter à ces nouvelles situations.

    La situation révèle une énergie politique rassurante, mais aussi une façon dépassée de faire de la politique, où l’on se précipite tout de suite pour passer au global, au général. Il est vrai qu’une transformation du système s’impose. Mais le système n’est pas en haut, ce n’est pas l’État, le système est en bas : c’est l’ensemble des conditions dont les gens ont besoin pour subsister. Le moment est celui de ce que j’appelle « atterrissage », qui demande en fait que l’on réalise combien nous sommes dépendants de la planète. Jusqu’ici nous vivions en l’air, en quelque sorte, sur une terre qui n’était pas définie sérieusement. Les questions que posent les Gilets jaunes deviendraient à 100 % écologiques s’ils commençaient à décrire leurs conditions d’existence.

    Pourquoi ?

    Parce que dès qu’on commence à discuter d’une maison, d’agriculture, de voitures ou de déplacements, on se rend compte que chaque sujet est attaché à beaucoup d’autres produits qui viennent de plus ou moins loin, et que tout est lié par des réseaux de dépendance. Cela permet de se rendre compte que les questions dites « écologiques » ne sont pas extérieures aux préoccupations dites « sociales » mais au contraire intérieures. Encore faut-il qu’on puisse décrire ces situations qui amènent de proche en proche à la réalisation de nos imbrications, de nos dépendances, et donc, c’est là tout l’intérêt de l’exercice, aux marges de manœuvre. Il faut arriver à trouver la politique qui soit capable de suivre un dossier comme celui de la taxe sur l’essence dans ses différentes intrications avec les groupes d’intérêt qui lui sont attachés ; or ce groupe d’intérêts, ce sont des gens qui ne correspondent ni à un département, ni à un rond-point, ni à une ONG, ni à un parti. Chaque affaire, chaque sujet de préoccupation, chaque « concernement », je ne sais pas comment dire, est ad hoc. Il lui faut un groupe d’intérêt à sa taille, qui soit spécifique. Le passage à la généralité annule toutes ces différences et donc toutes les marges de manœuvre.

    Les Gilets jaunes sont justement partis de cette approche de réseaux : ils occupent des ronds-points, qui sont des espaces de circulation. Et tout est parti de la contestation de la taxe carbone, devenue insupportable du fait de la contrainte quotidienne d’utiliser la voiture. Donc, ils décrivent leurs conditions d’existence, dans laquelle le système technique impose la vie en réseaux.

    Oui, mais cela fait trois mois que cela dure et on a toujours des revendications incroyablement générales, comme le rétablissement de l’ISF ou la démission de Macron, ce qui est sans intérêt particulier du point de vue politique. La solution n’est pas d’inventer une nouvelle institution alors que les institutions se sont vidées depuis longtemps faute de société civile active.

    La justice sociale revient très fortement.

    La justice sociale, c’est comme l’amour maternel, tout le monde est pour. Cela veut dire quoi, d’un point de vue pratique ?

    La redistribution des richesses. Qu’on fasse payer les riches et un peu moins les pauvres.

    Mais est-ce que cela fait une politique ? Ce n’est pas un cahier de doléances. C’est précisément l’absence de description de la situation qui donne l’impression aux gens qu’ils font de la politique quand ils disent ce genre de choses. Mais, c’est quoi, en pratique ? Dans tel village, tel rond-point, le lien entre tel supermarché et les paysans qui sont là — comment cela peut-il être modifié ? Les gens montent en généralité et disent « il faut taxer les riches ». D’accord. Mais c’est l’expression d’une indignation et d’un souhait, cela ne fait pas une construction politique capable de donner à ceux qui l’énoncent l’envie de faire autre chose et de passer à l’action autrement que par la manifestation. Il suffit de lire un cahier de 1789 du Tiers-Etat, peu importe lequel, pour voir ce que veut dire passer de la plainte même authentique et respectable à la doléance active qui désigne clairement ses ennemis et ses solutions, tout en décrivant avec une extrême précision les conditions de vie collective de ceux qui ensemble écrivent le cahier. Cela n’a rien à voir avec la simple expression d’une opinion, encore une fois estimable.

    Cela peut se traduire par des changements politiques très forts. Durant la Révolution française, la nuit du 4 août 1789 a lancé un processus de redistribution des richesses. La question fiscale a entraîné le bouleversement politique.

    Attendez, le parallèle n’est pas à notre avantage. En trois mois, en 1789 on passe des états généraux à la nuit du 4 août… Mais en trois mois aujourd’hui, où voyez-vous les métamorphoses de ce qu’on ne peut pas vraiment appeler un « mouvement » social ? Il me semble que ce qui bloque dans la situation actuelle, c’est qu’on lui impose un modèle d’émotion politique inadapté. Jadis, cette transformation sociale était infiniment plus facile à faire parce qu’on n’avait pas à prendre en compte l’analyse multiéchelles des réseaux de décisions techniques prises depuis l’arrivée du carbone dans notre société. En 1789, l’économie n’était pas carbonée ! C’est toujours utile de prendre le carbone — et le nouveau régime climatique — comme fil directeur, pour comprendre pourquoi il est devenu si difficile de changer quoi que ce soit.

    Aujourd’hui, ces plaintes tout à fait légitimes sur la réorganisation de la société s’adressent à un État incapable de se transformer rapidement faute d’une société civile active et détaillée. Par exemple, les débats des Gilets jaunes lors de l’assemblée de Commercy restent à un niveau de généralité extraordinaire. C’est compréhensible. Mais cela ne résout en rien le problème d’ajuster l’analyse à cette situation où les gens ont un vocabulaire politique centré soit sur l’identité quand s’ils sont plus à droite, soit sur l’imaginaire révolutionnaire quand ils sont plus à gauche.

    Quand on demande : « Taxons les riches » ou « Renversons le capitalisme » ou « Sauvons la planète », les marges de manœuvre ne sont découvertes pour personne. Les marges de manœuvre existent seulement si l’on s’aperçoit que les dix paysans bio du coin n’arrivent pas à vendre leurs produits dans le supermarché à côté du rond-point que l’on occupe. Mais pour réaliser toutes ces marges de manœuvre encore faut-il décrire précisément la situation de départ.

    On m’a dit qu’il y avait 600.000 revendications sur Internet ! Je voudrais savoir si, sur ces 600.000 revendications, il y a une description précise d’un seul petit début de réseaux avec les noms et les détails. La politique, cela tourne autour d’objet de dispute précis, des affaires, des causes, des « concernements ». Une généralité, ça ne fait pas de la politique sauf si l’on s’adresse à l’État ou si l’on prétend prendre sa place. Mais l’État aujourd’hui est totalement incapable d’anticiper ce qu’il faut faire pour passer du système de production visant le développement à l’infini, à un système qui suppose de pouvoir durer sur un territoire viable. Son maillage territorial est complètement inadapté à ce changement radical de mode de subsistance. Donc, il est sûr que si l’on ne fait qu’adresser des opinions à un État sourd et inerte, même si on adresse 3 millions d’opinions, cela ne sert à rien. Donnez-moi une description, cela pèse 10.000 opinions.

    Cela signifierait quoi, la description ? « Je vis à Saint Symphorien ou à Fontaine-en-Bellevue, et le bureau de poste est parti, l’usine qui existait a fermé, des télétravailleurs s’installent… »

    Il faut d’abord se décrire soi-même. Le problème est que le néolibéralisme a individualisé tout le monde. On est obligé de recommencer au niveau individuel puisqu’on a individualisé les gens. Aujourd’hui, un village ne serait absolument pas capable d’écrire un cahier de doléances comme en 1789 parce que les habitants ne se connaissent pas, ou parce qu’ils ont des statuts complètement différents et des intérêts totalement divergents ! C’est incroyable, la diversité d’un village. Et je ne parle pas d’une ville.

    Donc, le problème est qu’il faut renouer le lien, l’ancrage : « Vous, Madame, vous, Monsieur, vous, chef d’entreprise, de quelles ressources dépendez-vous ? La description de votre dépendance va révéler que ce dont vous avez besoin, vous en êtes privé par quelqu’un que vous nommez et qui est là. » Et qui n’est pas « le capitalisme », qui n’est pas « les riches », qui n’est pas « Macron »… mais qui est peut être un collègue ou un voisin. Par exemple, votre adversaire est peut-être ce syndicat agricole, tout près de vous, qui vous empêche justement de vivre de la vente de votre viande comme un éleveur.

    C’est à ce moment que commence à se refaire, à se renouer de la politique, parce qu’on commence à nommer les adversaires aussi bien que les alliés dans un paysage que l’on commence à peupler de lieux, d’institutions, de gens. On ne demande pas juste à l’État de faire quoi que ce soit. Le malheureux, il ne peut rien du tout. On pose alors la question cruciale, celle qui taraude toute cette affaire de « débat national » : avec qui est-on d’accord pour rédiger une doléance ciblée ? C’est le problème principal, parce que le néolibéralisme a totalement atomisé toutes les relations ordinaires, si bien qu’on est obligé en effet de repasser par l’individu : « Toi, dans ta situation, décris tes moyens de subsistance qu’on sache de qui et de quoi tu dépends. » Si on compare avec mon modèle, qui est celui des cahiers de doléances de 1789, il est vrai qu’il y a très peu de gens qui savent avec qui ils vont pouvoir écrire le moindre cahier.

    Parce qu’on est devenu individualiste.

    C’est très bien d’être individualiste mais il faut des sous pour pouvoir l’être ! Pour être néolibéral, il faut de l’argent ! Sans argent, le néolibéralisme est une immense source de frustration. Le drame actuel est d’avoir néolibéralisé tout le monde, mais sans donner les mêmes ressources à tout le monde pour profiter à fond de la désaffiliation générale, de l’autonomie, du choix totalement libre.

    Le deuxième problème, c’est la question des enjeux. Les cahiers de doléances de 1789 décrivaient leurs situations et les injustices qui sont liées. Ils faisaient exactement ce que ne fait pas le « grand débat national » : la description précise de la situation. Le « grand débat » recueille des opinions ; c’est un vaste sondage sans même le respect des statistiques.

    Le néolibéralisme a individualisé la perception par tout le monde de soi-même et dissous nombre de liens sociaux. Mais ce qui se passe dans le mouvement des Gilets jaunes, par exemple à Commercy, c’est la tentative de refaire un sujet collectif.

    Bien sûr !

    Il faut passer par là, non ?

    Oui bien sûr, mais enfin, vous auriez étonné les vieux militants des années 1960 si vous leur aviez dit qu’un mouvement social, « c’est formidable parce qu’on se retrouve ensemble et qu’on se parle chaleureusement ». De la chaleur, ils en avaient à foison dans d’innombrables cellules, associations, comités, etc. Cela fait penser à Nuit debout, en 2016. C’est important que les malheureux sujets néolibéraux retrouvent des liens de parole et de solidarité, oui, mais ce n’est pas leur faire injure que de reconnaître que c’est juste le début. Ensuite, il faut passer à la description des situations concrètes pour qu’on commence à repérer les intérêts divergents et voir avec qui on s’allier contre qui. Cela m’étonnerait beaucoup que, dans un rond-point, si on poursuivait la description des conditions de subsistance de chacun, on maintiendrait la chaude unanimité que nous décrivent les journaux.

    J’ai lu plusieurs fois des propos de Gilets jaunes dire : « On s’entend très bien, mais on évite de parler des sujets qui fâchent. » Si on est bien ensemble mais qu’on évite les sujets qui fâchent, on ne fait pas de la politique ! Ce qui est rageant, c’est de voir qu’ils essaient de se battre mais qu’on les a forcés à être des individus néolibéraux à opinions personnelles et que cela les paralyse d’autant plus que l’État auquel ils s’adressent est aux abonnés absents, par définition. On sait bien, tout le monde l’a dit, on ne fait pas une société avec des individus. Seulement, avant la période actuelle, on n’avait jamais eu de « vrais individus ». Maintenant, on les a. Voilà, de vrais sujets totalement isolés les uns des autres comme des lentilles dans un sac de lentilles. Comment faire de la politique avec ça ?

    Cette découverte du plaisir d’être ensemble n’est-elle pas une réaction au néolibéralisme ?

    Oui, c’est la condition initiale. Mais le goût d’être ensemble existait auparavant : les gens étaient dans les églises, dans les partis, dans d’innombrables modes de groupements. Les gens avaient des centaines de façons d’avoir des intérêts communs mais, surtout, ils étaient capables de décrire les conditions matérielles de leur solidarité. C’est du marxisme élémentaire : les gens qui travaillent sur une chaîne ont des intérêts communs parce que la chaîne les lie. Il faut refaire maintenant, avec la question écologique, le même travail de réinscription dans les liens et les attachements que le marxisme a fait à partir de la fin du XIXe siècle. Sachant que les êtres auxquels on est relié pour subsister, ce ne sont plus les êtres dans la chaîne de production ou dans les mines de charbon, mais tous les êtres anciennement « de la nature ». Et que c’est beaucoup plus compliqué, et donc, c’est mon argument, beaucoup plus nécessaire.

    Donc, ce travail, qui va le faire ? Pas l’État. Pas des experts, même s’il faut des experts, des sociologues, des économistes… Il n’y a que les gens eux-mêmes ! Et, c’est là évidemment la partie positive du mouvement des Gilets jaunes : des gens se remettent à parler, à rétablir la base humaine normale. Mais, l’étape suivante c’est de dire : « Mais où sommes-nous ? » Et ensuite seulement : « Que voulons-nous faire ? » De toute façon, il est impossible que les revendications, si elles deviennent concrètes, soient les mêmes partout. La complexité de l’atterrissage sur les conditions d’existence fait que cela ne peut pas aboutir aussitôt dans une vision générale. C’est la fin de la façon ancienne de faire de la politique. Ce qui est bien pour l’écologie !

    Le facteur nouveau par rapport à 1789 mais aussi par rapport au monde du marxisme, c’est la question climatique, qui transforme les conditions d’existence ?

    Oui. Mais au moment où il faut ajouter des éléments qui n’étaient pas du tout prévus dans la politique comme « affaire », comme « cause », c’est-à-dire des conditions de subsistance qui dépassent de très loin le système de production. Si on réutilise un mode de description et même d’émotion et d’animation politique inadaptée, ça se joue comme spectacle, c’est sympathique, mais ne peut pas faire de politique.

    Poursuivons le parallèle avec la Révolution française : il y a un « ancien régime climatique » et un « nouveau régime climatique ». Dans l’ancien régime, le climat n’était pas intégré à la politique. Maintenant, il est intégré à la politique comme un des enjeux essentiels. Et ce n’est pas tant par la question du CO2 que par celle des conditions de subsistance. Le terme de « crise de subsistance  » est un terme de la Révolution française qui n’est pas inexact quand on l’applique à notre situation. Nous vivons bien une « crise de subsistance ». Nous nous apercevons qu’il faut se poser la question : « Que fait-on quand les insectes, les glaces, les êtres vivants disparaissent ? »

    Ce moment est à la fois enthousiasmant d’un point de vue politique — c’est le bon côté de ce qui se passe en ce moment — et désespérant parce que devant cette nouvelle situation, on construit pour l’instant une scène d’émotions et de paroles inadaptée. On en reste à : « J’ai mon opinion, je l’exprime et je suis content » et je l’adresse à l’État avec la confiance totale dans sa capacité d’action et je m’indigne qu’il n’agisse pas ! Comment l’État peut-il répondre à 600.000 opinions ? Il ne fera que choisir deux ou trois trucs et se modifiera à la marge. Ce n’est pas à l’État qu’il faut s’adresser.

    À qui alors ?

    S’il y a une société civile, c’est aux gens eux-mêmes ! C’est quand même la justesse de ce qui se passe en ce moment, aussi critique que l’on puisse être sur la façon dont les choses se déroulent. Il n’y a que la société civile pour résoudre un problème dont personne, surtout pas l’État, n’a la solution.

    Les gens doivent s’adresser à eux-mêmes ?

    Évidemment, cela s’appelle quand même l’intuition démocratique par excellence ! À eux et à eux seuls pour l’instant, jusqu’à ce que l’État sur certains points puisse prendre le relais, après s’être réformé. Prenons l’exemple du Brexit. Il a fallu deux ans pour que les Anglais s’aperçoivent qu’ils étaient liés à l’Europe ! Ils sont passés d’une opinion sur leur identité à la réalisation de leurs dépendances à une multitude de liens dont beaucoup viennent d’ailleurs, de l’Europe. C’est ça, le virage qu’il m’intéresse de pointer du doigt. Est-on capable de faire cette opération avec le « débat national » ?

    On a besoin de découvrir à qui on est lié, et à quoi ?

    De se poser trois questions : « Quels sont les êtres et les choses qui vous permettent de subsister ? » Et pas seulement d’argent. Puis : « De quoi dépendons-nous ? Qui dépend de nous ? » Et ensuite : « Que sommes-nous prêts à défendre ? Qui sommes-nous prêts à attaquer ? Avec qui se défendre ? »

    Il ne faut pas sauter directement à la troisième question, qui risque sans cela d’être trop générale et de ne procurer aucune capacité d’agir. Il n’est pas si facile de savoir tout de suite, sur une question précise, qui sont nos ennemis et surtout avec quels alliés les combattre efficacement. Pour avoir des intérêts, il faut être capable de décrire les situations.

    C’est d’autant plus indispensable que, aujourd’hui, l’ignorance sur la façon de changer complètement notre système de production est totale et partagée. Si l’on revient aux cahiers de doléances de 1789, il y a une différence très importante, c’est que quand 1789 est arrivé, il y avait eu trente ou quarante ans de discussions dans toutes les élites et dans le Tiers État sur les réformes à faire. Aujourd’hui, l’État français n’a pas la moindre idée de comment sortir du système de production et passer à une situation écologico-compatible. En fait, ce n’est pas à l’État de le penser, il n’en est pas encore capable.

    C’est à la société. En fait, vous dîtes : « Refaites société ! » après trente ans d’individualisation.

    On n’a jamais eu de révolution qui attendait de l’État sa transformation…

    Il y a quand même un jeu par rapport à l’État. Il organise le « grand débat », en espérant que cela va affaiblir le mouvement social.

    C’est du petit machiavélisme !

    C’est la bataille du moment.

    Oui, mais elle ne m’intéresse pas. Moi, je suis plutôt tourné vers le futur, et ce n’est pas la peine d’être prophète pour prévoir que la crise actuelle préfigure toute celles qui vont venir : comment concilier justice sociale et atterrissage sur la terre… ou ce que j’appelle le terrestre. Ça, c’est la politique des cent prochaines années.

    Les choses se passent en ce moment. Il faut du temps pour décrire.

    Oui, il faut du temps.

    Les Gilets jaunes pourraient-ils durer deux ans ?

    Je ne suis pas sur les ronds-points, ce n’est pas mon monde, alors je ne peux pas en dire grand-chose. Mais, je souligne juste qu’il ne faut pas rater l’occasion pour que des gens nombreux s’aperçoivent de la différence énorme entre exprimer une opinion sur une injustice en l’adressant à l’État, et s’organiser eux-mêmes pour démêler dans leurs conditions d’existence avec qui s’associer contre qui. Ce sont les désaccords sur des questions qu’il faut creuser, et au début elles sont forcément locales, précises. Ensuite, ces questions se délocalisent mais elles ne deviennent pas générales et globales pour autant. Elles sont plutôt réticulées. En tous cas, on n’est plus comme des lentilles dans un sac de lentilles. À partir du moment où les questions deviennent une cause, elles constituent un échantillon de société civile, qui va devenir une doléance au sens technique du terme. Des amis et des ennemis vont se révéler. Et là, on revient à de la politique classique, qui a toujours été organisée autour de causes.

    Et alors l’État pourra faire quelque chose ?

    En se réformant, oui. Mais ce n’est pas lui qu’il faut viser. La transformation de la société, de son infrastructure matérielle, est une entreprise tellement colossale que ce n’est pas quelque chose à demander à l’État, ou au président. Il y a là un problème d’asymétrie des énergies. La question écologique ne sera jamais résolue par une dictature étatique. On est dans le même problème que l’ancien problème « marxiste versus libéral ». Je suis libéral, dans ce sens.

    C’est-à-dire ?

    Je veux libérer la société civile de l’État. Pouvons-nous enfin avoir une philosophie politique, une série d’émotions politiques ajustées à la vraie situation dans laquelle nous nous trouvons collectivement pris par l’emprise de la globalisation ? L’écologisme n’est pas encore parvenu à l’obtenir. Il a réutilisé un cadre révolutionnaire qui n’était plus adapté. Il a fait comme si on pouvait ressusciter l’idée révolutionnaire d’une société autofondée qui se réformerait librement elle-même. Du coup, tous les sujets dits « de nature » se sont retrouvés à l’extérieur des luttes sociales et hors de la question de la justice sociale. Pour que les sujets écologiques deviennent intérieurs, il faut décrire nos conditions réelles et pratiques de subsistance. Et alors, mais alors seulement tout ce qui était extérieur au social, passe à l’intérieur. Jusqu’ici, les sujets d’écologie restaient des sujets dont tout le monde se désintéressait — sauf Reporterre bien sûr ! Mais les choses changent vite, heureusement.

    J’ai relu « Où atterrir ? » Vous y parlez des migrants de l’intérieur qui sont quittés par leurs pays.

    S’il y avait une bonne définition des Gilets jaunes, il y a deux ans, quand j’ai écrit le livre, c’est quand même bien celle-là, non ? Les Gilets jaunes sont des migrants de l’intérieur quittés par leur pays.

    Qu’est-ce que cela veut dire ?

    Quand on perd son pays, une des conséquences, c’est d’essayer d’en récupérer un.

    Ils n’ont plus leurs attachements, leurs enracinements ?

    Il n’y a pas qu’eux. Le modernisme s’est superposé à un sol qu’il n’a pas pris en compte. Brusquement, ce sol arrive et il faut prendre en compte… Gaïa ! La surprise est générale. « Ah bon ! On n’est pas sur le sol sur lequel on croyait être ? » C’est cela la situation dont tout le monde se rend compte en même temps, quelle que soit sa position politique : « Tout le monde a perdu son sol. » Mais cette découverte est beaucoup plus pénible pour ceux qui ne sont pas capables de bouger, d’imaginer aller sur Mars ou en Nouvelle-Zélande, comme les très riches. Ceux-ci n’ont pas l’impression que la terre se rétrécit. Mais les autres, si. C’est pour cela que les migrants de l’intérieur et les migrants de l’extérieur sont dans la même situation, quoiqu’à des niveaux de tragédie très différents. Mais c’est un sentiment général. Et c’est ce sentiment général de perte de terre, que j’appelle atterrissage — d’autres l’appellent un crash ou un effondrement.

    Nous vivons une mutation semblable à celle de l’époque de Galilée, quand on a découvert que la planète tournait. Galilée a appris aux gens que la Terre ne bouge pas comme on croyait. Tout le monde était complètement affolé. Maintenant, c’est pareil. Le bouleversement est général.

    Où en sont les politiques ? Absents, démunis, dépassés ?

    Ce n’est pas à eux qu’il faut s’adresser. Il est enthousiasmant de voir qu’il y a des gens qui s’agitent. Les politiques sont indispensables, l’État aussi, mais après, plus tard, une fois que la société civile a fait tout le boulot, alors le petit supplément des gouvernements et des États est possible et important. Pas avant. Pour l’instant, des milliers de gens, dont beaucoup de jeunes, ont totalement changé de direction dans la vie. Il se produit une reterritorialisation, une réimplantation. C’est ce que doit faire la société : s’ancrer.

    Le problème est qu’elle ne sait pas où elle est. Si on change de Terre, avec le nouveau régime climatique, c’est comme de déclarer que la Terre tourne autour du soleil. C’est une mutation de même ampleur. C’est ce qui est à la fois excitant et angoissant. Mais ne nous plaignons pas : enfin ça bouge !

    Propos recueillis par Hervé Kempf

    * * *

    L’État policier se déchaîne contre les «gilets jaunes»
    Par Anthony Torres, 16 février 2019 - wsws

    L’estimatif donné mi-janvier par les «gilets jaunes» de la répression qu’ils ont subie – entre 2000 et 3000 blessés, 6000 interpellations sans compter les peines d’emprisonnement – souligne le déchainement de l’arbitraire et des violences policière. L’état d’urgence mis en place par le PS et continué sous Macron a servi à ériger un État policier qui tente de saborder les droits démocratiques afin de réprimer l’opposition des travailleurs.

    Mercredi 13 février, une marche a rassemblé 350 personnes à Argenteuil près de Paris en hommage à Sébastien Maillet qui a eu la main arrachée près de l’Assemblée nationale lors de l’acte 13 des gilets jaunes samedi dernier. Le père et la sœur de Sébastien n’ont «pas souhaité évoquer son état de santé, son état d’esprit, ni les circonstances de sa blessure», selon sa sœur Sandra qui a ajouté, «Je suis en colère contre ce qui se passe, je voudrais que toute cette violence s’arrête, qu’il n’y ait plus de telles armes utilisées. Malheureusement, il y aura d’autres yeux, d’autres mains ».

    Jérôme Rodriguez l’un des proches d’Eric Drouet qui a perdu son œil durant l’acte 11 était aussi présent lors de cette manifestation.

    Les réseaux sociaux ont permis de relayer les blessures subies par les «gilets jaunes» pendant les manifestations ou les blocages de certains lieux: «Bilan de la répression policière depuis 2 mois contre les GiletsJaunes : 6000 interpellations, 2000 blessés, des yeux crevés, des mains arrachées, des mâchoires explosées, des jeunes gens défigurés, des Français gazés et matraqués».

    Ces chiffres ont été reconnus par le collectif «Désarmons-les!», qui évoque 82 blessés graves et entre 2000 et 3000 personnes blessés en «n’incluant que les blessures dues aux forces de l’ordre». A titre de comparaison, le Service de santé des armées établit à 620 le nombre de militaires blessés sur la période 2007-2016.

    Ceci souligne le rôle politiquement criminel joué par l’Etat face à l’opposition des travailleurs au diktat des banques et des riches. Macron n’imposer sa politique qu’à travers un appareil policier qui se permet de mutiler les «gilets jaunes», de les placer de façon injustifiée en garde à vue. La justice quant à elle ne protège pas leurs droits mais impose des peines d’emprisonnement remarquable à des personnes qui essaient de se défendre face aux violences policières.

    Dernièrement un boulanger a été placé en garde à vue et va devoir s’expliquer devant un magistrat pour avoir refusé de servir un policier. Durant l’acte 12, deux policiers ont souhaité prendre un café à la boulangerie de la Maison Landemaine, mais le boulanger leur a dit qu’il leur refuserait l’accès s’ils étaient armés. Interrogé par le fonctionnaire de police pour savoir s’il voyait ou non une arme, le boulanger a répondu: «Je ne sais pas, je vous préviens juste».

    «Donc c’est bon, on peut passer», a insisté le policier. « Si vous n’avez pas d’arme, oui », a répété le boulanger. « Je crois que je vais aller ailleurs, et à un autre moment de la journée, je vais aussi regarder ailleurs », a réagi le policier, avant de partir.

    Le boulanger a été placé en garde à vue mardi matin, à 9h40 pour «refus de vente et outrage sur personne dépositaire de l’ordre public». Sa garde à vue avait été prolongée dans la soirée. Il lui est reproché d’avoir voulu assurer la sécurité de l’établissement compte tenu à des tensions qui avaient lieu dans la manifestation parisienne lorsqu’il a eu l’altercation avec le policier.

    Autre fait marquant aura été le verdict rendu mercredi de trois ans d’emprisonnement dont un avec sursis avec le maintien en détention de Christophe Dettinger, ancien champion de boxe, pour être intervenu pour protéger une manifestante que la police frappait au sol. Dettinger utilisa ses poings contre des policiers lourdement armés et casqués qui chargeaient les manifestants et leur tiraient des lacrymogènes.

    Après que des vidéos aient circulé de Dettinger frappant les CRS, le gouvernement avait lancé une chasse à l’homme et perquisitionné chez Dettinger. Ce dernier s’est rendu à la police et a été maintenu en cellule jusqu’à son procès qui s’est tenu mercredi.

    Dettinger affirme être «venu pacifiquement» manifester, en famille, comme lors des précédentes mobilisations, mais il a reconnu ne pas avoir pu se contrôler après avoir «vu des gendarmes matraquer un jeune homme et une femme au sol. … Une fois de plus, on était parqués, nassés, gazés pour rien». La vue d’une manifestante se faisant matraquer par un gendarme aurait déclenché sa colère: «Quand je vois une injustice, j’y vais, je suis comme ça. Dans le métro, ça aurait été pareil.»

    La justice a prononcé cette peine malgré le large soutien dont jouit Dettinger auprès des travailleurs et des jeunes, notamment parmi les «gilets jaunes». Les principales victimes dans cette affaire ne sont pas les CRS frappés par Dettinger, mais Dettinger et les milliers de travailleurs et de jeunes que les forces de l’ordre attaquent et interpellent sans relâche.

    Ces violences et l’arbitraire des policiers auraient été impossibles sans la politique autoritaire du gouvernement Macron et avant lui du PS. Le PS a imposé l’état d’urgence sous couvert le lutte antiterroriste, alors que l’État mobilisait et instrumentalisait ces mêmes réseaux islamistes pour mener sa guerre en Syrie. Quelques semaines après l’imposition de l’état d’urgence, la police l’employait pour mener des perquisitions et imposer des assignations à résidence contre des manifestantss contre la loi El Khomri.

    Menant une partie du programme de l’extrême droite, Hollande avait tenté d’inscrire dans la constitution l’état d’urgence et la déchéance de la nationalité pour fasciser la société avant de reculer face à l’opposition.

    Afin d’accélérer les attaques contre les droits démocratiques et les acquis sociaux dans un contexte de montée de la lutte des classes à l’échelle internationale, Macron avait applaudi durant sa tournée d’été en Vendée le rôle militariste et répressif de Clemenceau au début du 20e siècle. En tant que ministre de l’Intérieur, les travailleurs surnommaient Clemenceau «le briseur de grèves».

    Le WSWS avait expliqué: «La répression des mutineries anti-guerre qui ont secoué l’armée française pendant la révolution russe de 1917, qu’évoquait Macron, a largement contribué à faire monter dans la bourgeoisie l’étoile politique du militaire qui a dirigé cette répression, le général Philippe Pétain, le futur maréchal et dictateur fasciste.»

    En novembre Macron avait salué le dictateur collaborationniste Philippe Pétain. Le chef du régime Vichy a participé à l’extermination des juifs, violemment réprimé la gauche via la dissolution des partis se réclamant du communisme ainsi que des syndicats, et criminalisé de la lutte des classes.

    Le salue à Pétain de la part de Macron réagit en tentant de cultiver les néo-fascistes afin de créer un ersatz de base populaire pour sa politique réactionnaire de militarisme et d'austérité sociale. Ceci a été aussi le signal lancé aux forces de l’ordre de la couverture du gouvernement aux répressions et interpellations de masse.

  • Inceste, que justice soit faite


    Inceste, que justice soit faite (France TV, Le monde d'en face, 2019)



    Débat

    C’est l’un des tabous les plus tenaces de notre société, il concerne toutes les classes sociales, tous les milieux : quatre millions de Français ont été victimes d’inceste, deux enfants par classe en moyenne endurent ce crime familial à huit clos. La quasi totalité des victimes ne dévoilent jamais leur terrible secret. Devenues adultes, seules 10 % d’entre elles se décident à faire éclater la vérité et à porter plainte contre le parent qui les a abusées. Mais seules 2 % d’entre elles obtiennent réparation par une condamnation. Le chemin judiciaire des victimes d’inceste est un parcours du combattant.   Emelyne, Christelle, Céline, Maé et sa fille… les filles et les femmes qui témoignent dans ce film ont le courage et la rage qui font avancer. En s’adressant à la justice, elles ignoraient qu’elles venaient de s’engager dans le plus grand combat de leur vie... 
    Source : France TV

  • Angèle de Foligno ou la mystique amoureuse
    MAJ de la page : Angèle de Foligno



    Angèle de Foligno ou la mystique amoureuse (Aligre FM, janv. 2011)
    avec Michel Cazenave, auteur de Angèle de Foligno, Ed. Pygmalion, 2008.

    Dans ce XIIIe siècle prophétique où se multiplient les mouvements de pénitence, et où les femmes font irruption sur la scène religieuse, Angèle de Foligno est l'une de celles qui ont le plus radicalement appliqué la pauvreté évangélique.
    Née à Foligno en Ombrie, dans une famille riche, elle connaît une jeunesse mondaine et frivole. Lors d'une communion sacrilège, elle reçoit la vision de saint François d'Assise, mort vingt ans avant sa propre naissance. Elle multiplie alors les austérités, distribue aux pauvres ce qu'elle possède et passe pour folle aux yeux des siens. Après la mort de trois de ses proches, elle se livre à la pauvreté absolue. Des visions du Christ crucifié lui font atteindre les sommets de la mystique lors de crises violentes. Le récit qu'elle dicta de ses expériences spirituelles demeure un des chefs-d'oeuvre de la littérature mystique.
    Quatrième de couverture
    Source : Albin Michel