Sur le Web, ces 21 derniers jours

samedi 18 janvier 2020

  • Quelle « violence légitime » ?


    Tatiana Ventose, Les agents du chaos (12 janv. 2020)



    Tir de LBD à bout portant, le 9 janv. 2020 (Le Monde, 10 janv. 2020)
    Lire aussi : Policier filmé en train de tirer au LBD à bout portant: une enquête ouverte pour "violences volontaires", 10 janv. 2020, BFMTV



    Mort de Cédric Chouviat, "On m'a dit qu'il était tombé tout seul" (L'Obs., 10 janv. 2020)



    Sofia Chouviat, Mort de Cédric Chouviat : le mensonge de la police (Le Média, 17 janv. 2020)
    Voir aussi : Mort d'un livreur à Paris : le "plaquage au sol", technique controversée qui "n'existe pas" pour la police, par Anaïs Grand, 10 janv. 2020, Marianne
    Les violences policières font-elles peur aux manifestants ?, 11 janv. HuffPost




    Saez, Manu dans l'cul (2019)
    Paroles : La boite aux chansons

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    Quelle « violence légitime » ?
    par Frédéric Lordon, 14 janvier 2020 - Le Monde diplomatique


    Ils auront matraqué des personnes âgées, frappé des handicapés en chaise roulante, tiré au LBD sur des ados, agenouillé des classes entières, lancé des grenades à l’intérieur des appartements, tué une vieille dame — et puis bien sûr visé les yeux, lancé les GLI-F4 en cloche, arraché des mains. Ils auront tout fait — la police de Macron. Maintenant la haine de la population est sortie, et elle ne rentrera pas de sitôt dans le tube. Sa légitimité est constituée, entière, incontestable. La population hait la police et personne ne pourra lui dire qu’elle n’a pas raison.

    Les violents dans les institutions de la violence

    Lire aussi Raphaël Kempf, « Le retour des lois scélérates », Le Monde diplomatique, janvier 2020.
    Qu’on trouve surreprésentés des individus violents à l’embauche des institutions de la violence, il ne devrait y avoir là rien pour étonner. Toute la question est celle de savoir ce que les institutions de la violence font de leurs violents. La combinaison de la nullité burlesque de Castaner et de la complète étrangeté de Macron au monde réel, associées à la situation du régime ne tenant plus que par la force armée, ont conduit à tout lâcher là où il était impérieux de tout tenir. C’est que la prérogative exorbitante d’exercer la violence ne peut aller sans la contrepartie d’une responsabilité et d’une surveillance exorbitantes. Si le macronisme restera dans l’histoire comme la bascule dans l’État policier, c’est parce qu’à la prérogative exorbitante, il aura au contraire ajouté les autorisations exorbitantes : faites ce que vous voulez.

    Il faut se représenter la décharge biochimique qu’entraîne dans des têtes violentes cette parole à peine murmurée : faites ce que vous voulez. C’est la décharge de la pulsion à laquelle d’un coup il est donné libre cours. On ne reprend pas facilement le bouillonnement sadique après l’avoir libéré. Chez les sujets dont nous parlons, l’expérience de la licence absolue, comme un Salò à ciel ouvert, licence de brutaliser, d’insulter, d’humilier, d’exercer par la violence un pouvoir unilatéral sans borne, puisque l’impunité est devenue une garantie implicite, cette expérience est de celle dont on ne revient pas facilement. La police est partie, et maintenant il va falloir la rattraper. Le régime avait l’usage mais aussi la garde d’individus potentiellement dangereux, dont il exploitait à ses fins les pulsions ; dans la panique pour sa propre survie, il a tout lâché ; il a maintenant abandonné la société politique à un corps étranger, irrésistiblement pris dans un devenir-milice, qui ne vit plus que d’une vie totalement autocentrée, et totalement préoccupée de ses assouvissements. « Maintenant sous Macron, on a tous les droits ». La police n’a pas besoin de circulaires pour mesurer l’ampleur de ses autorisations.

    On dit que la répétition des week-ends jaunes « épuise » les policiers, « les prive de leur vie de famille ». Pour certains au moins c’est une énorme blague. Un article du Canard Enchaîné début 2019 avait mieux restitué la disposition d’esprit policière à l’approche des actes « gilets jaunes » : « C’est la fête du slip ». Chez les baqueux, on pousse des cris de jungle à chaque impact de LBD. Partout ça jouit à en hurler de bonheur. On pense à ce CRS interviewé dans La Série Documentaire de France Culture consacrée à la police : « Je suis chanceux, chanceux, vous ne pouvez pas savoir à quel point je remercie, tous les jours en allant au travail, je dis merci, merci, merci ». La jouissance a saisi les corps : on se souvient du bonheur physique d’un des CRS gazeurs de jeunes écolos sur le pont Sully cet été, impérial, poivreuse en main, parfaite décontraction, totale certitude d’un pouvoir sans limite. C’est le même corps exultant de violence qui jouit à littéralement détruire une femme syndicaliste dans la manifestation du 9 janvier.

    Mais l’on sait à quel niveau l’on est descendu quand c’est le moins pire qui est presque le pire : ainsi de ce croche-patte d’un CRS à une femme à peine arrêtée, sans doute objectivement moins violent qu’un œil crevé, et pourtant tréfonds d’ignominie qui dit tout de la position psychique présente de la police. Et de sa déchéance morale plus encore : ces gens sont sans honneur, sans dignité, sans face. Ils sont hors-tout, et c’est à eux qu’on a donné les armes. Cet été, aux Rencontres d’Eymoutiers, un « gilet jaune », la tranquillité de la classe moyenne en personne, racontait comment, pour protéger sa femme de la violence policière, il s’était interposé, donc retrouvé en garde-à-vue, et entendu dire : « Elle est belle ta fille, il ne faudrait pas qu’il lui arrive quelque chose ». La police française est dans la fange.

    L’effondrement des forces de rappel

    L’est-elle toute ? On veut bien croire qu’il reste dans l’institution quelques atterrés de l’intérieur, mais à l’évidence minoritaires, et, à de rarissimes exceptions près, réduits au silence. C’est que la catastrophe se mesure maintenant à ce qu’on entend « dans les étages », quand on remonte dans la hiérarchie, là où normalement devraient se faire connaître les forces de rappel. Et où tout a cédé identiquement. On pense notamment, si l’on peut appeler ça « les étages »…, à ces syndicalistes policiers, illustration parfaite de la vie autocentrée de ce corps, coupé de tout le reste de la société, muré dans le déni massif et l’autojustification acharnée, à l’image du secrétaire d’Unité SGP Police FO qui, après l’acte « gilet jaune » du 11 février où un manifestant (de plus) avait eu une main arrachée avait eu pour tout commentaire : « J’ai envie de dire, c’est bien fait pour sa gueule ». On pense aussi à ces syndicalistes qui, sur les réseaux sociaux, font ouvertement la chasse aux journalistes qui rendent compte de leurs exactions, Gaspard Glanz et Taha Bouhafs entre autres, pionniers les plus courageux et les plus exposés, mais sans que la vindicte policière ne s’arrête désormais aux « journalistes indépendants » (en fait des journalistes tout court), puisqu’elle s’en prend maintenant tout aussi agressivement aux journalistes de la presse mainstream.

    Voilà pour le « premier étage ». Mais plus on monte, moins on trouve ce qu’on espérerait trouver. C’est un commissaire qui a poussé à l’intervention où Steve a trouvé la mort. C’est un autre commissaire qui, avec le recul, ne voit rien à redire à la manœuvre de ses troupes qui ont mis des dizaines de lycéens à genoux mains sur la tête à Mantes-la-Jolie. L’image a stupéfié le monde, mais lui ne voit aucun problème, et si c’était à refaire… Voilà le message glaçant : ces gens sont prêts à tout faire, et à tout refaire. Il n’y a plus rien en eux, même pas la force de résonance historique d’une image, qui puisse frayer son chemin jusqu’à un reliquat de conscience morale, susciter la moindre reprise, un début d’hésitation à l’ampleur symbolique des actes qu’ils commandent, et endossent. Sur le terrain on jouit, dans les étages on pense qu’on est bien fondé.

    Tout le monde maintenant, sauf peut-être Anne Sinclair, connaît les propos du préfet Lallement.
    Les confirmations, comme la pourriture du poisson, venant toujours par la tête, le plus effrayant est à situer tout en haut. Dans le bureau du préfet de police de Paris, il y a un individu comme on n’en avait pas vu depuis Papon — rappel que l’histoire ne passe jamais complètement. L’opinion ne s’y trompe pas quand tous les faits, gestes, attitudes, dégaines, rictus, sourires du préfet Lallement la renvoient irrésistiblement à des évocations de l’Occupation, c’est-à-dire génériquement à une époque sommet de la violence pulsionnelle d’institution. Le sentiment de licence est tel que l’usuelle limitation de l’expression au registre corporel, protectrice puisqu’on ne peut rien lui faire dire formellement, a cédé à son tour, et livré passage à l’explicite : « nous ne sommes pas dans le même camp », « les partis contestataires ». Tout le monde maintenant, sauf peut-être Anne Sinclair, connaît les propos du préfet Lallement. Là où d’habitude c’est le black bloc qui défonce, ici la ruine de la vitrine aura été autoadministrée. En deux phrases confirmant tous les sourires tordus, la fiction de « la police gardienne de l’ordre républicain » a volé en éclats.

    Au vrai, on ne sait plus trop quoi faire depuis longtemps de ces signifiants, « république », « républicain », dont le seul usage résiduel pertinent est peut-être à trouver dans le fait qu’ils demeurent, envers et contre tout, opératoires dans certaines têtes, médiatiques notamment, où ils peuvent encore faire levier pour prendre conscience, par différence, de l’état actuel de la police : devenue milice hors de contrôle, elle a logiquement cessé d’être « républicaine ». Un préfet qui pense par « camps » et traque les « partis contestataires » est tout ce qu’on veut sauf « la république ». Pour tous ceux qui continuent de croire à la fiction de la « république », il devrait y avoir au moins là l’occasion formelle de constater ce que le chef de la police a fait de leur idéal : un débris piétiné dans un sourire à faire peur.

    De la « violence légitime »…
    Il reste cependant une différence entre le « bas » et le « haut ». Si « en bas » on cogne en silence (ou bien par cris), « en haut », on fait des phrases. Une surtout : « le-monopole-de-la-violence-légitime ». Tragique destin de l’œuvre de Max Weber, réduite à l’état de grumeaux de pensée Sciences-Po, pathétiquement mâchonnés par des hauts-fonctionnaires ou des éditocrates sans esprit. Par des hommes politiques aussi, et pas des moindres — mais ils sortent souvent des mêmes fermes d’élevage. De Lallement, Morvan (ex-DGPN), Jullien (directrice IGPN) à Macron et Philippe (mais sans passer par Castaner dont le grelot ne rend du son qu’agité au Macumba), c’est la même idée obstinée, le même entêtement buté, dernier rempart justificateur à quoi il faut impérativement tout accrocher pour que tout ne sombre pas dans l’indignité pure. « L’État détient le monopole de la violence légitime ». Il s’ensuit 1) que toute autre violence est illégitime et 2) que la violence d’État n’est jamais illégitime — puisqu’elle est légitime. On en est là de la « réflexion »… Alors il ne peut pas y avoir de « violence policière », puisque la police est l’État et que la violence d’État est légitime. Voilà le fond de casserole incrusté, qui sert de pensée à ces individus.

    On peine pourtant à croire que quiconque puisse voir un argument sérieux dans une pure pétition de principe, démonstration entièrement circulaire qui présuppose ce à quoi elle veut aboutir. Et qui, d’évidence, ne comprend rien à ce que c’est que la légitimité. C’est que la légitimité n’est pas une propriété substantielle, qui se transporterait dans le temps comme ça, inaltérée, acquise une fois pour toute. La réalité est tout autre : on est légitime… tant qu’on est reconnu comme légitime. Tel est le fin mot de la légitimité : elle n’est qu’un effet d’opinion, une circularité, certes, mais qui doit être impérativement soutenue par la croyance collective — et pas juste par un simple décret. Si bien que la légitimité ne dure que ce que dure la reconnaissance. Et pas une seconde de plus. Si la croyance collective est détruite, la légitimité est détruite à son tour. Or les croyances et les opinions n’attendent pas les délais réglementaires de cinq ans pour se réviser, elles évoluent avec ce qu’elles ont sous les yeux. Et avec ce que le macronisme leur a donné à voir en deux ans, c’est peu dire qu’elles sont parties ailleurs.

    Pendant ce temps les hommes de pouvoir et leurs valets de pied intellectuels continuent de tenir l’attribution électorale du pouvoir comme l’unique brevet de légitimité, intangible, valable sans autre condition pour la durée du terme. Le pouvoir — à l’image de sa police — peut donc faire ce qu’il veut, sans que sa « légitimité » n’en souffre la moindre altération. Aussi toute contestation en légitimité est-elle systématiquement écartée par l’argument électoral : « il a été élu dans les formes, il est légitime ». Mais l’élection n’est qu’une procédure, l’un des éléments seulement auxquels s’accroche la croyance en la légitimité — du reste une procédure aux propriétés légitimatrices abyssalement décroissantes, sauf dans l’esprit de la minorité de tête d’épingle qui y croit encore. Et seuls des demi-débiles pour chaînes d’information en continu peuvent s’entêter dans un raisonnement aussi défectueux, du reste ridiculisé par l’histoire — ou alors il faudra considérer comme illégitimes tous ceux qui en Allemagne ont contesté le pouvoir du chancelier Hitler (au passage : marche aussi pour ceux qui en Russie, contesteraient celui de Poutine).

    L’État ne peut donc dire sa violence légitime… qu’à la condition de se maintenir dans la reconnaissance comme légitime. Or ni le gouvernement qui en ce moment incarne l’État, ni la police qui en est le bras armé permanent mais désormais dévoyée au-delà de la honte, ne peuvent plus soutenir cette prétention. Qui ne se suffit pas d’une phrase sortie en bouillie d’un cours de Sciences-Po ni même de la seule forme de l’élection, mais se rejuge en permanence dans les têtes, à des actes.

    Qui est légitime ?
    Les fanatiques du « monopole de la violence légitime » vont bientôt avoir l’occasion de se rendre compte de leur erreur. Car la croyance collective est en train de se déplacer. Y compris dans ses composantes les plus inertes, les plus rivées à l’ordre, les moins capables de révision : les médias mainstream. Le Monde, l’organe directeur des consciences de la bourgeoisie poseuse, avait commencé depuis cet été à travailler sérieusement sur des cas de violences policières — fort bien au demeurant. Avec une sage lenteur, l’éditorial fait accéder ces articles au stade de la généralité. Il aura tout de même fallu une année entière pour que le-journal-de-référence finisse par tomber les peaux de saucisson, et se montre à la hauteur de son « devoir d’informer » — un an ! Et ceci en n’étant toujours pas capable d’articuler la conclusion politique qui s’ensuit pourtant : en France, le droit politique fondamental en quoi consiste de manifester dans la sûreté a été détruit. En France, il n’est plus possible de manifester sans mettre en péril son intégrité physique, et même jusqu’à sa vie ! On attend toujours qu’un grand média soit capable de dire cet état de fait accablant, qui ramène le gargarisme démocratique des « élites » à une bouffonnerie, et la prétention d’incarner « le libéralisme » contre « l’illibéralisme » des Orban & co à un motif d’hilarité.

    À voir le tweet, lui aussi hilarant, d’Anne Sinclair, scandalisée par la vidéo du croche-patte policier, on prend, juste après avoir ri, vertigineusement conscience de l’état de séparation sociologique dans lequel elle vit, et ses semblables prescripteurs avec elle. « Cette vidéo sur laquelle je tombe par hasard, si elle est authentique est hallucinante et scandaleuse… ». Il aura donc fallu « le hasard », en janvier 2020, pour qu’Anne Sinclair entr’aperçoive ce dont la police est capable. On en conclut que, depuis un an, un an d’éborgnements, de mutilations, de matraquages, elle n’avait rien vu. L’éditorialiste du Monde sans doute, lui non plus n’avait rien vu. Dans son cas, il aura probablement fallu que ses journalistes, eux-mêmes secoués par David Dufresne, aillent en manif « pour voir », en reviennent effarés, et lui racontent, pour que l’idée commence à faire son chemin dans son esprit, et débouche — au bout d’un an. Alors on comprend comment marche « la presse démocratique », et l’on comprend l’invisibilisation massive dont les violences policières ont si longtemps fait l’objet. Ce que les médias ne voient pas, cela n’existe pas — or, ils ne voyaient pas…

    Mais la force de frappe des réseaux sociaux, la ténacité de quelques journalistes hors-système ont fini par faire craquer la carapace de cécité et de silence. On « en parle ». Certes toujours sans en donner le sens politique déplié, ni en tirer quelque conséquence — comme prendre la tête d’une alarme, ainsi qu’il reviendrait normalement à une presse un peu démocratique. Mais « on en parle ». Et petit à petit les donneurs de leçons commencent à rejoindre l’opinion commune — pour sa part, formée depuis décembre 2018, et comme toujours bien en avance sur eux… Alors peut-être les leçons données vont-elles changer de tonalité, de destinataire aussi. Et (re)découvrir enfin, les avis atterrés des instances internationales, pour qui il y a déjà un moment que la légitimité de « la violence légitime » est sérieusement en question.

    Pendant ce temps, Macron continue son soliloque halluciné. « La haine, la violence et l’irrespect, on a le droit de le faire dans une dictature », phrase tout à fait étonnante en soi, qu’il faudrait soumettre simultanément à des linguistes et des politologues, dont il ne voit pas en tout cas que, projectivement, elle ne parle que de lui, de son gouvernement, de sa police et du régime dans lequel il est en train de nous faire entrer. Avec la démolition pure et simple du langage, le renversement projectif est l’une des propriétés les plus inconscientes et les plus systématiques de la langue macronienne. Dont la vérité d’à peu près tous les énoncés peut être restaurée par la simple opération de la mise sens dessus dessous. Ainsi l’obsession pour les « radicalisés » et la « radicalisation » est-elle le reflet inversé d’un bloc de pouvoir qui, depuis ses sommets gouvernementaux jusqu’à ses trolls, a franchi tous les caps de la radicalisation — dont la rage à imposer au corps social qui n’en veut pas une réforme entièrement taillée d’après les intérêts de la finance n’est jamais que la dernière illustration.

    De même la fixation sur le terrorisme externe est-elle devenue l’opportunité d’un terrorisme interne — d’État. Un ancien de la préfectorale, ayant eu à connaître des opérations de maintien de l’ordre, était dans la rue le 9 janvier ; interrogé par Arrêt sur images, c’est lui qui, entre autres sauvageries, a filmé le tir de LBD à bout portant. On n’a pas exactement affaire à un ennemi des institutions. Qui n’en raconte pas moins que, traumatisé par ce qu’il a vu, il doit s’asseoir en pleurs sur le trottoir. Puis livre le fin mot de l’affaire : « Le but était de terroriser ». Terrorisme extérieur, terrorisme intérieur…

    C’est qu’à un moment, il faut bien prendre les mots au sérieux, et les décoller de leurs usages habituels où les pouvoirs aiment les enfermer. « Sont interdits les actes ou les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi les populations civiles », indiquent à propos du terrorisme les protocoles additionnels de la Convention de Genève. On cherche ce qui dans l’entreprise systématique menée à grande échelle par la police et le gouvernement, entreprise d’intimidation, d’effroi et de découragement par la menace physique de l’exercice normal des droits politiques fondamentaux ne tombe pas sous cette définition. Et pour tout dire, on ne trouve pas. Qui sont les radicalisés ? Qui sont les criminels ? Qui sont ceux qui terrorisent ?

    Et qui est légitime ?


  • Une video de José Le Roy

     

    Introduction d'un atelier que j'ai donné au centre ZéroGravity à La Ciotat.

    Merci à Maxime Hassid de m'y avoir invité.

    Merci aussi à Jean-Christian.

    Et merci à tous les participants que j'ai rencontrés à cette occasion.

     

     


vendredi 17 janvier 2020

  • Le paradoxe de l'égalité des genres
    MAJ de la page : Théorie du genre



    Harald Eia, Lavage de cerveau, Le paradoxe de l'égalité des genres (2010)


    Harald Eia, né le 9 février 1966, est un acteur et scénariste norvégien.
    En 2010, il réalise une série documentaire nommée « Lavage de cerveaux » (Hjernevask) qui remet en question l'idée selon laquelle les comportements humains sont culturellement déterminés. (en anglais : cultural determinism ou Standard social science model). Il ouvre alors un débat nécessaire sur la part du naturel et du culturel dans les comportements humains. Les défenseurs du « tout culturel » qui furent interviewés pour cette série documentaire critiquèrent vivement ce programme avant et après sa diffusion, cela créa un très large débat dans la société norvégienne, spécialement sur la question du genre. Dans le premier documentaire de la série qui porte sur la question de l'égalité entre les hommes et les femmes et sur la question du genre, Harald Eia part du paradoxe suivant : alors que les femmes norvégiennes sont très nombreuses à travailler, et que la Norvège est un pays classé parmi les pays les plus égalitaires au monde selon les rapports internationaux traitant de l'égalité hommes-femmes et du genre, pourquoi apparaît-il que dans la vraie vie les femmes ne s'engagent pas de façon égalitaire dans les mêmes métiers que les hommes... À partir de ce simple constat, Harald Eia part interviewé de nombreux scientifiques et chercheurs... Harald réalise 7 documentaires sur 7 sujets qui participent au débat nature/culture : le paradoxe de l'égalité des genres, l'impact des parents dans l'éducation des enfants, gay/hétéro, la violence, le sexe, la race, nature/culture.
    Pour la série documentaire Lavage de cerveaux, il sera récompensé en 2010 par la Fondation Fritt Ord pour avoir permis en Norvège une parole libre sur l'univers de la recherche. La Fondation Fritt Ord milite pour la liberté d'expression.

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    LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
    Affronter les limites plutôt que de les effacer ? 24/09/2018
    avec Jean-François Braunstein, philosophe et historien des sciences, professeur de philosophie contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

    Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle : le genre, l'animal, la mort, éd. Grasset, 2018
    Trois débats nous obsèdent : autour du genre, des droits de l’animal, de l’euthanasie. Et trois  disciplines politiquement correctes traitent désormais de ces questions dans le monde universitaire  : gender studies, animal studies, bioéthique.
    Cependant, lorsqu’on lit les textes des fondateurs de ces disciplines, John Money, Judith Butler, Peter Singer, Donna Haraway et quelques autres, on s’aperçoit que, derrière les bons sentiments affichés, se font jour des conséquences absurdes sinon abjectes.
    Si le genre n’est pas lié au sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins  ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini  ? S’il n’y a pas de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas faire des expériences scientifiques sur les comateux plutôt que sur les animaux ? Pourquoi ne pas avoir de relations sexuelles avec son chien ? S’il est des vies dignes d’être vécues et d’autres qui ne le sont pas, pourquoi ne pas liquider les «  infirmes  », y compris les enfants «  défectueux  »  ? Pourquoi ne pas nationaliser les organes des quasi-morts au profit d’humains plus prometteurs  ?
    Jean-François Braunstein a mené un travail considérable et novateur  : il a lu les milliers de pages de ces penseurs célébrés dans le monde occidental  ; il revient sur leurs idées, leurs contradictions, leur parcours personnel  ; il analyse, souligne, contredit, déconstruit. L’erreur consiste à vouloir «  effacer les limites  »  : entre les sexes, entre les animaux et les humains, entre les vivants et les morts. Il convient, au contraire, d’affronter ces limites qui nous constituent. Oui, parfois la philosophie devient folle, quand elle oublie l’homme.
    Quatrième de couverture

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    Drieu Godfridi, philosophe et juriste, la théorie du genre (2013)

    Drieu Godfridi, La loi du genre, Ed. Belles-lettres, 2015
    En l'espace de quelques années, la théorie du genre a saturé l’espace public. Prenant prétexte d’une convention du Conseil de l’Europe, l’auteur revient sur les origines de cette fameuse théorie. Il démontre comment elle s’articule autour de deux lignées fort différentes, d’une part le « genre homosexualiste » brillamment présenté par Judith Butler, de l’autre, le « genre féministe » plus directement actif dans nos systèmes politiques. Au final, l’auteur montre que le « genre » n’est pas une science, mais une tentative idéologique et révolutionnaire de recréer l’homme et la femme par la contrainte de l’État, en niant leur altérité.
    Quatrième de couverture

     
    Lire aussi : Lire aussi : Michel Onfray : « La théorie du genre prépare le transhumain, objectif final du capitalisme », 16 mai 2019, Famille chrétienne
    La théorie du genre est le produit d’une société dont l’objectif est de mener une guerre totale à la nature afin de faire de telle sorte que tout, absolument tout, devienne artefact, produit, objet, chose, artifice, ustensile, autrement dit : valeur marchande. 
    Pour son livre, La théorie de la dictature, éd. Robert Laffont, 2019
     

  • jusqu'au ciel

     

    "Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu’un peu.

    Il nous faut naître par la chair et ensuite par l’âme. Les deux naissances sont comme un arrachement.

    La première jette le corps dans ce monde, la seconde balance l’âme jusqu’au ciel."

    Christian Bobin

     

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    Balancer l'âme jusqu'au ciel, c'est découvrir que notre présence est vaste comme l'espace ;

    qu'elle n'a ni centre ni périphérie;

    que nous sommes faits de transparence, de conscience et de lumière.

    C'est une naissance en effet, une transformation, comme celle de la chenille qui devient papillon.

    Métamorphose.

    Ce n'est pas de la poésie, ce n'est pas même de la mystique ou de la philosophie:

    c'est une expérience, du vécu, du réel.

    Un foetus ne peut rester indéfiniment dans le ventre de sa mère;

    il est fait pour naitre et vivre dans le monde.

    Notre Présence ne peut rester éternellement coincer dans la matrice de nos identifications;

    elle est faite pour s'éveiller à elle-même.

    Et renaitre à sa nature spacieuse.

    Ouverte.

     

    jlr

     


  • Sylviane Agacinski
    MAJ de la page : Théorie du genre /  Le pourtoussisme



    LES CHEMINS DE LA PHILOSOPHIE par Adèle Van Reeth
    Sylviane Agacinski, philosophe des sexes, 11/10/2019


    Sylviane Agacinski, L'Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, éd. Gallimard, 2019
    Notre corps charnel nous est propre, mais il ne nous appartient pas comme un bien, autrement dit une propriété aliénable, que l’on peut donner ou vendre, comme un vélo ou une maison. La confusion fatale entre les deux est délibérément entretenue par l’idéologie ultralibérale qui veut nous persuader que, puisque notre corps "nous appartient", nous sommes libres de l’aliéner. Admirons le paradoxe.
    L’homme moderne veut dominer la nature, changer sa nature, et s’affranchir de la chair, de la mort et de la génération sexuée. Grâce à la puissance scientifique et technique, certains rêvent de changer de corps et de produire leur descendance en laboratoire. L’homme futur sera-t-il sexuellement indifférencié ? Naîtra-t-il sans père ni mère ? Aux dépens de qui ?
    À la veille du débat au Parlement, et alors que la «bioéthique» semble perdre tout repère, ce Tract nous alerte sur les dangers d’un ultralibéralisme dont le modèle, en ce domaine, est la Californie.
    Quatrième de couverture
    Lire aussi : Sylviane Agacinski : La pensée Queer est en rupture avec le féminisme, mars 2019, Human Vox

    Sylviane Agacinski est une philosophe française, née le 4 mai 1945 à Nades, dans l'Allier. D'abord proche de Jacques Derrida, elle participe à ses côtés à la création en 1975 du Groupe de recherches sur l'enseignement philosophique (Greph), qui milite pour une réforme de l'enseignement de la philosophie au lycée, puis à la direction du Collège international de philosophie. Elle enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales de 1991 à 2010.
    Source (et suite) du texte, bibliographie : wikipedia



    RÉPLIQUES par Alain Finkielkraut
    Les enjeux de la bioéthique 26/10/2019
    avec Sylviane Agacinski, philosophe, a enseigné au lycée Carnot à Paris et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
    Frédéric Worms, Professeur de philosophie contemporaine à l’ENS, directeur adjoint du département des Lettres et membre du Comité consultatif national d’éthique, et producteur de l'émission "Matières à penser" sur France Culture



    LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin
    Loi Bioéthique : peut-on s'entendre sur les termes du débat ? 25/09/2019



    LA GRANDE TABLE IDÉES par Olivia Gesbert
    Le Corps : un champ de bataille ? 26/06/2019



    MATIÈRES À PENSER AVEC RENÉ FRYDMAN par René Frydman
    Les ambivalences du don d’organes 24/04/2018



    LA GRANDE TABLE (2ÈME PARTIE) par Olivia Gesbert
    Sylviane Agacinski et le don de soi 09/03/2018
    pour son livre, Le Tiers-Corps, Réflexion sur le don d'organes, éd. du Seuil, 2018



    RÉPLIQUES par Alain Finkielkraut
    Les enjeux du genre 16/03/2013
    avec Sylviane Agacinski, philosophe, a enseigné au lycée Carnot à Paris et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
    Eric Fassin, sociologue, Professeur à l’Université Paris-8 Vincennes-Saint Denis (Département de science politique et Département d’études de genre), Chercheur au LEGS (Laboratoire d'études de genre et de sexualité, CNRS / Paris-8 / Paris-Nanterre)

    Sylviane Agacinski, Femmes entre sexe et genre, éd. du Seuil, 2012
    Vous croyez savoir de qui il s’agit quand on parle des femmes. Erreur : le doute s’est installé depuis que Monique Wittig déclara que « les lesbiennes ne sont pas des femmes ». Avec Judith Butler, la Queer theory regarde la distinction entre homme et femme comme l’expression d’une « binarité artificielle », construite par une « culture hétérosexuelle dominante ». Il n’y a plus de sexes, rien qu’une prolifération de genres (gays, lesbiennes, transsexuels…), flottant au dessus de sexes disparus – à moins qu’ils ne deviennent les produits de techniques biomédicales.
    Ce livre montre les impasses d’un tel discours.
    Sylviane Agacinski rappelle la dissymétrie des corps sexués, c’est à dire vivants, mais enrôlés dans des institutions, une culture et une histoire. Elle décrit les formes spécifiques de la servitude des femmes, qu’elles soient anciennes (la famille), modernes (le marché biologique des cellules et des organes), ou les deux à la fois (la prostitution).
    Pour Sylviane Agacinski, « femme » et « homme » en tant que genres sont des catégories impersonnelles. En tant que personne, « je » ne suis ni un sexe ni un genre. Le sexe est moins un facteur d’identité que d’altérité.
     


    LE JOURNAL DE LA PHILOSOPHIE par François Noudelmann
    Entre sexe et genre 10/05/2012

    Sylviane Agacinski, Femmes entre sexe et genre, éd. du Seuil, 2012
    Vous croyez savoir de qui il s’agit quand on parle des femmes. Erreur : le doute s’est installé depuis que Monique Wittig déclara que « les lesbiennes ne sont pas des femmes ». Avec Judith Butler, la Queer theory regarde la distinction entre homme et femme comme l’expression d’une « binarité artificielle », construite par une « culture hétérosexuelle dominante ». Il n’y a plus de sexes, rien qu’une prolifération de genres (gays, lesbiennes, transsexuels…), flottant au dessus de sexes disparus – à moins qu’ils ne deviennent les produits de techniques biomédicales.
    Ce livre montre les impasses d’un tel discours.
    Sylviane Agacinski rappelle la dissymétrie des corps sexués, c’est à dire vivants, mais enrôlés dans des institutions, une culture et une histoire. Elle décrit les formes spécifiques de la servitude des femmes, qu’elles soient anciennes (la famille), modernes (le marché biologique des cellules et des organes), ou les deux à la fois (la prostitution).
    Pour Sylviane Agacinski, « femme » et « homme » en tant que genres sont des catégories impersonnelles. En tant que personne, « je » ne suis ni un sexe ni un genre. Le sexe est moins un facteur d’identité que d’altérité.
    Quatrième de couverture



    HORS-CHAMPS par Laure Adler
    Sylviane Agacinski 20/01/2011




    Claudio Arrau Beethoven "Appassionata"
       

jeudi 16 janvier 2020

  • Laissez les enfants tranquilles
    MAJ de la page : Théorie du Genre 



    Tatiana Ventose, Laissez les enfants tranquilles (30 déc. 2019)
    La Licorne du genre (matériel pédagogique) est aussi présente sur un site mandaté par le canton de Vaud
    Lire aussi : Je pensais que j'étais transgenre. Les détransitionneurs, par Émilie Dubreuil, 13 mai 2019, Radio Canada

    * * *



    (1'45'') LGBT+ : - Je ne suis pas un homme, Monsieur, je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme mais je ne suis pas un homme !
    Daniel Schneidermann : - Votre apparence
    - Ah bon ! Ben, faut pas confondre identité de genre et expression de genre. Sinon on va déjà mal partir. 
    - Alors expliquez-moi
    - Je suis non binaire, donc ni masculin ni féminin. Et je refuse qu'on me genre comme un homme. (...) Mais ne dites pas qu'il y a quatre hommes sur le plateau, c'est me mégenrer et c'est pas très agréable.  
    (3'25'') Daniel Schneidermann : - Il va nous dire qu'il n'est pas blanc. 
    LGBT+ : - Ben non ! 
    - C'est-à-dire ?
    - Ben non, je suis à moitié libanais (...). C'est intéressant qu'on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table parce que sans même m'avoir poser la question vous supposer que je suis un homme, seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. C'est très intéressant la frontière de nos propre stéréotype, elle est beaucoup plus fluide que ce que l'on peut penser. (...)
    LGBT+ : - Avant il y avait une fonction binaire sur Tinder (...) vous deviez choisir homme ou femme, c'était exclusif, aujourd'hui (...) il y a plus de 50 auto-définitions possibles sur l'application.
    (Arrêt sur image, 2018)

    Remarque :
    La détermination biologique n'est pas une question de choix personnel : une personne avec des chromosomes (XX) est une femme qui possède des œstrogènes, et, sauf anomalie génétique, ou chirurgie, un sexe féminin et une personne avec des chromosomes (XY), un homme avec, sauf exception, un sexe masculin. Quelqu'un ayant la peau blanche est blanc, pas besoin de lui demander sa couleur, quant à la nationalité elle n'est pas plus pertinente que le libre-arbitre (la nationalité ne détermine pas la couleur de peau).
    Autrement dit identité sexuelle et apparence physique sont, à la base, des données scientifiques objectives. Le fait que l'on puisse agir sur elles, mais seulement dans une certaine mesure (un homme ne pourra jamais porter un enfant, par exemple) ne suffit pas pour les nier et les remplacer par des notions toutes subjectives (identité de genre et expression de genre).
    Certes la présence d'anomalies génétiques rares (un sexe ne correspondant pas au couple de chromosomes) ne permet plus de simplement identifier le sexe d'après la nature. Mais l'exception est là pour confirmer la règle (l'identité sexuelle dépend de déterminations biologiques) non en créer une nouvelle (l'identité de genre remplace l'identité sexuelle).
    C'est pourtant ce que veut (une interprétation forte de) des Etudes de genre. Le genre serait une simple construction sociale sans aucune composante biologique (ou alors celle-ci résulterait entièrement de celle-là). C'est le genre à la carte ("plus de 50 auto-définitions possibles"). La société de consommation appliqué au genre.
    Théorie du genre. Construction sociale :
    - Genre (prenant la place du sexe), masculin, féminin, mais aussi non-binaire, etc.
    - Identité de genre (prenant la place de l'identité sexuelle), le genre auquel on s'identifie.
    - Expression de genre (prenant la place de l'apparence physique), le genre que l'on montre.
    A noter leur autonomie (toutes les combinaisons sont possibles même les plus improbables. Un homme en couple avec une femme peut s'identifier à une femme et donc se dire lesbienne, tout en gardant une apparence masculine, et sa femme s'identifier à un homme et se dire gay, tout en restant féminine).
    La non-binarité et les "50 auto-définitions possibles" du genre ne sont-elles pas des chimères ?
    Une personne en tant que telle n'est ni homme ni femme, elle appartient à la communauté humaine (et possède de ce fait les mêmes droits et devoirs). La non-binarité ressemble à la transposition absurde de cela (de ce qui n'est pas sexuel) dans le domaine du genre. Un homme a une part féminine, une femme une part masculine, n'est-ce pas suffisant de le reconnaître (au lieu de parler de trouble de genre ou d'en inventer de nouveau) ?
    Homme et femme (de n'importe quelle orientation sexuelle) sont strictement égaux en tant que personne humaine, en tant qu'être sexué ils sont différents (mâle ou femelle) et complémentaires pour la reproduction. Cette différence n'implique aucun jugement de valeur (si c'est le cas nous sommes en présence de stéréotypes qu'il faut déconstruire).
    Des discriminations (envers les homosexuels, les transsexuels) et des stéréotypes (envers les femmes) relèvent bien de la construction sociale, mais lutter contre ne demande aucune exagération ou déni de réalité (détermination biologique, binarité).
    La théorie du genre relève d'une idéologie (pernicieuse, lorsqu'elle est enseignée aux enfants) et non de la science.




    Debra Soh, chercheuse canadienne sur la sexualité, La théorie du genre face à la science (2018)

    Ok, donc j'ai passé 11 ans dans le monde universitaire en tant que chercheuse sur le sexe et je ne sais toujours pas pourquoi quelqu'un pense qu'il existe 71 genres différents. Je vais donc aller droit au but : le genre est binaire et ce n'est pas une construction socialeNormalement je devrais vous dire, c'est tout pour aujourd'hui. Mais comme vous le savez sans doute, comme en atteste votre présence, nous sommes inondés de désinformation sur le sujet. Le sexe biologique est masculin ou féminin, basé sur les fonctions de reproductions. Le genre, quant à lui, est ce que nous ressentons. Le fait que nous nous sentions masculin ou féminin en fonction de notre sexe biologique. (...) Donc si nous voulons parler de manière scientifique il n'y a que deux sexes et il n'y a que deux genres. Suggérer le contraire n'est pas scientifiquement exact. (...) Ce n'est pas sexiste de parler des différences entre les sexes. Ce qui est sexiste, c'est de supposer que les femmes doivent être identiques aux hommes pour mériter un traitement égal. (...) Les gens peuvent s'identifier comme ils le veulent, mais aucune de ces étiquettes d'identité ne repose sur des bases scientifiques. Cela vaut pour le genre non-binaire, le genre neutre, le A genre, le genre bi, le pan genre, le genre fluide, le genre libre ou le genre lune, pour n'en nommer que quelques-uns. Toutes ces étiquettes signifient que vous vous identifiez, dans une certaine mesure, soit aux deux sexes, soit à aucun des deux. (...)
    Lire aussi : Un historien canadien, expert en « gender studies », avoue avoir falsifié les conclusions de ses recherches, au service de sa propre idéologie politique. 3 nov. 2019, Le Point /
    Pourquoi LGBTQ+ pourrait devenir GBTQ+ : bienvenue dans le marasme des luttes non-genrées, juin 2019, Altantico / Ces parents qui élèvent leurs enfant de manière neutre pour mener la révolution du genre, de Michelle Boiron, juillet 2018, Atlantico

    * * *



    Sylviane Agacinski, philosophe, La famille, comme la sexualité, c'est une totale liberté, mais ce n'est pas un droit. On ne peut pas avoir droit à un enfant. (France Inter, juin 2019)

    (3'40'') Si j'ai eu envie de m'engager c'est (...) par rapport à un certain nombre de discours que je considère comme fantasques, qui défient la raison. (Relayés par les médias). Qui disent par exemple : puisque le sexe dans la société reçoit différentes significations, ça n'est que du genre, il n'y a plus de sexe. Et même dénégation dans certains cas, théorie queer, de la réalité même de la différence sexuelle. Mais nous sommes différents sexuellement parce que nous nous reproduisons sexuellement et que nous sommes mortels. Les biologistes le montre clairement et le sens commun tout aussi bien. 
    (9'25'') La famille, comme la sexualité, c'est une totale liberté, mais ce n'est pas un droit, on ne peut pas avoir droit à un enfant. L'enfant est une personne. On a des droit à quelque chose on a pas des droit à quelqu'un. 
    Auteur de : Politique des sexes, Ed. du Seuil, 1998 / Femmes entre sexe et genre, Ed. du Seuil, 2012 / et récemment : L'homme désincarné, Du corps charnel au corps fabriqué, Ed. Gallimard, 2019
    Lire aussi : Sylviane Agacinski censurée : le nouveau visage du fascisme universitaire, par Natacha Polony, 27 oct. 2019, Marianne




    Monty Python, La vie de Brian. Extrait - C'est le droit de tout homme d'avoir des bébés (1979)

    Reg : - Cesse avec tes femmes ! Pourquoi parles-tu tout le temps de femmes, Stan ?
    Stan : - Je veux en devenir une. Je veux être une femme. A partir de maintenant appelez-moi Loretta. C'est mon droit en tant qu'homme. 
    Judith : - Pourquoi veux-tu être Loretta, Stan ? 
    Stan/Loretta : - Je veux avoir des bébés. 
    Reg : - Tu veux avoir des bébés ? 
    Stan/Loretta : - C'est le droit de tout homme d'avoir des bébés. 
    Reg : - Mais tu ne peux pas avoir de bébés ? 
    Stan/Loretta : - Ne m’oppresse pas. 
    Reg : - Je ne t’oppresse pas. Tu n'as pas d'utérus. Où le fœtus pourra-t-il grandir ? Tu vas le garder dans une boite ? 
    (Stan/Loretta se met à pleurer)
    Judith : - J'ai une idée. Accordons qu'il ne peut avoir de bébés puisqu'il n'a pas d'utérus, ce qui n'est pas sa faute, ni celle des romains, mais qu'il a le droit d'en avoir. 
    Francis : - Bonne idée Judith. Nous combattons les oppresseurs pour ton droit d'avoir des bébés, frère. Soeur, désolé.
    Reg : - Quel est le but de se battre pour qu'il puisse avoir des bébés s'il ne peut en avoir ?
    Francis : - C'est symbolique de notre lutte contre l’oppression. 
    Reg : - C'est symbolique de sa lutte contre la réalité. 

    * * *


    La politique actuelle du "genre" avec Ariane Bilheran, psychologue, Magali Pape, juriste et Marie-Catherine Thevenet, psychologue (Anna l'exploratrice, 16 février 2019)
    A un âge [entre 0 et 4 ans] où l'enfant n'est absolument pas construit sur le plan de son identité sexué (est-il fille où est-il garçons ?), ce qui est important pour le développement psychique de l'enfant, on va introduire de la déconstruction [théorie du genre] avant même qu'il ait pu construire sa propre structure psychique. 
    Ariane Bilheran, auteur de : L'imposture des droits sexuel, 2017 / Harcèlement, psychologie et psychopathologie, Deuxième édition, 2017 / Psychopathologie de la paranoia, Ed. Armand Colin, 2016 / L'autorité, psychologie et psychopathologie, Ed. Armand Colin, 2016


    Parents 1 et 2 au lieu de père et mère : «Délire» et «contre-vérités» pour la presse en 2012 ?
    14 févr. 2019 - RT
    L'introduction des termes «parents 1 et 2» par la loi sur «l'école de la confiance» n'a pas échappé aux opposants du «mariage pour tous» de 2013. Ceux-ci ont rappelé que, face à leurs craintes d'alors, des journaux évoquaient des «contre-vérités».
    L'amendement voté le 13 février dans le cadre de la loi sur «l'école de la confiance» suscite un tollé à droite. Le texte, qui prévoit à terme la disparition des mentions «père» et «mère» au profit de «parent 1» et «parent 2», a donné un second souffle aux opposants au mariage de couples de personnes de même sexe, alias «mariage pour tous», porté par François Hollande et la garde des sceaux Christiane Taubira, et adopté en avril 2013.
    Lire aussi : Parent 1 parent 2 : l'Assemblée consacre l'homoparentalité dans les formulaires scolaires
    Certains observateurs n'ont en effet pas manqué de rappeler que plusieurs médias, Libération en tête, avaient alors, en pleine polémique, consacré des articles battant en brèche l'affirmation selon laquelle le projet de loi aboutirait à «rayer du code civil le terme de père et de mère pour le remplacer par parent A et parent B». «A [croire les opposants au mariage pour tous], le texte de loi entraînerait la disparition des termes "père" et "mère" du code civil et des documents administratifs», relève ainsi la députée Valérie Boyer (Les Républicains) sur Twitter, citant un article du service Désintox de Libération – l'ancêtre de la rubrique Checknews – daté du 27 novembre 2012.
    Source (et suite) du texte : RT

    Ce qui n’empêche pas, là encore, l’argument de s’étaler, se tordre, jusqu’à devenir l’objet d’un fantasme total. (...) la loi ne prévoit pas que sur les documents scolaires, les parents 1 et 2 remplacent «le nom du père et le nom de la mère».
    Libération, 27 nov. 2012
    Voir aussi : Esther Pivet : Non à la théorie du genre à l'Ecole !, mars 2019Les bases de la théorie du genre par Esther Pivet, 2018 (1 partie) / (2e partie) / Le genre en image (2019, PDF) /
    Théorie du Gender, les origines par Marguerite Peeters (2011) 

     

mercredi 15 janvier 2020

  • Quelle est cette véritable nature?

    vie mort douglas harding

     

     

    "Quelle est donc, alors, cette Véritable Nature prétendument mienne, cette merveilleuse découverte des sages qui promet de tout résoudre ? Il vaudrait mieux que j'aie dès maintenant une petite idée de cette Identité que je recherche, sinon je ne vois pas comment je pourrai établir sa présence ou son absence.

    En résumé, ce qu'on me conseille de rechercher n'est pas du tout une chose.

    C'est illimité, libre de tout conditionnement, immobile, intemporel (je répète : intemporel), simple, silencieux, et par-dessus tout, d'une évidence éclatante et intensément conscient d'être tout cela.

    C’est l’inconnaissable dont Aristote disait qu'il n'y a rien de plus connaissable.

    C'est I'insondable abîme de mystère-sans-fin qui est en même temps mon refuge et mon Soi.

    On lui a donné routes noms tels qu’Absence, Clarté, Transparence, Claire Lumière, Espace, Vide immaculé, pure Capacité, Non-Né et le Non-Mortel... qui ne servent à rien d’autre qu’à m'aider à le reconnaître quand je tombe sur lui.

    On m’assure qu'il y a une marge infinie entre chercher le mot juste pour le décrire, tout savoir à son sujet, le penser ., même le sentir - et puis la réalité, c'est-à-dire le voir vraiment, plus clairement que tout, et ainsi être consciemment lui.

    Telle est mon histoire intérieure totalement indicible, mon essence, ma réalité immortelle, selon la rumeur séculaire.

    Tel est le message constant des Éveillés, quelles que soient leurs affiliations religieuses et culturelles.

    Et telle est l'hypothèse ahurissante que je vérifie ici et maintenant sans attendre d'être prostré sur mon lit de mort."

    Douglas Harding, Le petit livre de la vie et de la mort.


  • Eloge du désert

     

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  • Lecture de la Bhagavad-Gita à Paris

    Lecture de la Bhagavad-Gita

    par Nita Klein

    Présentation du texte par Alain Porte (qui est aussi le traducteur)

    à Paris dans le 10ème arrondissement

    Dimanche 19 janvier 2020

    à  19 h

     

    Arjuna_and_His_Charioteer_Krishna_Confront_Karna,_crop

     

    Chez Malavika Klein

    Réservation obligatoire : 01 42 40 40 97

     


mardi 14 janvier 2020

  • Retraite "au coeur de l'hiver" du 6 au 8 mars 2020 à Apt.


    LA VOIE DE LA NON-DUALITE

    Retraite "Au coeur de l'hiver"

    Du 6 au 8 mars 2020.

    La retraite d'hiver de fin d'année est passée, celle de printemps est encore loin, il nous a paru juste de pouvoir nous retrouver au coeur de l'hiver, pour maintenir le fil d'or de la Présence.

    Le lieu:
    En pleine nature, en Provence, dans le Luberon, au dessus de la petite ville d'Apt.

    Horaires:
    La retraite débutera le vendredi 6 à 10h30
    et se terminera le dimanche 8 vers 17h
    Il est possible d'y venir seulement pour un ou deux jours.

    Le programme:
    Méditation, dialogues, approche corporelle.

    Hébergement:
    Pas d'hébergement sur place mais de nombreuses possibilités existent tout autour. Nous pouvons vous en indiquer quelques unes.

    Renseignements, inscriptions, écrire:
    lemoinegojo@gmail.com


    Prochaine retraite à suivre:
    Retraite de printemps à Apt du 21 au 24 mai.

    A noter:
    Rencontre à Paris 1er et 2 février.
    Contact: michele.muller8@gmail.com

    Rencontre en soirée à Cadenet, mardi 4 février à 20h.
    Contact: lepetitprince@wanadoo.fr
                   

  • c'est en fait incroyablement facile

     Je ne cesse de répéter- à la suite de Douglas Harding - que s'éveiller à sa vraie nature est simple.

    Le dzogchen - ici à travers le grand maitre Tulku Urgyen - l'enseigne aussi (et son fils Mingyur Rinpoche le répète aujourd'hui)

    Si on vous dit que l'éveil à sa vraie nature est compliqué, on ne parle pas de l'éveil, mais d'autre chose.

    Maintenant, l'essentiel est d'accepter que ce soit si simple.

     

    jlr

     

    tulku-urgyen

    Tulku Urgyen

     

    "Si vous reconnaissez simplement votre essence, vous êtes immédiatement face à face avec les trois kayas (l'absolu).

    C'est si simple que c'est en fait incroyablement facile.

    Vous ne pouvez pas le manquer.

    Le problème, en fait, c'est que c'est trop facile ! C'est trop proche de soi-même.

    Certains grands maîtres ont dit que le problème ne réside pas dans le fait que c'est compliqué, mais que c'est trop simple. Les gens ne l'acceptent pas.

    Ils se disent: " C'est juste mon état de conscience actuel, donc à quoi ça sert ? Ce n'est pas très spécial. Je veux quelque chose d'étonnant, quelque chose de totalement différent. Quelque chose qui est bien supérieur à ce présent état de conscience. Quelque chose avec des lumières étonnantes et de grande splendeur."

    Et ils ignorent leur état d'esprit naturel actuel et ils espèrent que quelque chose d'extraordinaire va se produire, peut-être en descendant du paradis.

    Ils ont raison : cet état actuel n'est pas si particulier.

    Mais en s'asseyant et en espérant de cette manière, ils tournent le dos aux trois  kayas.

    Si vous reconnaissez votre propre esprit, au moment même de la vision, vous trouvez la liberté. Vous êtes libéré de toute pensée  à ce moment-là. C'est l'essence même du nirvana.

    Si toutefois, on ignore ce fait et si on poursuit quelque chose d'autre - une sorte d'état altéré de conscience, que nous croyons être supérieur à la nature actuelle de l'esprit - il va être très difficile de trouver l'esprit de Bouddha."


    Tulku Urgyen, As it is, vol. 1.

    Trad. josé Le Roy


lundi 13 janvier 2020

  • Pour un seuil d’âge du non-consentement
    MAJ de la page : Seuil de consentement / Matzneff / Pédocriminalité



    Sylvie Meyer, Enfance volée, Chronique d'un déni (LCP, 2019)
    avec Guillaume Gouffier-Cha, membre du groupe sur les droits de l´enfant et protection de la jeunesse, Sophie Auconie, membre de la délégation de l´Assemblée nationale aux droits des femmes et à l´égalité des chances entre les hommes et les femmes, Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, Patrick Loiseleur, membre de l´Association Internationale des Victimes de l´Inceste




    Matzneff, moi, et les autres (B programme, 6 janv. 2020)
    avec Christian Lehmann, médecin et écrivain
    Lire aussi : Michel Foucault et les débats sur la pédophilie dans les années 1970, 3 janv. 2020, Esthétique et philosophie de l'art

    * * *

    Affaire Matzneff
    Pour mieux lutter contre la pédocriminalité et son impunité : il est impératif d’instaurer un seuil d’âge du non-consentement et de créer un crime et un délit spécifiques
    Par Muriel Salmona - Pour un seuil de non-consentement (PDF)
    Site Internet : Mémoire Traumatique et victimologie

    Pour un seuil d'âge du non-consentement.

    En ce début d’année 2020, 16 mois après le vote le 3 aout 2018 de la loi Schiappa sur les violences sexuelles et sexistes, le scandale autour de l’écrivain Gabriel Matzneff, en éclairant de façon cru le déni, la loi du silence, la complaisance et l’impunité inconcevable dont cet écrivain qui revendiquait des actes sexuels avec des enfants de moins de 15 ans a pu bénéficier pendant des décennies, fait resurgir dans les médias et sur les réseaux sociaux la question de la nécessité d’instaurer pour les mineurs un seuil d’âge du non-consentement à des actes sexuels avec des adulte.

    Pour nous, afin de mieux protéger les enfants des pédocriminels, il est impératif et urgent d’instaurer un seuil d’âge du non-consentement de 15 ans, et de 18 ans en cas d’inceste par adulte ayant autorité ou sur un mineur en situation de handicap, et de définir pour les mineurs de 15 ans un crime de viol et un délit d’agression sexuelle spécifique et autonome ne nécessitant pas de qualifier la violence, la menace, la contrainte ou la surprise.

    Il n’est plus possible de faire l’économie de ce seuil d’âge du non-consentement et de lois spécifiques concernant la pédocriminalité qui reconnaissent le statut particulier de l’enfant, sa vulnérabilité et la protection qu’il est impératif de lui apporter, pour édicter un interdit clair, incontournable et une reconnaissance de la gravité de ces actes. Nous attendons donc du gouvernement et des parlementaires qu’ils votent enfin une loi qui instaure un seuil d’âge du non-consentement, ainsi qu’un crime de viol et un délit d’agression sexuelle spécifiques et autonomes pour les mineurs de 15 ans.

    Pour rappel, au niveau du droit international et européen les viols et les agressions sexuelles, que ce soit en temps de conflits ou de paix, sont considérés comme des crimes de premier ordre en terme de gravité, comme des traitements cruels, dégradants et des tortures, voire de plus en plus comme une forme de torture, que les États ont la responsabilité et l’obligation de prévenir et de punir, quel qu’en soit l’auteur.

    La possibilité que donne notre loi actuelle (la loi Schiappa du 3 août 2018 n’ayant pas instauré de seuil d’âge du non-consentement pour les mineurs) de qualifier des actes sexuels commis contre des enfants non comme des violences sexuelles mais comme des atteintes sexuelles commises sans violence, contrainte, menace ou surprise, contrevient à la reconnaissance de la gravité et de l’extrême violence de ces actes, niant qu’il puisse s’agir de traitements cruels, dégradants et inhumains, et induit que l’enfant puisse être consentant à ces actes, ce qui porte une atteinte majeure à la dignité des enfants en les réduisant à des objets sexuels et en niant leur spécificité.

    Avant 15 ans non seulement tout consentement libre et éclairé est impossible en raison de l’immaturité de l’enfant, de sa vulnérabilité et de sa situation de dépendance, mais un enfant ne peut pas consentir à des actes sexuels avec un adulte qui vont le détruire en portant gravement atteinte à sa dignité, à ses droits, à son intégrité mentale et physique, à son développement et donc à son intérêt supérieur.

    Il est cruel et absurde que la loi sur les viols et les agressions sexuelles utilise la même définition pour les majeurs et pour les mineurs quel que soit leur âge, en étant centrée sur les moyens utilisés par l’agresseur pour imposer ses actes de nature sexuelle à la victime par la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. On peut concevoir qu’une telle définition soit adaptée à une personne suffisamment mature, ayant le discernement nécessaire et la capacité d’avoir un consentement libre et éclairé pour des actes sexuel dans un contexte approprié pour qualifier une agression sexuelle ou un viol lorsqu’il y a pénétration sexuelle. En revanche pour un jeune enfant cette définition qui repose sur la recherche du défaut de consentement de la victime et des moyens que l’agresseur a dû mettre en œuvre pour imposer ses actes, est inappropriée. L’enfant, en dessous d’un certain âge (seuil d’âge du consentement), pour son intérêt supérieur et la préservation de son intégrité mentale et physique, n’a pas à être sexualisé par les adultes ni à être un partenaire sexuel, son consentement n’a pas à être recherché, il est par définition invalide.

    Ce déni de la spécificité des crimes sexuels sur les enfants avec l’absence d’un seuil d’âge du consentement fait que pour les enfants, le viol ou les agressions sexuelles sur mineurs ne sauraient se déduire du seul âge de la victime aussi jeune soit-elle (comme l’a confirmé en 2015 le Conseil constitutionnel, l’âge n’est qu’une circonstance aggravante) ni d’une situation d’inceste ou de handicap, et aboutit à nier la spécificité des crimes sexuels sur les enfants et la violence intrinsèque, la torture, la cruauté et le caractère inhumain et dégradant en soi que représentent une pénétration sexuelle ou d’autres actes sexuels commis sur des enfants.

    L’absence de seuil d’âge rend la loi complice du système agresseur pédocriminel qui se défausse sur l’enfant en le sexualisant et en lui renvoyant qu’il pourrait avoir voulu être un objet sexuel et un esclave sexuel, qu’il pourrait souhaiter être dégradé, en lui attribuant une responsabilité dans les interactions sexuelles avec l’adulte, voire même en le culpabilisant et en le considérant comme ayant provoqué et manipulé l’adulte dans une inversion totale de la réalité comme dans le mythe des « Lolitas ».

    Et de façon particulièrement cruelle les traumas de l’enfant, son état de choc et les mécanismes de survie que son cerveau va être obligé de mettre en place vont être interprétés comme autant de preuves du pseudo consentement de l’enfant, de sa perversion sexuelle, et de l’absence de conséquences négatives « qui montre bien que ce n’est pas si grave » : sidération qui le paralyse l’enfant et dissociation traumatique qui l’anesthésie émotionnellement et physiquement de telle sorte qu’il semble supporter la situation et ne pas en être affecté alors qu’il est extrêmement traumatisé, et qui le rend incapable de s’opposer et de réagir, totalement sous emprise, et le transforme en automate, mémoire traumatique avec des comportements des propos sexuels inappropriés qui sont des réminiscences envahissantes des violences subies, l’enfant est alors envahi par des images, des phrases, des scènes qu’il peut rejouer malgré lui dans un état dissocié, conduites dissociantes avec des mises en danger qu’il est facile ensuite de lui reprocher.
    Source (et suite) du texte : Pour un seuil de non-consentement (PDF)