De la "non conceptualité" et de la rencontre - Scott Kiloby

samedi 20 avril 2013
par  fiche endommagé.

Nous ne nous rencontrons pas, sauf à travers des histoires.
Lorsque nous nous rencontrons dans le silence ou la "non conceptualité", nous ne nous rencontrons pas du tout. Dans le silence il n’y a rien à dire, à comprendre ou à changer par rapport à l’autre. Sans les histoires, il n’y a pas d’autre. Donc personne ne se rencontre. Il n’y a pas de relation. Il n’y a pas même l’Un, car l’Un est une pensée, et implique la notion de deux (...)
La réalité ne compte pas, elle ne différencie pas entre un et deux. C’est la pensée qui fait cela.
La raison pour laquelle les gens parlent d’unicité pour la "non conceptualité", est que la séparation disparaît pendant ces moments-là. Tout disparaît, y compris le concept d’unicité.

La "non conceptualité", lorsque vraiment il n’y a aucune référence aux concepts, à la mémoire, ne dit rien d’elle-même : elle ne fait pas de déclarations non conceptuelles d’être l’Un, d’être la paix, le silence ou la libération. Elle ne peut pas faire de déclarations sur elle-même, pour parler d’elle-même elle devrait se scinder. Cela ne peut se faire qu’avec des concepts.
Dans la plupart des relations humaines, nous nous rencontrons à travers des histoires (...)
Certains enseignements non duels disent que lorsque toute la "conceptualité" tombe, nous nous rencontrons enfin ou qu’il existe une sorte de "fonte" ou de "véritable relation". Ils disent que nous voyons enfin la réalité ou la façon dont la vie est réellement.


Mais que voit-on réellement dans la "non conceptualité" ? Rien.
Voir une chose c’est d’abord avoir un concept de cette chose. Donc rien n’est vu tel que c’est réellement, parce que rien n’apparaît. Nous ne voyons pas vraiment la vie telle qu’elle est, car le concept "vie" n’est pas présent. Nous ne nous voyons donc pas les uns les autres dans la "non conceptualité", et nous ne nous voyons pas en chacun. Nous ne voyons pas non plus la présence nous fixant dans chaque chose.
Ce ne sont que des conceptualisations qui n’apparaissent pas dans le pur espace non conceptuel. (Elles viennent d’enseignements spirituels qui ont donné une interprétation de la non conceptualité)
Il faut des concepts pour dire quoi que ce soit d’une expérience. Même pour parler d’expérience, il faut une pensée conceptuelle.
Il n’y a donc pas de véritable relation dans la non conceptualité. Nous ne nous rencontrons pas "réellement".

Voyez par vous-même. Asseyez-vous auprès de votre bien aimé et laissez passer toutes les pensées sur vous-même et sur l’autre... Après un certain temps vous vous installez dans un espace où les concepts n’apparaissent plus(...) et parce que les concepts n’apparaissent plus, le monde lui-même disparaît. Après tout : le "corps", le "soi", "l’autre", "l’épaule", la "couleur", la "voix", la "sensation", "l’émotion" ou tout autre phénomène n’apparaît ou n’est connu que lorsque ces concepts apparaissent.
Donc lorsque les pensées, les émotions, les sensations n’apparaissent pas, il n’y a pas de monde.....


Dans la "non conceptualité", il n’y a pas de relation, il faut deux choses au moins pour parler de relation ou connexion. Dès que le premier concept apparaît, peu importe ce qu’il est, le monde phénoménal apparaît complètement... tout est relié. Un ciel ne peut pas exister comme une chose séparée sans référence à une terre, un sol, le soleil, la pluie et les concepts humains qui ont nommé toutes ces choses.


On ne peut parler de non-conceptualité sans la conceptualité, les deux sont interdépendants, ils n’existent pas l’un sans l’autre. La notion de non-conceptualité n’existe pas d’elle-même, la signification vient de ce qui n’est pas, c’est une division faite par le mental. Idem pour "aller au-delà" des concepts et "notre vraie nature" qui n’existent que lorsque le concept apparaît.

Cette capacité de l’humain à conceptualiser est notre progrès et notre chute.
Notre chute, en ce sens où nous croyons que la vie est séparée : avec une pensée qui apparaît, une chose apparaît.
Notre progrès, notre chance car lorsque nous voyons à travers la croyance en la séparation, elle tombe et la conceptualité devient notre ami.
C’est le fait de conceptualiser lui-même - la croyance en la séparation - qui a rendu la non conceptualité importante (...) Ce n’est pas que l’univers ait un désir d’aller au-delà des concepts. L’univers est un concept.
Toute la vie est relation, incluant la relation entre la conceptualité et la non conceptualité ou la dualité et la non dualité (...) C’est ce qui est dit dans la phrase : Le nirvana (non conceptualité) n’est rien d’autre que le samsara (conceptualité, existence phénoménale).


Revenons à la non conceptualité. En cet endroit, cette paix profonde où il n’y a personne, nous commençons dans une pure innocence. Nous commençons à partir d’un endroit sans histoire, dans la vision qu’il n’y a "pas deux", que la vie est en essence non duelle. Nous ne savons pas même cela dans la non conceptualité. Pour le savoir, la pensée doit apparaître (...)
— -
Une fois que nous savons - que nous avons vraiment vérifié par nous-mêmes - que la séparation est un produit de la pensée, qu’elle n’existe pas que dans le mental, les concepts deviennent des amis.


Revenons alors à l’expérience d’être assis en compagnie de votre bien aimé dans un silence non conceptuel. Dans ce silence, il n’y a personne, il n’y a pas même la "conscience", c’est un concept.
En absence de tout phénomène, il n’y a pas de séparation. Puis la première pensée apparaît à propos de l’autre, du genre : "C’est Marie !" mais maintenant, il est vu que ce n’est qu’une pensée. Il est vu que Marie est principalement une étiquette conventionnelle, pas une chose réelle et séparée. Ainsi la pensée devient un autre "sens" pour nous. N’est-ce pas extraordinaire... incroyable qu’une pensée puisse surgir ainsi ? Quel miracle que qqch puisse apparaître. Comme vous la touchez et expérimentez la notion de chair ou entendez le son de sa voix, la pensée vient pour donner une histoire d’une "Marie". Soudainement l’expérience devient vivante, dans toute sa complétude.
Nous voyons que nous sommes la non conceptualité désincarnée et également la conceptualité incarnée.


Nous sommes l’expérience même dans le sans forme et dans la forme. Nous sommes rien et nous sommes tout. Et cela n’est pas simplement un très joli mantra non duel, cela devient notre expérience présente lorsque nous regardons de cette façon.
Comme Marie commence à apparaître par tous les modes d’expérimentation (la vue, le son, le toucher, l’odeur), elle apparaît aussi par la pensée. Marie n’est pas un écureuil ou une route, elle n’est pas un arbre, ni l’Un, elle n’est aucun de ces concepts. Elle est cette chose (concept) particulière dans le temps et l’espace. Elle est Marie, et Marie est là au travers des sens et des concepts, même vos souvenirs de Marie forment cet objet apparent.
Est-ce que Marie existe en tant qu’objet réel, séparé, indépendant des pensées, émotions et sensations ? Non ! Regardez par vous-même. Vous ne pouvez pas connaître une Marie, comme objet, sans les pensées, émotions et sensations. Marie est donc comme une illusion, comme un objet du rêve.
Cependant une fois que vous avez vraiment vu cela, vous êtes libre de jouer, n’est-ce pas ?


Le rêve de la séparation a été vu, et grâce à cela une nouvelle profondeur dans la relation est possible.
Nous sommes libres d’aimer dans une liberté non conceptuelle et une plénitude conceptuelle et sensorielle. Nous pouvons expérimenter le monde, voir que sujet et objet apparaissent ensemble. Dès qu’il y a pensées, émotions ou sensations, il y a des choses. Vous - en tant que soi - n’êtes aussi qu’un ensemble de pensées, émotions et sensations. Ce "vous" illusoire est en relation avec toutes les autres choses illusoires. C’est ainsi que nous nous rencontrons ! Nous nous rencontrons sans la croyance en la séparation, mais d’une façon qui inclut la conceptualité.


Lorsque ce monde apparaît, une fois que la croyance en la séparation a été vue, il apparaît différemment, comme un rêve, vide. Avec la conceptualisation, il y a toutes sortes d’histoires que nous pouvons raconter, avec une joie, une aisance et une légèreté, telles que : "Oh voici une couleur bleue si vibrante", "Toute la vie est tellement intime", "Oh j’aime Marie !" et maintenant nous ne pensons pas que cette relation est autre chose qu’une perception conceptuelle, c’est pourquoi nous pouvons finalement être dans une relation sans effort et sans conflit. C’est ainsi que l’on peut vraiment s’aimer l’un l’autre.

issu d’un article de Scott Kiloby, traduit par Laya.
http://www.kiloby.com/
Sources : http://perlesdebonheur.blogspot.com/search?q=scott+kiloby