Jaurès contre les lois scélérates (1894)

jeudi 21 mai 2015
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MAJ de la page : Jean Jaurès / Loi sur le renseignement

Les « lois scélérates » sont une série de lois votées en France sous la Troisième République. Elles visaient à réprimer le mouvement anarchiste, responsable de nombreux attentats durant les années précédentes.

Source (et suite) du texte : wikipedia

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Jaurès contre les lois scélérates (anarchisme et corruption – 1894)

Source : Rallumer tous les soleils, Jaurès ou la nécessité du combat

Nous sommes en juillet 1894. Tandis que la Chambre vient de voter une de ces « lois scélérates » destinées à éradiquer le mouvement anarchiste, Jaurès prend la parole. Dans cette longue intervention, qui mérite d’être citée ici quasi intégralement, il procède en deux temps.

[Sur les lois scélérates, voir notamment cet article de Léon Blum ]

D’abord, il montre que cette loi qui prétend détruire les germes mêmes de l’anarchie dans les consciences des potentiels anarchistes est une loi qui institue sur les consciences, les opinions, les pensées, une véritable tyrannie.

Ensuite, il tend à la Chambre le miroir qu’elle ne veut pas voir : celui où se lit que l’une des causes de l’anarchie est à chercher dans les moeurs (dont la corruption) de ceux qui ont pour rôle de servir la République et qui ne cessent de la trahir.

(Le texte étant long, nous avons, pour les lecteurs pressés, mis en valeur, par une couleur, quelques uns des passages les plus importants. Un hyper-résumé est disponible ici . Et d’autres extraits d’une intervention de Jaurès, plus courts, sur la corruption et la politique d’affaires, de 1893, sont également publiés ici )

Les articles du projet de loi sur la répression des menées anarchistes adoptés, M. Jaurès développe l’article additionnel suivant :

« Seront considérés comme ayant provoqué aux actes de propagande anarchiste tous les hommes publics, ministres, sénateurs, députés, qui auront trafiqué de leur mandat, touché des pots-de-vin et participé à des affaires financières véreuses, soit en figurant dans les conseils d’administration de sociétés condamnées en justice, soit en prônant lesdites affaires, par la presse ou par la parole, devant une ou plusieurs personnes. »

A l’appui de cette proposition, M. Jaurès prononce le discours suivant :

[…]

Que voulez-vous par votre loi ? C’est dans une série d’articles que M. Joseph Reinach a publiés sur la loi, sur son caractère, sur sa signification, que j’en ai trouvé le commentaire le plus lumineux, et en particulier dans un article sur les idées criminelles.

Et par quoi M. Joseph Reinach justifie-t-il la loi qui vous est soumise ? Il dit, messieurs, qu’il ne suffit pas d’atteindre les actes, les manifestations extérieures de l’anarchie, qu’il faut avant tout frapper et atteindre la pensée même d’où procèdent ces actes. Le vol, le meurtre, l’incendie sont de très vilains gestes, mais ce ne sont que des gestes ; le principe de ces actes criminels est ailleurs, il est dans la pensée elle-même, il est dans la conscience elle-même.

Voilà pourquoi, selon M. Reinach, il faut édicter des lois qui portent la force de la loi, le feu de la loi jusqu’à la racine même de l’anarchie. Voilà quelle est selon lui la conception maîtresse de l’œuvre législative que vous faites en ce moment.

Et vous verrez bien en effet, si vous examinez dans cet esprit les dispositions déjà votées par vous, que c’est bien là l’intention profonde de votre loi. On peut la définir un effort du législateur pour se rapprocher des origines les plus cachées et les plus profondes de l’acte anarchiste. On peut la définir l’effort du législateur pour aller chercher l’anarchie presque dans les secrets de la conscience humaine. C’est dans ce sens que vous avez marché, dans ce sens que se développe tout le mouvement législatif contre l’anarchie depuis quelques années.

Vous ne frappiez d’abord que les actes mêmes, ou la complicité, ou la préparation effective de ces actes, ou les excitations directes et publiques qui sont déjà un acte. Puis, dans la loi de décembre, vous avez fait davantage et vous avez voulu atteindre l’entente indéterminée en vue d’un attentat indéterminé, c’est-à-dire que vous avez voulu frapper, surprendre une communauté de pensées mauvaises. Mais cela ne vous a pas suffi encore. Et vous revenez devant nous, vous nous dites : La pensée anarchiste, elle peut se glisser dans le simple propos, elle peut être chuchotée de cœur à cœur, d’oreille à oreille ; elle peut s’exhaler dans un simple cri de colère et de souffrance, et puisqu’il y a un péril anarchiste dans ces propos, dans ces confidences, dans ces lettres échangées, dans ces murmures de souffrance ou de colère, nous allons essayer de surprendre tout cela pour frapper tout cela ; nous allons écouter à la porte de toutes les consciences, et ainsi nous arrêtons la propagation même de la pensée meurtrière ; nous neutraliserons les germes imperceptibles d’anarchie qui peuvent exister dans la conscience avant même qu’ils aient pu éclore et se manifester. Voilà bien la pensée de votre loi.

Je dis que la tentative est hardie. Je ne la discute pas à cette heure, ce n’est pas le moment. Oui, la tentative est hardie ; je pourrais vous dire qu’elle est chimérique, que précisément puisque vous voulez surprendre l’anarchie à l’état naissant, quand elle n’est encore qu’un propos qui s’éveille, quand elle n’est encore que la conscience qui commence à s’ouvrir, je dis que c’est précisément pour cela que votre œuvre est chimérique.

Ou bien vous n’appliquerez votre loi que d’une manière molle et intermittente ; elle ne regardera que d’un regard distrait dans le fond même des consciences, et vous laisserez échapper, mêlés à l’immense flot quotidien des pensées, les paroles, les propos imperceptibles et obscurs d’où demain, selon vous, sortira le crime ; ou bien votre loi voudra, d’un regard aigu, continu, profond, surveiller constamment toutes les consciences, et alors, sous prétexte d’hygiène morale, vous aurez installé dans ce pays la plus étrange tyrannie qu’on ait jamais pu rêver ! (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Il suffira donc d’une simple parole, d’un simple cri, pour qu’immédiatement cette parole soit recueillie, pour qu’immédiatement ce cri aille éclater en dynamite ! Comment ! toutes les consciences sont donc aujourd’hui chargées de dynamite, pour que la plus légère commotion suffise pour en déterminer l’explosion ? (Nouveaux applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bacs à gauche.)

Et puis, je pourrais vous dire : Prenez garde ! car vous êtes en train de porter contre la société présente et contre vous-mêmes le plus formidable témoignage. Eh quoi ! c’est donc là que nous en sommes, c’est là qu’en est à l’heure actuelle la société française et la République ? (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

Ah ! si votre loi était utile, si elle était nécessaire, elle serait, je le répète, contre la société elle-même la plus terrible condamnation ; et s’il était vrai que ces hommes, qui sont des criminels assurément, mais qui ne tuent pas par cupidité ou par vengeance personnelle, qui tuent par sauvagerie, par fanatisme, par orgueil, par délire, mais qui en même temps qu’ils tuent, sont prêts eux-mêmes à donner leur vie (Interruptions à gauche et au centre), s’il était vrai que cette terrible sauvagerie, doublement disposée à la mort, la mort qu’elle donne et la mort qu’elle subit, s’il était vrai qu’elle fût toujours prête, au moindre propos, à la plus légère excitation, à se dresser contre la société pour la ravager par la dynamite et par le poignard, non, vos lois de répression ou de précaution seraient inutiles.

Mais encore une fois, je ne discute pas cela. Je vous l’accorde : oui, vous êtes dans l’obligation, vous êtes dans le droit d’aller saisir la pensée anarchiste jusqu’à sa naissance, jusqu’à sa source obscure dans les consciences.

Eh bien ! moi, je me contente de vous dire : Ne vous arrêtez pas à mi-chemin et creusez dans les consciences jusqu’à ce que vous ayez trouvé en effet au fond de ces consciences mêmes la source première de la pensée criminelle. Oui, vous êtes tenus, dans la vie où vous êtes entrés, dans l’opération que vous avez commencée, vous êtes tenus d’aller jusqu’à la racine même des consciences. Et alors se pose devant vous, législateurs, ce grand et terrible problème : Quelles sont donc les influences morales et sociales qui à l’heure actuelle présente prédisposent les cœurs et les cerveaux à accueillir si aisément, selon vous, le moindre chuchotement d’anarchie ?

Messieurs, parmi ces influences morales et sociales, il en est de deux sortes, de deux catégories bien distinctes ; il en est sur lesquelles les hommes disputent, sur lesquelles il y a controverse entre les partis, entre les systèmes, entre les philosophies. Il en est au contraire sur lesquelles tous les hommes sont d’accord, et c’est de ce côté-là qu’il faudra regarder d’abord.

[...]

Mais, messieurs, s’il y a un ordre d’influences sociales, politiques, religieuses, sur lequel il y aura controverse éternelle parmi les hommes, il est un point sur lequel tous ici, tous dans le pays, chrétiens ou matérialistes, idéologues ou positivistes, socialistes ou conservateurs, monarchistes ou révolutionnaires, tous nous sommes d’accord : c’est que rien dans notre démocratie n’est capable de bouleverser les consciences, d’aigrir les haines, de provoquer aux révolutions désespérées, comme les exemples de corruption donnés d’en haut par ceux qui détiennent une part du pouvoir. (Vifs applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.)

Petit Journal - le veau d’or. Panama et corruption

Ah ! messieurs, j’entendais l’autre jour M. le rapporteur de la commission et M. le président du conseil s’ingénier, pour rassurer sur l’application de la loi, à nous définir l’anarchisme. De quelle façon M. le président du conseil s’exprimait-il ? Il disait : « L’anarchisme consiste d’abord dans le mépris de toute autorité. » Eh bien ! je lui demande si lorsque des représentants publics mêlent la représentation nationale à des scandales et à des affaires véreuses, je lui demande si en compromettant ainsi la représentation nationale, qui est sous la République le résumé, la figure de toute autorité (Très bien ! très bien !), je lui demande si ces hommes ne vont pas, beaucoup plus profondément que je ne sais quelles paroles recueillies au hasard, ébranler dans les consciences les bases mêmes de l’autorité. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Puis M. le président du conseil nous a dit encore : « L’anarchisme, c’est le mépris du suffrage universel. » Eh bien ! je le lui demande à nouveau : Si ceux-là qui après avoir obtenu du suffrage universel et de sa confiance un mandat, une délégation souveraine pour défendre le pays, sa fortune, son honneur contre les surprises et les pièges des financiers, précisément avec le mandat qu’ils ont ainsi surpris, viennent se faire après coup les complices, les clients de cette finance suspecte, est-ce que ce ne sont pas ces mêmes hommes qui détruisent le respect du suffrage universel ? Est-ce que ce ne sont pas ceux-là qui, autant qu’il est en eux, réduisent le suffrage universel à n’être plus qu’une vieille dupe ridicule, à la tête branlante, sur laquelle les jeunes gens à l’âme violente jettent un regard de mépris ? (Nouveaux applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à droite.)

Puis, vous nous avez dit, monsieur le président du conseil, que l’anarchie était le mépris de la vie humaine ; et c’et bien là en effet ce qu’il y a de plus horrible dans l’anarchie. Quelles que soient à l’heure présente ses souffrances, lorsque le prolétariat aura à son tour mis la main sur le pouvoir pour s’affranchir et pour réaliser la justice, j’espère bien qu’il considérera comme son plus grand honneur et comme un honneur inédit devant l’histoire de ne pas renouveler ces tristes effusions de sang qui ont, je ne le dis pas déshonoré, mais affligé la Révolution bourgeoise d’il y a un siècle.

Oui, ce qu’il y a de plus horrible, c’est le mépris de la vie de l’homme, car il retranche tout ce qui unit l’homme à l’homme à travers la contrariété des idées, des passions, des systèmes, des intérêts.

Mais, monsieur le président du conseil, mais vous, messieurs de la majorité, qui avez jusqu’ici voté toutes les dispositions de la loi et qui étiez peut-être tentés toutes les dispositions de la loi et qui étiez peut-être tentés d’écarter la nôtre comme vaine et paradoxale, avez-vous donc réfléchi à tout ce qui se cache de ruines morales, de désespoirs meurtriers, de suicides sanglants derrière les sinistres financiers déchaînés sur ce pays à intervalles périodique ? Et si ces sinistres financiers sont provoqués non pas par des hommes qui cherchent simplement à se soustraire aux nécessités de tous les jours, mais pour mieux jouir de la vie, et s’ils trouvent une sorte de complicité dans la faiblesse de la représentation nationale, qui si elle est rebelle à toutes les amnisties légales, est singulièrement facile à toutes les amnisties morales (Applaudissements à l’extrême gauche), est-ce que vous ne vous êtes pas dit que ce sont ces choses qui vont propager partout et enseigner l’horrible mépris de la vie de l’homme ?

Ah ! messieurs, il serait peut-être ridicule et vous trouveriez sans doute déclamatoire de parler à cette tribune de tous les travailleurs qui sont morts, eux, dans les travaux dérisoires de Panama. [...] Je me demande ce qu’ont dû penser de la vie ceux qui se sont sentis mourir là-bas, s’ils ont compris qu’on avait fait d’eux un prétexte lointain à une spéculation meurtrière, qu’ils n’étaient que des figurants ridicules, et que la véritable pièce se jouait ailleurs, dans les coulisses du Parlement, de la presse et de la finance. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à droite.)

Oui, je demande ce qu’ils ont dû penser de la vie et de la mort, s’ils ont compris qu’ils allaient être enfouis dans un mensonge (Nouveaux applaudissements), et je me demande aussi quelle singulière notion de la vie humaine et du respect qui y est attaché par la société capitaliste ont dû répandre dans le monde et disperser dans toutes les capitales les survivants qui sont partis de là-bas. Ah ! oui, il a dû y avoir, de misérable à misérable, au hasard des rencontres dans les faubourgs des grandes cités internationales, de singulières conversations, de singulières suggestions, et puisque vous cherchez d’où proviennent les germes d’anarchie qui se sont répandus sur le monde, c’est peut-être bien de ce côté-là qu’il faudrait chercher. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Oui, messieurs ! Et alors, puisque les hommes publics qui ont été depuis vingt ans à un degré quelconque mêlés à toutes choses, ont autant qu’il dépendait d’eux pratiqué cette provocation introduite par vous dans nos lois, cette provocation indirecte au mépris de la vie humaine, je vous demande au nom de quelle logique et par quelle sélection significative vous frapperiez les uns et vous épargneriez les autres. Ah ! vous dites — on l’a entendu souvent dans cette discussion : Les anarchistes sont des solitaires, des isolés.

Des solitaires et des isolés ! Un homme isolé ? Il n’y a pas un seul homme isolé : on a beau se fermer les yeux et les oreilles, s’enfermer dans une fausse solitude, on n’est jamais isolé tant qu’on est un homme parmi les hommes ; on entend, ou voit tout de même ; les bruits du dehors arrivent au prétendu isolé, les nouvelles lointaines de nos discussions et des scandales parlementaires lui parviennent.

Est-ce que vous vous imaginez qu’il y a eu quelqu’un qui n’ait pas pu être touché, remué, bouleversé dans sa conscience, si isolé que vous le supposiez, lorsque pendant six mois tout ce pays, toute cette Chambre ont été suspendus à la dramatique discussion de l’affaire que vous connaissez bien, lorsque le pays a appris tout à coup que sur les certaines de millions qu’il avait versés, plus des deux tiers avaient été gaspillés d’une façon criminelle ; quand il a pu voir que cette corruption capitaliste et financière avait voisiné avec les pouvoirs publics, que le Parlement et la finance causaient dans les coins, trinquaient ensemble ? Est-ce que vous croyez que cela n’était rien quand ils ont appris que des ministres allaient être traduits en cour d’assises, quand ils ont appris que des dénégations hautaines, portées à la tribune ou devant la commission d’enquête, allaient être suivies de révélations écrasantes et de foudroyantes condamnations ; lorsqu’il y a eu un moment où devant cette commission d’enquête les uns comparaissaient la tête haute, les autres balbutiant, où pour le public qui regardait, le Palais-Bourbon et la cour d’assises semblaient de niveau, où les puissants passaient des grands salons éclairés du pouvoir dans les couloirs obscurs de la justice, et où, comme sur un disque tournant les couleurs se confondent, le pays vit se mêler sur le disque rapide des événements la couleur parlementaire et la couleur pénitentiaire ? (Vifs applaudissements à l’extrême gauche.)

Ah ! vous vous imaginez que cela n’a rien fait ? Eh bien ! rappelez-vous la grande image du poète antique : la poussière est la sœur altérée de la boue ! et dites-vous bien que toute cette brûlante poussière de fanatisme anarchiste qui a aveuglé quelques misérables sur les chemins est la sœur de cette boue capitaliste et politicienne que vos prescriptions légale ont séchée. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)

Je l’avoue, dans cette discussion où nous sommes entrés, nous les défenseurs de ce que nous croyons être encore la liberté menacée, où nous sommes entrés sans grande espérance, — je dois l’avouer, — j’ai eu une déception. Je m’attendais à ce que quelques-uns des hommes qui ont commis des erreurs dans l’affaire du Panama, je m’attendais à ce que quelques-uns de ceux qui se sont trompés sur la solidité de es titres et qui ont, avec leur autorité publique, recommandée des émissions qui destinaient les souscripteurs à la ruine ; je m’attendais à ce que ces hommes et d’autres qui ont trop facilement accepté de confondre un moment — même dans un intérêt public — la caisse nationale et la caisse du Panama, je m’attendais à les voir venir à cette tribune et dire au pays : Oui, nous nous sommes trompés ; oui, nous avons commis des erreurs et des fautes, et il se peut que ces fautes soient pour quelque chose dans l’irritation des esprits, et alors, au nom même des fautes et des erreurs commises par nous, nous venons, non pas pour les criminels contre lesquels la société doit se défendre, mais pour les simples exaspérés auxquels il peut échapper un propos de colère suggéré peut-être par notre imprudence, nous venons vous demander un peu d’indulgence, un peu de bienveillance et de pitié !

Mais non ! ils sont restés muets. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Et il y a une autre chose qui ma étonné : c’est que plusieurs dans la majorité, au moment où se sont développés ces scandales, se sont plaint de la facilité avec laquelle on était soupçonné et comment, pour quelques mots, pour quelques lettres griffonnées sur une feuille de papier, on était exposé au déshonneur. Oui, ils ont senti qu’il y eut un moment où tout le monde, pour un rien — c’était leur défense — pouvait être exposé au soupçon de panamisme ; mais je ne comprends pas que quand eux-mêmes ont traversé cette épreuve, ils ne soient pas venus dire : Il ne faut pas la renouveler pour d’autres consciences (Applaudissements à l’extrême gauche), il ne faut pas que tant que pourront se développer les soupçons d’anarchisme, d’autre passent par les angoisses injustes dont nous ne sommes pas encore reposés.

Êtes-vous venus le dire à cette tribune, vous qui d’un signe m’approuvez ? (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

Eh bien ! messieurs, non seulement ils n’ont rien dit, mais c’est du côté des soupçonnés d’hier que je trouve la plus grande rigueur contre ceux qui dans un tout autre ordre, bien plus haut, peuvent être soupçonnés demain. [...] Je constate que tous [ soupçonnés de corruption], tous sans exception, par une coïncidence qui frappera le pays et qui donnera à cette loi sa signification définitive, tous, sans exception, votent la loi que vous proposez. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

[...]

Ce que je veux dire aussi, c’est que vous allez offrir au pays le plus étonnant paradoxe qui fait de la justice humaine une ironie : l’ironie des panamistes impitoyables.

[...]

Eh bien ! messieurs, puisqu’en dehors de tous ces incidents personnels il est évident, je le crois, pour la Chambre tout entière, que le développement des scandales financiers ne peut pas être considéré comme irresponsable dans le développement des colères aveugles d’où jaillit parfois l’attentat anarchiste, il ne suffit pas que vous vous arrêtiez à mi-chemin dans l’œuvre de répression ou de précaution que vous faites ; il faut plus, messieurs : il faut que vous regardiez en face le mal, le mal tout entier, dans on origine, dans son principe premier ; il faut que vous voyiez comment, depuis quinze ans, a été inoculé peu à peu au régime républicain ce virus politico-financier qui a été dénoncé par M. Millerand. Oui, c’est là vraiment la question qui se pose à cette heure devant le pays et devant la Chambre !

Eh bien, d’où est-il venu, ce mal ? Il y a quinze ans, il y a vingt ans, lorsque Gambetta, à la tête de l’opposition républicaine, constituait la République en ce pays, lorsqu’il allait partout répandent la parole républicaine, et quand il a réussi enfin à travers toutes les oppositions monarchiques et cléricale, à travers le 24 Mai, le 16 Mai, à fonder enfin la République, il avait une grande conception, une admirable conception, mais dangereuse aussi : il constatait que la République de 1848 avait peut-être sombré par l’inexpérience des républicains d’alors, et il s’était juré, dans sa foi de républicain, de patriote qui ne séparait plus l’affermissement de la République le relèvement de la patrie, il s’était juré d’épargner au parti républicain, à la troisième République, les fautes qui selon lui avaient perdu la seconde et qu’il reprochait aux hommes de 1848, à ceux dont il parlait souvent avec une sorte de colère, les rendant responsables de l’éclipse de la liberté pendant vingt ans, ceux qu’il appelait quelquefois, avec une sorte de majestueuse ironie, les vieilles harpes ! Vieilles harpes en effet, dont les jeunes générations républicaines ont décidément brisé toutes les cordes.

Que leur reprochait-ils ? Il leur reprochait deux choses : d’abord d’avoir compromis la République par l’intransigeance de leurs formules et de leurs principes, et ensuite de l’avoir compromise en effrayant systématiquement la bourgeoisie. Et il s’était dit qu’il échapperait à ces deux périls, qu’il apporterait et qu’il introduirait dans la politique, contre l’obéissance aveugle aux formules, l’esprit de transaction quotidienne ; il s’était dit en outre qu’il essayerait, dans la République nouvelle, de dissiper les vieilles méfiances qui en séparant en 1848 la bourgeoisie et le peuple, avaient amené la disparition de la liberté. C’est là, dit-il quelque part éloquemment, ce que je m’étais juré dans ma jeunesse.

Eh bien ! messieurs, il a essayé de faire ces deux choses. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas grandes ; mais il y avait un péril à côté de cette grande conception.

Oui, Gambetta voulait amener à la République, arracher à la monarchie et au passé les vieilles classes dirigeantes ; il voulait amener à lui la grande bourgeoisie industrielle et commerciale ; il voulait la grouper autour de lui, la réunir et la réconcilier avec le peuple.

[...]

Je dis qu’on ne peut pas défendre la République contre l’aristocratie des puissances financières constituées, lorsque l’on se rencontre dans la coulisse, pour les autres affaires, avec les mêmes financiers. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

[...]

Voilà pourquoi, peu à peu, le développement des affaires s’est accentué à ce point, messieurs, qu’en 1882 déjà, il y avait dans la Chambre et dans le Sénat cent cinquante membres du Parlement qui faisaient partie, à des titres divers, des conseils d’administration des grandes sociétés. Voilà comment il s’est produit, peu à peu, une pénétration universelle de la politique et de la finance.

Pendant que se produisait cette pénétration, pendant que les politiciens croyaient qu’en s’enrichissant par les affaires ils accomplissaient un devoir envers la République, la lutte contre les grandes puissances financières constituées, était abandonnée peu à peu, et c’est ainsi que lorsque Gambetta est tombé, ses amis répandaient que c’était parce qu’il avait été combattu par M. de Rothschild, parce qu’il n’avait pas traité sur un pied d’égalité suffisant le grand banquier. Et il se trouve que les même hommes, comme M. Burdeau, qui vantaient précisément dans Gambetta cette lutte contre les grandes entreprises financières, ont subi à ce point l’évolution politique opportuniste, qu’ils sont les mêmes qui proposent de renouveler la concession de monopole à M. de Rothschild. (Applaudissements à l’extrême gauche. — Bruit au centre.)

[...]

Et j’ai bien le droit de dire que ces conventions avec les chemins de fer marquent précisément le premier abandon de la vraie politique républicaine. J’avais bien le droit de dire qu’il y avait dans Gambetta une double pensée contradictoire, et que c’est la politique des affaires qui a eu raison de la politique des principes.

[...]

Et puis, le second vice qui est résulté de ce développement du régime politico-financier, c’est la confusion croissante de la politique, de la finance et de la presse. (Exclamations à gauche et au centre. — Très bien très bien ! à l’extrême gauche.)

Ah ! messieurs, j’en parlerai non pas en démagogue, comme vous le dites quelquefois, en essayant de capter des suffrages faciles, mais en homme qui cherche et qui dit toujours tout haut ce qu’il croit être la vérité. (Très bien ! très bien ! sur les mêmes bancs.)

La vérité, c’est que précisément parce que vous avez confondu, dans ce pays, depuis quinze ans la politique et la finance, vous avez confondu l’organe de la politique et l’organe de la finance (Applaudissements répétés à l’extrême gauche et sur plusieurs bancs à gauche et à droite), et qu’on ne sait plus quelle est la vérité qui vient du cerveau ou quel est le mensonge qui vient de la caisse. (Nouveaux et vifs applaudissements sur les mêmes bancs.)

Et si je parle ainsi, ce n’est pas seulement pour dénoncer votre régime politico-financier dans sa plus abominable conséquence, qui est l’empoisonnement même de toutes les sources de l’information publique ; c’est parce qu’il faut protester au nom même de ceux qui, dans la presse, restés fidèles aux traditions d’honneur et de probité, sont les premiers à souffrir de cet horrible voisinage. (Vifs applaudissements à gauche.)

Et puis messieurs, ce que je veux faire encore en parlant ainsi, c’est singulier la tactique perfide qui a été employée depuis des semaines et des mois par ceux qui préparaient la loi actuelle, et depuis quelques jours par ceux qui l’ont défendue.

Ah ! messieurs, avez-vous remarqué avec quel soin on parlait toujours ici, à propos de cette loi, des excès et des abus de la presse ? Alors qu’en réalité cette loi vise surtout la liberté des particuliers, des citoyens, on faisait semblant de croire et de dire qu’on ne voulait atteindre que la presse. Et pourquoi ? Parce qu’on sait qu’à force de répandre sur elle la double mensualité des établissements financiers et des établissements ministériels… - … c’est qu’à force d’en faire l’instrument payé des émissions menteuses, on l’a décriée et discréditée dans le pays.

Et alors, quand on veut frapper à coup sûr la liberté, on profite de ce mouvement de dégoût que l’on a créé soi-même pour mettre la presse en avant. (Rumeurs au centre. — Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.)

Oui, messieurs, c’est là l’abominable tactique de ce régime politico-financier : il déshonore la presse en achetant quelques-uns de ses chefs. (Nouveaux applaudissements à l’extrême gauche et sur plusieurs bancs à gauche et à droite.)

Et lorsqu’il a fait cela, quelle est sa conclusion ? Est-ce qu’il faut frapper les corrupteurs, qu’il faut frapper les corrompus ? Non ! c’est qu’il faut, dans la presse elle-même et dans le pays lui-même, fermer les bouches qui protesteraient précisément contre ce régime d’avilissement universel. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Voilà messieurs, l’œuvre que vous avez faite ; et à quoi a-t-elle abouti ? Elle a abouti forcément à ce résultat déplorable de stériliser, de neutraliser des forces admirables qui auraient dû être tournées au profit de la démocratie.

Je vois en face de moi — et il ne se plaindra pas de cette interpellation directe et loyale — je vois en face de moi M. le président de la commission du budget. Ah ! certes, il n’y a pas d’homme qui ait été mieux doué, mieux organisé pour servir la démocratie : il est sorti d’elle ; il a cette admirable décision d’esprit qui fait face aux difficultés, cette intrépidité de tempérament qui affronte le péril ; il a la merveilleuse compréhension des choses de finances, du mécanisme subtil des capitaux, de la dette dans nos sociétés compliquées, et il aurait pu, s’il était resté fidèle à sa première formule politique, il aurait pu être le meilleur ouvrier financier de la conception fiscale de la troisième République ; il aurait pu faire passer dans la réalité de nos budgets toute la force des principes républicains en les accommodant le plus possible aux habitudes de ce pays.

Oui, il l’aurait fait. Mais l’heure où il arrivait à l’action, à l’heure où il pouvait prétendre au pouvoir, il a trouvé ou constitué, ou naissant, ce régime politico-financier dont je parlais tout à l’heure ; il a trouvé cette prééminence, cette force grandissante des puissances financières ; il a eu le tort d’entrer politiquement en communication, c’est-à-dire — sous les conditions où il l’a fait — en dépendance vis-à-vis d’elles.

Et je lui demande, à lui le premier, si aujourd’hui, à la tête de la commission du budget, il se sent la même autorité politique ou morale pour gérer les finances de la République (Rumeurs sur quelques bancs au centre), après la constatation de ce double fait, reconnu par lui-même à la tribune, qu’il s’est en effet servi pour un dessein politique de fonds prélevés sur une entreprise privée…

M. Maurice Rouvier. — Je demande la parole.

M. Jaurès. — … et lorsque, comme ministre des finances, il a assisté à l’agonie mystérieuse d’un financier qui se débattait dans les difficultés inextricables de l’affaire de Panama. (Interruptions.)

Je ne l’accuse pas, je n’ai pas à l’accuser. Je parle politique, je n’ai pas à regarder l’âme, je n’ai pas à examiner la conscience ou le cerveau de qui que ce soit ; je prends l’évolution publique des faits, la marche publique des hommes, la succession des attitudes, et je tire la conclusion morale, politique et sociale des faits publics, des actes connus.

Je ne veux pas citer d’autres exemples, — j’en aurais pu tirer d’autres, illustres aussi ; — mais je dis que c’est pour nous une grande tristesse, à nous qui voudrions que toutes les forces vives de l’intelligence, de l’énergie, du caractère et de la volonté qui sont dans ce pays fussent restées intactes au profit de la démocratie, de voir que ces énergies, par la contamination nécessaire de cette promiscuité politique et financière, sont à ce point neutralisées que vous n’êtes plus capables aujourd’hui de donner au pays le concours que vous lui auriez apporté dans d’autres circonstances. (Applaudissements à l’extrê-me gauche et sur divers bancs à gauche.)

[...]

M. Jaurès. — Je me félicite d’avance de la réponse que vous me ferez à la tribune ; je me féliciterai plus encore de la réponse décisive, pratique celle-là, que vous me ferez en adoptant, sinon dans son texte, que vous pourrez remanier, du moins dans son intention, dans sa direction générale, cette formule que je défie aucun républicain de répudier. Puisqu’ils ont reconnu — et ils ne peuvent pas dans leur conscience ne pas reconnaître — que les scandales des politiciens mêlés aux affaires véreuses ont provoqué à ces tristes explosions de haine et de dégoût… (Rumeurs au centre.)

Qui donc le conteste ? (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Puisqu’ils ne peuvent pas le nier, qu’ils aient le courage et l’habileté d’affirmer tout haut devant le pays que s’ils savent, comme je le disais tout à l’heure, écouter à la porte des humbles pour y surprendre la moindre parole, ils savent aussi définir la responsabilité morale, politique et pénale des puissants qui ont prévariqué contre la République ! (Applaudissements.)

[...]

La Révolution [...] en même temps qu’elle prenait hautement, courageusement, des mesures terribles contre ceux dont elle jugeait les doctrines ou les pratiques dangereuses, elle comprenait qu’il fallait un équilibre pour la conscience du pays.

Et le même jour où elle prononçait cette répression mortelle contre ceux qui proposeraient un nouveau système social, elle édictait les mêmes mesures, la même pénalité, la même mort, la même guillotine pour les spéculateurs, les agioteurs, les financiers véreux. (Interruptions au centre. — Vifs applaudissements à l’extrême gauche.)

[...]

Vous vous réclamez de la Révolution. Eh bien ! puisque vous voulez être sévères dans la répression contre les révoltés, soyez sévères aussi dans la répression contre les corrupteurs et les corrompus. Il faut que vous rendiez visible au pays, pour l’enseignement des générations nouvelles, pour l’enseignement aussi des hommes politiques nouveaux qui viendront s’asseoir au milieu de nous ; il faut que vous rendiez visible au pays, par un texte précis, le lien de complicité morale et de pénalité qui doit exister entre le politicien coupable et l’anarchiste révolté.

Et le jour où le même navire emportera vers les terres fiévreuses de la relégation (Applaudissements à l’extrême gauche) le politicien véreux et l’anarchiste meurtrier, ils pourront lier conversation : ils s’apparaîtront l’un à l’autre comme les deux aspects complémentaires d’un même ordre social. (Applaudissements répétés à l’extrême gauche. — L’orateur, en retournant à son banc, reçoit de nombreuses félicitations.)

- 

La suite du compte-rendu des débats de l’époque mérite d’être citée :

[...]

La Chambre repousse par 264 voix contre 222 la première partie — jusqu’aux mots pots-de-vin — de la motion Jaurès.

Le député socialiste retire aussitôt la seconde partie de sa proposition.

Mais le scrutin proclamé en séance subit de nombreuses et importantes rectifications. Elles réduisent à 4 voix la majorité de 42 voix qui s’est prononcée contre la proposition. Si l’on tient compte de ce fait essentiel que 6 ministres députés ont voté contre, on s’aperçoit qu’en réalité la majorité de la Chambre — une majorité de 2 voix — c’est prononcée en faveur de la motion Jaurès.

En somme, le ministère Dupuy est battu sur cette importante question. Heureusement pour lui, le vote proclamé en séance reste malgré tout acquis.

Les conditions singulières dans lesquelles ce scrutin a été dépouillé et proclamé amènent M. Jaurès à faire, au début de la première séance du 26 juillet 1894, les observations suivantes :

M. Jaurès. — La Chambre a dû être frappée de graves modifications de chiffres enregistrées au Journal officiel de ce matin en ce qui concerne le scrutin sur l’amendement que nous avions soumis à la Chambre.

C’est une majorité fictive de quarante-deux voix que notre amendement avait été repoussé hier, et ce matin, au Journal officiel, il n’y a plus que 6 voix de majorité contre l’amendement. (Exclamations.) Et après la rectification de l’erreur à l’égard de l’un de nos collègues 1, il ne reste plus contre nous qu’une majorité de 5 voix.

[...] Je tiens à constater que le chiffre des bulletins blancs favorables à l’amendement n’a pas varié, et que toutes les erreurs portent sur les bulletins bleus, c’est-à-dire sur ceux de nos adversaires.

Il y a eu de la part de la majorité qui l’a repoussé une prodigalité, une effusion de bulletins bleus, qui montrent vraiment qu’on attachait au vote une telle importance qu’on n’a pas été arrêté par certains scrupules d’ordre parlementaire.

M. Jourde. — C’est un Panama dans l’urne ! (Bruit.)

M. Jaurès. — La conséquence politique est grave. Du moment que la majorité contre notre amendement, au lieu d’être de 42 voix, n’est plus que de 4 voix, la signification du vote d’hier est absolument changée devant le pays (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche), surtout si l’on considère qu’il y a six ministres députés qui tous ont voté contre notre amendement, et que par conséquent ce sont ces mêmes ministres qui répudiaient l’autre jour les solidarités dénoncées par eux, qui ont confirmé hier contre le sentiment de la majorité de la Chambre ces mêmes solidarités. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Le président de la Chambre, M. Burdeau, donne à ce sujet l’explication suivante :

« Le scrutin, après pointage, a révélé, en effet, que la différence entre les votes des deux fractions de la Chambre n’était que de 6 voix. Cette erreur ne peut résulter, et elle résulte visiblement d’après les constatations faites, du grand nombre des bulletins bleus doubles ; elle ne pouvait être constatée par le bureau avant le pointage. »

A l’ouverture de la deuxième séance du même jour, M. Flourens déclare avoir voté pour l’amendement Jaurès, bien qu’il soit porté à l’Officiel comme s’étant abstenu. En revanche, M. Constants assure qu’il ne s’est pas abstenu, mais qu’il a voté contre.

En présence de ces faits extraordinaire, M. Millerand dépose et obtient le vote d’un projet de résolution invitant le bureau de la Chambre à procéder à une enquête sur les conditions dans lesquelles le scrutin a été dépouillé.

Source : Rallumez tous les soleils, Jaurès ou la nécessité du combat

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Renseignement : Eva Joly dénonce "une loi scélérate" (4 mai 2015)


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