Je ne priais pas

jeudi 19 mars 2015

Cinq années de vie. Plus lourd et plus évident encore qu’un ciel agrandissant l’espace derrière mes tempes, un regard calme, d’une infinie compréhension, m’accompagne en secret. Et je tombais amoureuse de lui, je lui donnais l’avenir et le passé, et je ne le priais pas, car de lui, j’étais sûre.

« Chaque visage m’en parlera, il sera là, haut perché, silencieux, sourire vaste de derrière les âmes. J’y serais consacrée, avec lui je serais une. Je lui donnerais tout. Il prendra tout. Sa bienveillance ne craindra rien. Il ne fuira pas et ne sera pas même absent de mes fuites. Il me ramènera, il me rappellera toujours. Je le voudrais, il sera là. Je le chercherais, il sera là. Il ne sera pas la lumière qui couronne mon être ; Il sera la lumière à qui je donnerais le vivant.

Confiée à son amour, quand j’aimerais, ce sera de son cœur et je me tairais par son silence. Quand il n’y aura plus rien à aimer de cette vie, lui, il continuera. Tous mes vides seront peuplés encore de sa transparence et je serais sue de lui avant ma propre connaissance. Il sera mon repos, et alors qu’il portera tous les poids, il ne restera rien à porter. Mon regard s’ouvrira jusqu’à lui, et je serais sans différence. »

Regardant devant moi tout ce que s’y trouve, lui qui donna tout, je découvris alors que j’habitais sa maison et cela vînt me guérir aussi sûrement que celui qui a découvert la présence vive de son regard sous les paupières closes.


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